Nous ne vivons plus dans le même monde

Rédigé le 8 juin 2018 par | Bill Bonner, Desinformation, Politique et vie quotidienne Imprimer

Langue vernaculaire ou vernaculaire (nom masculin), langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté, parfois restreinte (par opposition à langue véhiculaire) — Dictionnaire Larousse

Retenez bien ce jour, cher lecteur.

C’est le jour où nous apprenons quelque chose d’important… quelque chose que personne d’autre ne sait ou presque. Nous avons fait cette découverte hier ; aujourd’hui, nous la développons. Elle nous sera très utile.

Avant cela, nous nous tournons vers l’actualité financière, juste pour vous montrer que nous suivons un peu. Le Dow Jones se porte bien. Selon les journaux, les investisseurs s’inquiètent moins de la guerre commerciale.

Et sur internet, on trouve des millions d’articles et de titres décrivant combien le président Trump fait bien son travail :

« Le chômage à un plus bas de 50 ans… Le chômage chez les Noirs à un plancher record… Le Nasdaq à un sommet record… Rencontre au sommet avec la Corée du Nord »…

G. Heath King, pour ne choisir qu’un exemple de futur embarras, s’enthousiasme car « Trump… a élaboré et affiné la formule nécessaire pour une expansion économique sans équivalent en temps de paix »…

Une expansion très faible

De tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, deux choses sont sans équivalent, avec cette expansion. Premièrement, elle est plus faible que toutes celles qui l’ont précédé. Deuxièmement, c’est une fraude encore plus grande.

Et rappelez-vous que le Dow a encore 1 000 points à parcourir entre ses niveaux actuels et son sommet de janvier. A moins que l’indice ne dépasse ce précédent plus haut, nous pensons que la tendance primaire est à la baisse.

Mais laissons ça de côté pour aujourd’hui et revenons-en au sujet qui nous occupe : le jargon ou, plus précisément, la langue vernaculaire.

Il y a le monde tel qu’il est censé être. Et puis il y a le monde tel qu’il est. La chose la plus difficile pour les gens est probablement d’ouvrir les yeux et de le voir.

Ils ne voient que ce qu’ils veulent voir… ce qu’ils sont censés voir. Parce que le monde qu’ils ont sous les yeux est trop déroutant et trop perturbant pour le reconnaître.

Lorsque vous entendez quelqu’un parler une langue étrangère… vous pouvez consulter livres de grammaire et dictionnaires pour comprendre ce dit cette personne. Vous ne saurez pas exactement ce qu’elle dit, mais vous saurez ce qu’elle est censée dire.

En français, par exemple, une réponse correcte à la phrase « je cherche M. Dupont » pourrait être : « je suis la personne dont vous parlez ».

Or les gens ne disent jamais ça. Ils répondent plutôt : « c’est moi ». Cette réponse est la bienvenue si vous répondez à une interpellation — mais elle donne la chair de poule aux grammairiens.

La langue vernaculaire évolue… souvent en réaction aux règles formelles.

Ce qui est et ce qui est censé être

Cette différence entre ce qui est et ce qui est censé être s’applique aussi à d’autres domaines. Sur des milliers d’années, le vernaculaire — qu’il s’agisse d’architecture, d’étiquette, des règles, des transports, de la loi… et même de la monnaie — a évolué.

Aucun gouvernement n’a déclaré que l’or était une monnaie, par exemple. Cela s’est fait naturellement, les gens le trouvant utile.

Plus tard, les gouvernements ont déclaré que d’autres choses étaient de la « monnaie ». Les monnaies papier fonctionnent plus ou moins bien, mais en temps de crise, les gens tendent à revenir au vernaculaire.

Aucune loi n’exige des gens qu’ils disent s’il vous plaît et merci non plus. Mais ils le font couramment… et trouvent généralement que cela rend les échanges quotidiens plus agréables.

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A l’occasion, durant la ferveur d’une révolution, par exemple, ces « affectations bourgeoises » sont abandonnées en faveur de sottises idéologiquement correctes. « Vive la révolution ! » était populaire pendant un temps. « Heil Hitler » a eu son moment aussi. Les deux ont rapidement été abandonnés pour revenir à la langue vernaculaire.

De même, il y a le gouvernement formel… et il y a les règles informelles, les coutumes et les critères que les gens utilisent pour se gouverner eux-mêmes.

Nombre des colonies ayant gagné l’indépendance après la Deuxième guerre mondiale, par exemple, ont pris la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis comme modèles. Certains ont créé des systèmes qui, sur le papier, étaient une copie quasi-exacte des Etats-Unis.

Tout le tintouin

Ils avaient des législatures bicamérales, des autorités judiciaires indépendantes, la séparation des pouvoirs… tout le tintouin.

Mais les nouvelles démocraties d’Afrique et d’Asie ne fonctionnaient pas toujours comme leurs inspirations occidentales. Une petite histoire humoristique illustre le pouvoir du vernaculaire :

Le maire d’une ville africaine dans une ancienne colonie française vint rendre visite au maire d’une ville française de la même taille ou à peu près. Il fut stupéfait en entrant dans le bureau du maire. Il était plein de beaux meubles, de tableaux coûteux et de riches décorations.

« Comment pouvez-vous vous permettre tout ça avec un salaire de maire ? » demanda-t-il.

Le maire français l’invita à regarder par la fenêtre.

« Vous voyez ce pont ? 10 pour cent ».

L’Africain réfléchit un moment… puis son visage s’illumina.

Des années plus tard, le maire français se rendit à son tour dans la ville africaine. Il fut choqué de voir que le bureau du maire était encore plus luxueux que le sien — avec des tapis d’Aubusson, de délicats vases chinois et des tableaux de grands maîtres.

« Là, je dois vous poser la même question », dit le maire français. « Comment pouvez-vous vous permettre toutes ces choses ? »

Le maire africain montra la fenêtre du doigt.

« Vous voyez ce pont ? »

« Eh bien… non… je ne vois pas de pont ».

« C’est tout à fait ça. 100% ».

Aujourd’hui aux Etats-Unis, la Constitution est toujours conservée dans une cage de verre. La Cour suprême siège toujours. Les membres du Congrès sont toujours in camera. Les bureaucrates et la nomenklatura posent toujours leurs arrière-trains rebondis sur le siège de l’autorité.

Officiellement, rien n’a changé.

Mais, dans le vernaculaire, rien n’est pareil. Chaque citoyen sait que son député est une canaille… Chaque citoyen sait que la Constitution — à l’exception du second amendement ! — est de l’histoire ancienne… Chaque citoyen sait que son vote est principalement symbolique. Et chaque citoyen sait que tant que le Dow Jones grimpe et que le chômage baisse — même si ce n’est que sur le papier…

… Ils s’en fichent complètement.

A suivre.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Nous ne vivons plus dans le même monde”

  1. J’adore l’histoire du pont. C’est tout à fait ça mais pas qu’en Afrique… Dans nos pays dits « civilisés » c’est peut-être même pire avec l’effet levier… Le maire africain est retourné en France ou ailleurs en Occident et a trouvé le bureau du maire encore plus fastueux, mais il ne lui dit plus de regarder par la fenêtre mais un avis comptable avec une photo d’un pont… et l’effet levier de la finance sur le pont! 250%?! 😉

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