Le cours d’Amazon restera-t-il un « long fleuve tranquille » ?

Rédigé le 6 novembre 2017 par | Bill Bonner, Investissement, Richesse Imprimer

La valorisation d’Amazon n’est pas justifiée. La société ne gagne pas d’argent avec son coeur de métier et ses maigres résultats reposent sur des artifices comptables.

« L’ère de l’argent facile est pratiquement révolue », nous révèle Bloomberg en gros titre.

Ah bon ? Nous soupçonnons qu’elle ne fait que commencer… A suivre.

En attendant, nous explorons le passé… pour avoir quelques pistes concernant le futur. Souvenez-vous, le futur projette son ombre en arrière. Si vous pensez, par exemple, que l’action Tesla vaudra un jour 1 000 $, vous avez probablement envie de l’acheter maintenant et son cours va grimper sur cette anticipation.

Mais le voile sombre du passé plane aussi sur aujourd’hui et demain. Nous avons vu ce qui était arrivé à John DeLorean, dernier grand visionnaire du monde de l’automobile.

Elon Musk est-il si différent ? Jusqu’à présent, il détruit du capital au lieu d’en créer. Aujourd’hui, nous allons étudier un autre destructeur de capital : Jeff Bezos.

Il y a près de 20 ans, nous avons déclaré qu’Amazon était une « rivière sans retour« . Depuis, l’action a enrichi les investisseurs… et nous sommes passé pour un idiot pendant 20 ans. Mais tôt ou tard, les marchés nous font tous passer pour des idiots. La décision la plus difficile à prendre, c’est de savoir à quel moment vous acceptez le ridicule : en début de tendance, ou à la fin ?

AMZ est désormais l’action la plus chère du monde… et Jeff Bezos, extraordinaire visionnaire, est l’homme le plus riche du monde. Sa fortune personnelle, selon le cours actuel de l’action AMZ, dépasse les 90 Mds$.

Quelle amélioration a apporté au monde l’action la plus chère du monde ?

Le capitalisme est un monde gagnant/gagnant. Vous recevez, plus ou moins, à la mesure de ce que vous donnez. Donc nous nous posons une question : qu’est-ce que Bezos a offert de nouveau au monde, pour devenir le plus riche de tous ses bipèdes ? Un traitement contre le cancer ? La paix dans le monde ? Le film le plus drôle jamais réalisé… la musique la plus sublime… une avancée technologique semblable au « Post-It » ?

Rien de tout cela, bien entendu. En revanche, il nous a apporté la vente au détail en ligne, à grande échelle. Est-ce que cela mérite une capitalisation dépassant les mille milliards de dollars ? Est-ce l’équivalent du four Martin-Siemens… de l’expédition en containers… du jambon ibérique ?

Nous l’ignorons. Faire des achats, c’est toujours désagréable, en ligne ou hors ligne. De temps en temps, si l’on cherche quelque chose sur Amazon, la sensation est moins désagréable. Nous reconnaissons à Bezos le mérite d’avoir apporté une modeste amélioration à notre existence. Pas aussi importante que l’humour pince-sans-rire de Leslie Nielson dans Y-a-t-il un Flic… ou Joe Dobbs et son violon… ou les innovations de Mike Reynolds en matière d’architecture…

Nous pourrions nommer des dizaines… des centaines… de choses qui nous ont procuré plus de plaisir que faire des achats sur Amazon.

… et aucune des personnes qui en sont à l’origine n’ont gagné ne serait-ce qu’une modeste part de ce qu’a gagné Bezos.

Allez comprendre.

Bezos nous a donné quelque chose de nouveau. Mais ici, à La Chronique, nous l’admettons, nous sommes un vieux schnock. La nourriture et les boissons des années 1985 nous convenaient très bien. Les trains, avions et voitures des années 1995 nous satisfaisaient pleinement. Ici, en France, nous avons seulement des radiateurs et une couverture électriques (inventée en 1912 !) pour nous chauffer… mais ils fonctionnent très bien.

Etre un vieux schnock permet de se souvenir des bêtises anciennes

Etre un vieux schnock est un énorme désavantage pour presque tout : le sport, la culture pop, la politique… mais il y a toutefois quelque chose qui nous donne une longueur d’avance.

