La Krugerrand à l’honneur à Berlin

Rédigé le 2 mars 2017 par | Cash - Cashless, Investissement Imprimer

Tous les ans se tient à Berlin une manifestation durant laquelle le port des lunettes de soleil est obligatoire ! Il ne s’agit pas d’un quelconque salon du voyage ou de la protection solaire, mais d’un évènement dédié aux métaux précieux, le World Money Fair ou, littéralement, le Salon mondial de la numismatique. Ce qui marque le plus le visiteur est la présence d’innombrables offres de métaux précieux sous toutes les formes possibles. Çà brille de mille feux de toute part.

Quel pays mieux que l’Allemagne pouvait accueillir la plus grande exposition planétaire dédiée aux métiers de la fabrication, de la vente et de la collection de monnaies ? C’est en effet l’originalité de ce salon de réunir sous un même toit (très grand) tous les métiers tournant autour de la monnaie, allant de la conception à la distribution, en passant par la fabrication, y compris les produits et les machines industrielles utilisées pour la fabrication et les produits de conditionnement de monnaies (écrin, tube, boîte, etc.).

Les Allemands acheteurs de métaux précieux alors que les Français sont vendeurs

Pour ceux d’entre vous qui ignoreraient la place des métaux précieux en Allemagne, il suffit de vous pencher sur les statistiques dévoilées par le World Gold Council : en 2015 et 2016, le solde net des achats-ventes d’or sous forme de pièces par les épargnants français a été respectivement de –0,52 tonnes et de –3,87 tonnes. En Allemagne les soldes pour les périodes équivalentes sont de +116 tonnes et +105 tonnes. Ces chiffres sont tout à fait représentatifs de la distance en termes de popularité, d’offres et de fréquentation qui existe entre un salon numismatique français et son équivalent allemand.

Chaque année depuis 35 ans, toujours début février, un pays est à l’honneur, représenté par l’institution en charge de la fabrication de sa monnaie. Cette année les projecteurs étaient pointés sur l’Afrique du Sud à l’occasion du 50e anniversaire de l’émission de la Krugerrand. Dès lors, la South African Mint (Hôtel des Monnaies sud-africain) et la South African Rand Refinery (affineur et fabricant de la Krugerrand) étaient à l’honneur du 2 au 5 février à Berlin dans le complexe imposant de l’hôtel Estrel.

Dans ces circonstances, il m’était impossible d’y échapper.

L’arrivée à l’hôtel Estrel et l’entrée dans le salon lui-même changent du tout au tout du climat qui règne en France depuis plusieurs mois dans toutes les manifestations publiques. Ici pas de police, ni de fouille des sacs ; j’entre donc sac au dos au milieu des 15 000 visiteurs de ces trois journées dans le saint des saints de la numismatique. Sans avoir besoin de me lancer dans une étude statistique, je peux affirmer dès l’entrée que le sujet attire très majoritairement la gent masculine.

En parallèle des expositions et des démonstrations se déroulant dans les 240 stands, deux journées de conférence sont consacrées à des présentations à destination de la presse et à des conférences sur des thèmes techniques.

Parmi les 240 exposants, les hôtels des monnaies des différents pays présents, voire les banques centrales pour certains pays, tiennent la vedette.

Les stands du Bureau numismatique du Vatican et de la Banque nationale d'Ukraine Les stands du Bureau numismatique du Vatican et de la Banque nationale d’Ukraine

La France était représentée par la Monnaie de Paris qui lançait à cette occasion une pièce de 2 € commémorant les 100 ans de la disparition d’Auguste Rodin. Une longue file de numismate s’est maintenue devant des distributeurs de pièces où pouvaient s’échanger 2 € contre cette nouvelle monnaie.

Dans les deux espaces sud-africains étaient exposées les dernières nées de la famille Krugerrand. Nous vous avons déjà détaillé tous les avantages de cette pièce. [NDLR : Le Krugerrand est à notre avis LA pièce à avoir pour miser sur l’or en tant que valeur refuge dans la prochaine crise monétaire qui s’annonce. Toutes les explications et comment vous la procurer sont ici.]

Toutes les nouveautés — Krugerrand argent, platine et nouveaux modules — étaient présentes. La plus admirée étant sans nul doute cette Krugerrand en or exceptionnelle de 50 onces* d’un diamètre de 10 cm émise à seulement 50 exemplaires. Selon les représentants présents sur le stand, tout était déjà vendu !

Exceptionnelle Krugerrand en or de 50 onces et 10 cm de diamètre Exceptionnelle Krugerrand en or de 50 onces et 10 cm de diamètre

En revanche la palme de la plus insolite des monnaies doit être, à mon sens, attribuée à cette nouvelle Krugerrand en or de 1/50 oz** et de seulement huit mm de diamètre. C’est désormais le plus petit module existant. L’Afrique du sud est à l’origine de ce concept de modules basés sur les fractions de l’once, de 1 oz à 1/10 oz***. La République populaire de Chine a complété cette gamme en créant le 1/20 oz en 1983. Aujourd’hui la South african mint reprend la main avec la création du 1/50 oz.

