L’économie va perdre quelques dents…

Rédigé le 12 avril 2018 par | Dette, Guerre Commerciale Imprimer

La guerre commerciale pourrait mal tourner et mettre fin à une expansion économique factice qui dure depuis 30 ans.

Scott Minerd, gestionnaire du fonds d’investissement Guggenheim, prédit un déclin de 40% pour le Dow Jones… principalement en 2019. Selon lui, l’économie est sur une « trajectoire de collision frontale avec un désastre ».

Il a raison – au moins sur la « trajectoire de collision ». C’est l’effondrement que nous explorons depuis le début de la semaine.

Quand et comment se produira-t-il exactement, nous n’en savons rien.

Tout ce que nous avons à notre disposition, c’est le pourquoi… qui nous dit qu’on ne peut pas s’enrichir en empruntant… surtout lorsqu’on a déjà trop emprunté.

L’enrichissement par la dette est factice

Les illusions enrobées de chocolat sont toujours plus populaires que la vérité brute et crue.

L’illusion que l’on peut s’enrichir en empruntant de plus en plus d’argent a fourni une direction, un confort artificiel et une croissance factice durant ces 30 dernières années.

L’économie fantasmée ainsi créée pousse désormais les deux plus grosses économies de la planète à jouer un jeu caricatural – comme des personnages de bande-dessinée ou de catch professionnel.

D’un côté, vêtu de collants rouge-blanc-bleu, se trouve Captain America qui, depuis les années 70, pense qu’il peut s’enrichir en émettant de l’argent factice.

Assez remarquablement, son adversaire – qui est son complice une moitié du temps… et son ennemi juré l’autre moitié – est du même avis.

Le Grand Espoir Rouge pensait pouvoir s’enrichir en acceptant la fausse monnaie de Captain America en l’échange de vrais produits fabriqués dans ses vastes usines.

Les Américains ont dépensé de l’argent qu’ils n’avaient pas pour des choses dont ils n’avaient pas besoin. Les Chinois ont fabriqué des choses dont personne n’avait vraiment besoin et les ont vendues aux Américains, qui ne pouvaient de toute façon pas se permettre de les acheter.

L’argent factice est allé des Etats-Unis à la Chine… puis retour. La Chine a prêté ses bénéfices aux Etats-Unis… où ils ont généré encore plus de crédits. Suite à quoi la Chine a construit encore plus d’usines pour répondre à la nouvelle demande !

Cumulés, les déficits commerciaux des Etats-Unis sur ces 30 années (calculés en dollars actuels) se montent à près de 20 000 Mds$, presque autant que la dette américaine – tout cela dans la colonne débit pour les Américains et crédit pour les étrangers.

La fraude sous-jacente d’un essor économique de 30 ans

Telle était la fraude sous-jacente au boom de 30 ans. Il était basé sur une mauvaise monnaie, non sur de bons accords commerciaux.

Sans cet argent factice, rien de tout ça n’aurait pu se produire. Dès l’instant où les consommateurs auraient dépensé plus qu’ils ne pouvaient se permettre, les dollars se seraient accumulés à l’étranger et auraient été présentés au Trésor US.

Les gouvernements étrangers auraient demandé de l’or en échange de leurs dollars papier – comme promis. Cela aurait réduit la masse monétaire des Etats-Unis… contraint les taux d’intérêt à grimper… et mis fin à toute l’affaire.

Sans le système d’argent factice, les ménages, les entreprises et le gouvernement américains n’auraient jamais pu s’endetter aussi profondément. La Chine n’aurait jamais pu prendre tant d’emplois US. Et le marché actions américain ne serait jamais passé de 1 000 en 1982 à 25 000 en 2017, dans le cas du Dow Jones.

Et devinez quoi : la classe moyenne et la classe ouvrière américaines ne se seraient jamais senti aussi trahies… et très probablement… n’auraient pas choisi Donald J. Trump comme champion.

Mais pour l’instant, il est bien là. Et, pour ajouter aux guerres au Proche-Orient, à la guerre contre la pauvreté et à la guerre contre la drogue… nous voilà avec une guerre commerciale !

Une dernière guerre qui pourrait mal tourner

Mais non, voyons, répondrons les lecteurs – ce n’est qu’une feinte… de quoi remonter dans les sondages… tout en mettant la Chine sous pression. [NDLR : Il y aura un vainqueur dans cet affrontement… et ce pourrait être vous : découvrez un trade très simple qui vous permettra de profiter de l’affrontement commercial entre la Chine est les Etats-Unis. Tout est ici.]

En ce sens, c’est un peu comme les manoeuvres qui ont précédé le festival de catch « Hell in the Cell » en juin 1998. Les promoteurs chauffent les fans avec une longue série de disputes factices et d’ersatz de confrontations.

Le match qui se tint à la Civic Arena de Pittsburgh opposait The Undertaker (« le croque-mort ») à Mankind (« l’humanité »).

Les manoeuvres d’approche avaient commencé deux ans auparavant. Mankind avait pris l’habitude de faire son apparition durant les matches de The Undertaker – comme celui de « Your House 8: Beware of Dog », où il prit The Undertaker en embuscade, lui coûtant le titre de champion.

Par la suite, les deux en vinrent aux mains sur le ring et au dehors, allant jusqu’à s’affronter dans les gradins… créant ainsi le genre de conflit factice qui met l’eau à la bouche des fans.

Le point culminant de cette tension dramatique – c’est-à-dire la catharsis – était prévue pour le match de juin 1998.

Luttant dans une cage de métal, les deux hercules s’affrontaient, The Undertaker dans sa tenue funèbre habituelle… Mankind en chemise blanche, une cravate mal nouée autour du cou.

A l’apogée du combat, les lutteurs grimpèrent au sommet de la cage pour continuer à se battre.

Tout se déroulait selon le plan… jusqu’à ce que…

Eh bien, jusqu’à ce que ce ne soit plus le cas.

Alors que The Undertaker jetait Mankind depuis le sommet de la cage, ce dernier n’atterrit pas comme prévu. Au lieu de tomber sur une table censée amortir la chute, il tomba sur le sol – si durement qu’il en perdit connaissance.

Alors qu’il était inconscient, une chaise de métal que lui et The Undertaker avaient utilisée comme arme chuta à son tour, le heurtant en pleine face. Le choc lui fit sauter une dent, en cassa une autre et lui déboîta la mâchoire.

Même les batailles factices peuvent être dangereuses. Les choses ne tournent pas toujours comme elles sont censées tourner.

L’échauffourée entre The Donald et Xi Jinping, en l’occurrence, pourrait très très mal tourner ; au lieu de perdre quelques dents, c’est tout le système frauduleux de financement par la dette qui pourrait exploser…

… Acculant des millions de ménages et d’entreprises à la faillite…

… Divisant le Dow Jones par deux, de manière plus ou moins permanente…

… Et forçant les autorités à adopter des politiques encore plus insensées.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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