La loi de la gravitation appliquée à l’information

Rédigé le 5 avril 2017 par | Bill Bonner, Désinformation Imprimer

Nous avons évoqué les « fausses nouvelles »… et tenté de comprendre leur nature ainsi que le rôle qu’elles jouent dans le monde actuel. Les gens ont vécu des centaines de milliers d’années sans informations « publiques ». Ce n’est que depuis l’avènement du papier journal bon marché, au XIXe siècle, que l’information publique existe. Nous ne savons toujours pas quoi en penser.

Les journaux racontent au citoyen lambda qu’il est victime de « commerce déloyal », par exemple. Que doit-il en penser ?

Il pense qu’on l’a pris pour un crétin. Cela le met en colère et lui donne envie de se venger.

Ou bien on l’informe que la Banque centrale américaine donne de « l’argent gratuit » à Wall Street pour stimuler la croissance.
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Il imagine qu’une économie peut être pilotée et améliorée. Et que les titulaires de doctorats savent le faire.

Cela ne sert pas à grand-chose de réfuter ces faits – avec des preuves, des statistiques et de la logique – car ils se situent dans une autre dimension.

Si l’on vous dit que votre village va subir une attaque imminente, vous pouvez vous aventurer dehors, explorer les alentours… et rendre compte au retour : « non, il n’y a rien ».

Cette assertion peut être vérifiée ou réfutée. C’est un fait réel.

Mais lorsque l’on vous dit que le pays est menacé par le « terrorisme », comment démontrer si c’est vrai ou faux ?

Qui sont ces terroristes ? Vous l’ignorez.

Où sont-ils ? Vous l’ignorez également.

Plus vous vous éloignez – dans le temps, l’espace et l’abstraction – de quelque chose qui se trouve ici, maintenant, et qui est réel, plus il est difficile de dire s’il contient la moindre vérité.

Même les faits rangés dans la catégorie des plus vrais et des plus incontestables sont peu précis.

Vous dites que la Deuxième guerre mondiale a débuté lorsqu’Hitler a envahi la Pologne, le 1er septembre 1939. Alors quid de l’attaque de Jablunkov, le 25 août ?

Quid de l’invasion de l’Albanie par les Italiens, le 7 avril ? Quid de l’occupation allemande en Tchécoslovaquie, en mars ?

Mais attendez… Hitler n’a pas envahi la Pologne, de toute façon. Tout ce temps, il était à Berlin.

Alors pour que ce fait soit vrai, il faudrait dire : « l’Allemagne a envahi la Pologne ».

Mais ce n’est pas vrai non plus.

L’Allemagne est un pays. Un pays ne bouge pas. Et probablement que si vous aviez posé la question aux Allemands, à l’époque, la plupart ne voulaient pas y participer.

Vous pourriez être plus précis et dire « la Wehrmacht a envahi », mais ce n’était certainement pas la totalité de la Wehrmacht non plus. Certaines parties de la Wehrmacht ont envahi. Mais sûrement qu’un seul soldat traversant la frontière n’aurait pas déclenché la guerre.

Alors deux ? Trois ? Combien étaient entrés en Pologne avant que la guerre ne commence ?

Nous présumons que la Wehrmacht, Hitler et l’Allemagne ont tous agi d’un seul homme… Mais est-ce vrai ?

Et ont-ils réellement « envahi » la Pologne ? Pas selon Hitler. Il tentait simplement de protéger « les intérêts allemands ». En Pologne, de très nombreux Allemands d’origine n’ont pas considéré cela comme une invasion mais comme une libération.

La population de la ville-état de Danzig, par exemple, était majoritairement allemande.

De plus, 17 jours plus tard, l’Union soviétique a envahi la Pologne, également. Peut-être que l’Allemagne tentait simplement de protéger sa population civile en Pologne ? Donc, peut-être que la guerre a vraiment débuté lors de l’invasion soviétique.

Vous voyez ce que je veux dire.

L’histoire réelle est infiniment complexe… infiniment détaillée et infiniment nuancée.

On ne peut savoir ce qui s’est passé (il faudrait avoir l’esprit de Dieu). Alors au lieu de cela, vous imaginez un récit que vous pouvez maîtriser.

Comme cette histoire est forcément une simplification, une abréviation et une version expurgée de ce qui s’est réellement produit, elle est également fausse.

N’est-ce pas ce qui s’est passé ?

Ce qui s’est réellement passé est bien plus compliqué – avec des milliers de détails oubliés, le moindre d’entre eux étant peut-être bien plus important et significatif que ceux dont on choisit de tenir compte.

Ce qui est vrai pour l’Histoire est également vrai pour les évènements contemporains.

Lorsque le président Nixon a demandé au leader chinois Deng Xiaping ce qu’il pensait des effets de la Révolution française, voici ce qu’a répondu Deng : « il est trop tôt pour le savoir ».

(Certains récits affirment que Deng faisait référence à la révolution communiste en Chine…)

Les historiens affirment qu’il est impossible de comprendre l’histoire tant qu’il ne s’est pas écoulé un quart de siècle, au minimum. C’est le temps qu’il faut pour que les choses s’apaisent et que vous puissiez distinguer « ce que cela a signifié ».

Mais à mesure que vous vous éloignez des évènements, les confusions et les contradictions sont de plus en plus difficiles à cerner. Alors vous pouvez élaborer une histoire flatteuse bien réconfortante et fausse à souhait.

Donc, attendez 25 ans… alors quelque historien, qui n’a jamais vu un monstre de marigot de sa vie, pourra nous dire ce qui a provoqué ces « décès liés au désespoir ».

Incapable de suivre le système de l’argent falsifié – même après qu’il se soit effondré tout autour de lui – il les imputera à « l’échec du capitalisme « .

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La loi de la gravitation appliquée à l’information”

  1. La deuxième guerre mondiale, ce qui s’est réellement passé est bien plus compliqué que ce que l’on nous enseigne : ouvrage détaillé de Raul Hilberg : La destruction des juifs d’Europe (trois tomes).

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