Nous aimons Donald Trump

Rédigé le 28 avril 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Mercredi, la Team Trump a présenté ce qu’elle affirme être « la plus forte réduction d’impôt jamais vue ».

Avant de poursuivre, nous devrions dire : « nous aimons ce type ».

Si vous lisez La Chronique depuis un moment, vous savez que grâce à l’Etat, les riches se sont encore plus enrichis au cours de ces 35 dernières années.

Sa monnaie de singe et ses taux d’intérêt artificiellement bas ont dopé les actions et obligations de Wall Street bien plus vite que l’économie du quotidien.

Les travailleurs vendent leur temps pour à peine un sou de plus (corrigé de l’inflation) qu’à l’époque de Reagan.

Mais les cours des actions, mesurés par le Dow, ont grimpé 21 fois plus !

Et puis ça, à présent…

Moins d’impôt pour les plus riches

Quel autre président aurait eu le culot de s’acoquiner avec les types de Goldman et d’élaborer un projet de fiscalité conçu pour enrichir encore davantage les riches ?

Avant la Révolution française, l’aristocratie ne payait pas d’impôts. Peut-être qu’il ne manquerait plus que les 1% d’Américains les plus riches en soient totalement exemptés.

La dernière proposition est un mélange de bon, de mauvais, de vilain et de mystérieux… et contient de nombreuses parties si floues qu’elles pourraient signifier n’importe quoi.

Mais notre première réflexion a été la suivante : pourquoi le président propose-t-il une modification de la fiscalité ?

Il est censé représenter le « gouvernement ». C’est-à-dire veiller à l’application des lois écrites par les représentants du peuple au Congrès.

La Chambre des Représentants est chargée en particulier du « pouvoir sur le porte-monnaie » [NDLR : Power of the purse] :

« Tous projets de loi comportant la levée d’impôts émaneront de la Chambre des représentants ; mais le Sénat pourra proposer ou accepter des amendements à y apporter comme aux autres projets de loi. » – Constitution américaine, Article I, Section 7, § 1

Alors pourquoi « le Donald » s’en mêle-t-il ?

Nous avons bien une réponse…

Des parlementaires occupés à démarcher pour leur compte

A mesure que le Deep State s’étend, il fourre son nez dans tellement de choses que le corps législatif n’arrive plus à suivre le rythme.

Une faction veut un nouveau pont enjambant le fleuve Susquehanna. L’autre veut une modification de la section 408.7.5., afin que l’amortissement des machines à cueillir les cerises utilisées à Porto Rico puisse être accéléré sans tenir compte des règles de « l’intégration en amont ».

Les membres du Congrès, occupés à démarcher les compères de leurs circonscriptions, n’ont pas le temps de lire les propositions ni, à plus forte raison, de les comprendre.

Le Congrès est censé contrôler la fonction gouvernementale concernant la guerre, également. Mais un groupe veut bombarder Daesh tandis que l’autre veut bombarder l’ennemi de Daesh, Bachar el-Assad.

Au bout de compte, le pouvoir passe entre les mains du gouvernement, qui bombarde les deux.

C’est ainsi que l’élaboration des lois passe de plus en plus entre les mains des lobbyistes, des initiés de certains secteurs, et de la Maison Blanche : ce fonctionnement ne se fait plus au nom du peuple mais fait simplement pencher la balance du vol qualifié d’un groupe vers un autre.

Des fantasmes idéologiques

Il n’est donc pas surprenant qu’avec autant de représentants de Goldman dans la place, les nouvelles propositions de fiscalité favorisent les grandes entreprises et les riches.

Vous remarquerez également que les financements du Deep States ne sont pas menacés par la proposition.

L’impôt, c’est le gagne-pain des bestioles du marigot. Et c’est via le code des impôts que les membres du Deep State récompensent leurs compères et punissent leurs ennemis.

Les poules auront des dents le jour où ils renonceront à ce revenu, ou au pouvoir de tripatouiller les dispositions fiscales.

