Les charmes et les limites de la banque low cost

Rédigé le 6 avril 2017 par | Cash - Cashless Imprimer

En tant qu’épargnant et emprunteur, vous êtes probablement dans une banque française de réseau. Si vous êtes allergique aux déplacements en agence et aux frais bancaires, vous avez peut-être opté pour les services d’une banque en ligne, filiale d’un grand groupe hexagonal.

Conserver votre épargne au sein du système bancaire français vous expose à deux risques majeurs : une crise du secteur financier et l’explosion de l’euro. Pour le premier cas de figure, je vous renvoie à l’épisode chypriote avec ses paniques bancaires, ses gels des dépôts et ses mesures confiscatoires. Dans le cas d’un retour au franc, voulu ou subi, le pouvoir d’achat de votre épargne de précaution en prendrait vraisemblablement un sacré coup.
[NDLR : Benoit Hamon parle de restructurer la dette française, Marine Le Pen d’organiser un référendum sur l’euro… Quoiqu’il arrive, cependant, la dette française est devenue ingérable et la hausse des taux menace. Ne votez pas avant d’avoir pris connaissance de ce message pour mettre votre épargne à l’abri d’une nouvelle arnaque officielle.]

Conscient des dangers que court votre trésorerie, peut-être vous interrogez-vous sur une solution complémentaire à votre banque principale. Après vous avoir proposé des solutions pour échapper à l’augmentation des frais bancaires, j’ai évoqué les éventuelles formules de débancarisation que pouvaient être le Compte-Nickel, PayPal et la VeraCarte.

Ces derniers mois ont été assez riches en nouveautés et les solutions pour que votre épargne de précaution soit véritablement à l’abri se multiplient.

Simplification de la mobilité bancaire

Tout d’abord, sur le plan juridique, sachez que l’entrée en vigueur de la loi Macron ne laisse plus aucune excuse à ceux qui hésitaient encore à changer de banque pour des raisons de lourdeur administrative. Depuis le 6 février 2017, vous avez la possibilité de mandater la banque que vous souhaitez rejoindre pour qu’elle s’occupe en votre nom de toutes les démarches requises. En principe, vous n’aurez pas à intervenir dans le processus de transition : le changement de domiciliation de vos prélèvements et de vos virements se fera de manière automatique sous 22 jours ouvrés maximum.

Fermeture des agences physiques au profit de la banque en ligne et des applications téléphoniques

Pendant ce temps, les grandes enseignes continuent d’annoncer qu’elles ferment des agences. D’ici 2020, BNP Paribas prévoit 200 fermetures*, LCL 240, et 400** pour le groupe Banque Populaire-Caisse d’Epargne et pour la Société Générale.

Niveau banques en lignes, la tendance est inverse : de nouvelles enseignes se créent et les offres des marques existantes s’étoffent. En février, c’est La Poste, le dernier grand établissement français absent de ce secteur, qui a annoncé qu’il lançait sa banque digitale.

Les récentes annonces des acteurs en place concernent en particulier le marché des professionnels et, plus spécifiquement, celui des auto-entrepreneurs. Particulièrement délaissés jusque-là, ces derniers peuvent bénéficier depuis le 1er décembre 2016 d’un « compte bancaire professionnel » chez Boursorama. La filiale de la Société Générale le leur facturera 9 € par mois. L’offre de Soon, le service bancaire mobile adossé à Axa Banque, est plus économique. Les services de base comme la tenue compte, la CB et le chéquier ne sont pas facturés. C’est seulement si votre activité d’auto-entrepreneur requiert des chèques de banques ou des virements internationaux qu’il vous faudra passer à la caisse.

Une vraie concurrence arrive du côté des nouveaux entrants extra-bancaires

Je vous ai déjà parlé d’Orange Bank, qui entretient depuis de longs mois le suspense au niveau de son offre en collaboration avec Groupama Banque, dont elle a acquis 65% du capital. Son lancement, initialement prévu pour janvier 2017 a été reporté à la mi-mai. Objectif : deux millions de clients en 10 ans grâce à des « prix offensifs ». A noter également que la banque s’appuiera sur Watson, le système d’intelligence artificielle d’IBM, et « proposera un système de paiement mobile compatible avec Apple Pay », rapporte linformaticien.com.

Certains acteurs de la grande distribution ont récemment fait part de leurs nouvelles offres en matière de finances personnelles. Carrefour, qui possède déjà sa propre filiale bancaire, a annoncé le 21 mars le lancement de C-zam, une offre de compte-courant qui vient compléter son offre de crédit à la consommation et de produits d’épargne et d’assurance.

Pour 5 €, ses clients pourront acquérir un coffret incluant une Mastercard et un code leur permettant d’ouvrir un compte courant avec RIB. Le service peut être utilisé depuis un ordinateur ou un téléphone. L’offre est sans engagement, ouverte à tous (sans discrimination en termes de revenus ou de dépôt) et interdit tout découvert. Niveau frais, il faudra compter 1 € par mois pour les frais de tenue de compte (soit 17 € de frais fixes la première année, puis 12 € par an) et 1 € à chaque retrait d’espèces, sauf à utiliser un distributeur Carrefour ou BNP Paribas (retraits gratuits), qui détient 40% de Carrefour Banque.

Voici donc un nouveau produit qui n’est pas sans rappeler le Compte-Nickel, le service bancaire sans banque à 20 € par an. Quelques différences tout de même. Seul le Compte-Nickel permet le dépôt de cash. Les frais de retraits d’espèces sont en principe moindres chez C-zam, car ils se montent à 50 centimes en bureau de tabac et à 1 € dans un DAB. E.Leclerc serait en train de concocter une offre concurrente, selon cBanque.

Les offres low-cost sont une bonne nouvelle mais elles ne me semblent pourtant pas être les meilleures solutions pour pallier un évènement grave et une autre crise financière.

*http://www.cbanque.com/actu/62230/bnp-paribas-200-agences-bancaires-vont-fermer-ici-2020
**http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/10/2533183-les-banques-menacees-d-uberisation.html

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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