Nous suivons les marchés – ou du moins l’économie qui les sous-tend – depuis plus longtemps que la plupart des gens encore en vie.

Nous avons vécu plus d’expansions… de bulles… et de krachs également.

Nous avons croisé plus de génies de l’investissement, tout frétillants et au regard pétillant, que nous avons vus foncer tête baissée dans le caniveau.

Nous avons entendu des centaines de prédictions qui se sont révélées fausses… lu des milliers d’analyses qui se sont révélées stupides… et écouté des milliers « d’experts » qui, au bout du compte, ne savaient pas de quoi ils parlaient.

C’est sûr, toute cette expérience passée doit avoir de la valeur aujourd’hui, non ?

Quel enseignement avons-nous retiré, que nous pourrions appliquer ? Quel vieil ami pourrions-nous dénicher, sur les marchés actuels, pour nous donner un coup de main ? Quelle est cette sensation de « déjà vu » qui nous dit – comme un sixième sens – qu’il va y avoir du grabuge ?

Aujourd’hui, étudions de plus près Jeff Bezos et cette « rivière sans retour ». Alors qu’AMZN a pris de la valeur… est-ce que Bezos a finalement réussi à faire ruisseler des profits réels en aval ? Est-ce qu’il a réellement offert au monde quelque chose qui soit à la hauteur d’une capitalisation boursière de plus de 500 Mds$ ?

La réponse est concise : Amazone est toujours une « rivière sans retours ».

Cette société n’est pas une start-up axée sur les technologies. A notre connaissance, elle ne détient aucune technologie propriétaire d’avant-garde. Elle se contente de baisser les prix, d’offrir les frais de livraison et un bon service-client, pratique le « cross-canal » de manière efficace… et perd de l’argent sur chaque vente.

Deux de nos amis et confrères – Rob Marstand et David Stockman – ont étudié Amazon avec soin et en toute indépendance. Tous deux sont parvenus à la même conclusion : Amazon perd de l’argent sur son coeur de métier : la vente au détail. La société dissimule ses pertes grâce à une faible fiscalité, au crédit d’investissement capital lease et à des astuces comptables. Mais les pertes sont réelles… et inévitables. [NDLR : comment investir dans des sociétés à forte croissance et vraiment rentables ? Découvrez ces investissements inaccessibles aux investisseurs « ordinaires » et devenez actionnaire avant tout le monde en cliquant ici.]

Comme ce modèle de société exige des prix super-bas, il n’existe aucun moyen d’améliorer les marges. La société ne peut compenser par les volumes ce qu’elle perd à chaque vente. Autrement dit, ce business model ne fonctionne pas.

Ce n’est pas un signe… ni peut-être une surprise… De nombreuses sociétés ne gagnent jamais d’argent. Mais il y a quelque chose autour du phénomène AMZN, qui est réellement remarquable, comme une plante qui n’aurait pas besoin de lumière… ou un mammifère qui n’aurait pas besoin d’air. Amazon est l’une des créatures les plus étranges qui aient jamais rôdé dans l’écosystème capitaliste.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

4 commentaires pour “Le cours d’Amazon restera-t-il un « long fleuve tranquille » ?”

  1. Oui et tous les gogos qui ont acheté Amazon vont se faire « ferrer »…….et cela va faire mal……..

  2. Je n’ai jamais rien acheté sur Amazone. Je vais à la librairie, c’est plus enrichissant. Tant qu’elle peut survivre… Je dois être une exception à ne pas avoir de compte amazone. Pour moi l’amazone reste un fleuve.

  3. La richesse d’Amazon vient de la performance de son cloud …. pas de ses ventes retails…

  4. Thomas, le Cloud n’a jamais été une richesse, mais une grosse perte d’énergie polluante. Bilan entropique négatif alors qu’il devrait être nul selon les lois de la thermodynamique. Pour la vente au détail(retail) il faut être minimum deux: Un acheteur et un vendeur. S’il n’y a plus d’acheteurs par le chômage, la robotisation du travail et les prix tirés vers le bas, qui va acheter vos « retails »? Le « Big Data »? Les arbres ne montent pas au ciel.

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