Mais aujourd’hui, nous pensons de façon positive. Trump est notre héros. Nous observons ses propositions avec grand plaisir. Quatre d’entre elles, en particulier, semblent avoir été conçues pour nous.

Avant de poursuivre, permettez-nous de faire une remarque philosophique : en matière de politique publique – guerre, impôts, lois, réglementations, et programmes gouvernementaux de toutes sortes – les gens disent que « ceci serait bon » ou que « ceci serait mauvais ».

Mais aucun d’entre nous ne sait vraiment ce qui serait bon ou mauvais.

D’abord, nous ne pouvons jamais savoir quels seront les résultats, ou conséquences inattendues, d’une politique publique. Nous ne pouvons connaître l’avenir.

Ensuite, même si nous savions ce qu’il va se passer, nous ne pourrions savoir si ce serait bon ou mauvais.

C’est bien connu, M. Trump souhaite « restituer sa grandeur à l’Amérique ». Mais il existe peut-être 200 millions d’idées distinctes et contradictoires concernant ce que cela signifie.

L’un pense que le pays serait génial si le bar du coin rouvrait et proposait à nouveau de la bière à 50 cents. L’autre veut se débarrasser des Portoricains qui ont emménagé à côté de chez lui. Un autre encore a la nostalgie de l’époque où les banques offraient un grille-pain lorsque l’on ouvrait un compte.

Un groupe d’Américains pense que le pays s’en sortirait mieux si les riches payaient « leur juste part » d’impôts. Les riches pensent qu’ils en payent déjà beaucoup trop.

Personne ne sait comment restituer sa grandeur à l’Amérique. Tout le monde sait uniquement ce qu’il veut. Le pauvre vote pour davantage de prestations sociales. Le riche vote pour des allègements fiscaux et des accords entre compères.

Alors lorsque quelqu’un dit que les modifications de la fiscalité proposées par Trump seront « bonnes », ce qu’il veut vraiment dire c’est : « considérant l’état actuel de mes finances… et mes préférences idéologiques et rêves, je les apprécie ».

Mieux « pour le pays » ou pour le porte-monnaie de celui qui parle ?

Vous pouvez nous placer résolument, fermement et sans vergogne dans ce camp.

Et ce pour une raison tout bonnement honnête et égoïste : la proposition fiscale de Trump nous ferait économiser beaucoup d’argent.

Sa proposition d’allègement du taux d’imposition sur les revenu dits « pass-through » [NDLR : Aux Etats-Unis, revenu transmis par une entité intermédiaire, fiscalement transparente, à ses propriétaires. Ainsi, le revenu n’est pas imposé au niveau de l’entreprise, mais uniquement au niveau de la personne. Cela évite une double imposition.] diviserait par deux, à elle seule, les impôts que nous payons. Sa proposition d’éliminer les droits de succession aurait encore plus d’effet pour nos enfants. [NDLR : Savez-vous que de votre vivant vous pouvez donner des sommes substantielles sans donner au fisc ? Découvrez comment bien utiliser la loi dans notre Rapport exclusif : cliquez ici.]

Le président baisserait également le taux maximum d’imposition sur le revenu de 39,6% à 35%… supprimerait l’impôt minimum de remplacement, conçu au départ pour permettre aux riches Américains d’utiliser des déductions et des vides fiscaux pour éviter de payer des impôts… et révoquerait la surtaxe de 3,8% [NDLR : applicable aux revenus passifs].

Si vous avez la chance de créer une entreprise florissante… et choisi une forme juridique autre que les sociétés C (imposées séparément de leurs propriétaires)… il est probable que vous perceviez d’importants revenus via ladite société et qu’ils réapparaissent sur votre déclaration de revenus personnelle.

Là, ils sont imposés au taux le plus élevé. Ce qu’il vous reste constitue votre patrimoine, lequel est à nouveau taxé à votre mort.

M. Trump, béni soit-il, réduirait énormément nos charges fiscales.

Nous l’aimons.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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