L’offre, en particulier de monnaies en argent, est totalement débridée. Les pays rivalisent d’imagination et de marketing pour attirer une clientèle séduite par ces produits. Quand la séduction tient à la beauté ou au travail de réalisation, je peux comprendre que certains y laissent des fortunes. Néanmoins, il suffit de parcourir la toile et d’y lire les commentaires des uns et des autres pour découvrir que cet engouement est mû par la spéculation.

Cette spéculation pourrait être récompensée si la rareté se maintenait. Cependant, les échanges que j’ai pu avoir avec un ingénieur commercial m’ont convaincu que ces produits devenaient de plus en plus faciles à fabriquer. Les techniques de numérisation et d’automatisation sont arrivées à un niveau tel que la réalisation est désormais à la portée de tous les industriels du secteur.

Sur des stands voisins était d’ailleurs présenté l’ensemble des matériels utilisés dans le processus de réalisation des monnaies.

La frappe des monnaies est réalisée à partir de flan ; un flan étant une forme géométrique métallique, généralement un disque, obtenue par emboutissage d’une feuille d’or, d’argent ou de cuivre.

Flans obtenus par emboutissage. Flans obtenus par emboutissage.

Ces flans subissent ensuite des traitements chimiques et mécaniques pour obtenir l’aspect de surface désiré (mat, miroir, etc.). Ils sont triés par une machine équipée de capteurs optiques sophistiqués pour s’assurer de leurs exactes dimensions et poids et de la qualité de leur aspect (absence de défaut de surface, rayure, tache, empreinte de doigt, forme des bordures, etc.). Là encore, l’humain est largement supplanté par la machine. Celle-ci est en mesure de trier 3 000 flans par minute. Qui dit mieux ?

Dès lors tout est prêt pour la création de la monnaie. A l’aide d’une presse l’empreinte des coins est marquée définitivement sur les flans, transformant ainsi ce simple disque de métal en jetons ou en monnaies à un rythme de 850 frappes à la minute (avec une pression exercée variant de 100 à 300 tonnes).

L’industrie allemande se taille la part du lion dans ce domaine. Cette automatisation fait considérablement baisser le coût de revient de fabrication, y compris pour de petites séries de monnaies. Ceci explique le foisonnement de l’offre. Tous les thèmes sont désormais bons pour produire des monnaies ou des jetons.

Bien évidemment, tout ceci fait marcher le commerce.

J’ai moi-même réalisé quelques achats que je pensais concrétiser avec ma carte en plastique mais rien n’y a fait. Ici on n’accepte que le cash !

De stand en stand, les billets de 100 € –voire 500 €– passaient d’une main à une autre. L’unique distributeur de billets de l’hôtel était très sollicité par ceux qui, comme moi, n’étaient pas au fait des us et coutumes locales pour y récupérer ces précieuses coupures.

Nous savons tous que l’air du temps est à la suppression des espèces en France et que les instances européennes ont ce sujet dans leurs cartons ; néanmoins, il n’est pas nécessaire d’être très futé pour affirmer que cet objectif ne pourra être atteint avant bien longtemps en Allemagne.

Ces deux journées, riches en information et en contacts, m’ont aussi permis de mettre une réalité sur ces statistiques du World Gold Council quant à l’addiction en métaux précieux des Allemands et à la puissance industrielle de ce pays dans ce domaine ; puissance que la France possédait avant que les diverses politiques menées depuis les années 1970 lobotomisent les épargnants français sur le sujet de ces métaux et provoquent la désertification industrielle que nous connaissons aujourd’hui.

Si en France il est encore nécessaire de démontrer l’intérêt de mettre une partie de son épargne en métaux précieux, en Allemagne, en revanche, il semble que ce soit une évidence.

 

* 1555,175 grammes soit au cours de l’or physique un peu plus de 58 000 €. ** Distribuée en Europe uniquement par MDM (MÜNZHANDELSGESELLSCHAFT MBH & CO. KG DEUTSCHE MÜNZE) *** De 1994 à 1996 la Monnaie royale canadienne a émis des modules en or de 1/15 oz et en 2014 la Münze Österreich, la Monnaie autrichienne, a frappé des modules de 1/25 oz de la Wiener Philharmoniker en or.

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Yannick Colleu
Yannick Colleu
Ingénieur

Yannick Colleu, de formation Ingénieur et IAE de Paris, est l’auteur d’un guide reconnu sur l’investissement aurifère : Guide d’investissement sur le marché de l’or (éditions Gualino – 2008). Il a également signé l’ouvrage Investir dans les métaux précieux- Le guide complet  aux éditions Eyrolles (2014).
En phase avec les grandes idées d’investissement des Publications Agora, il intervient régulièrement dans nos chroniques et lors de nos conférences. Spécialiste des métaux précieux, Yannick Colleu est notamment rédacteur de la rubrique « Le coin du physique » de Crise, Or & Opportunités

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