Nos entreprises devraient-elles plutôt perdre de l'argent ? | La Chronique Agora


Nos entreprises devraient-elles plutôt perdre de l’argent ?

Rédigé le 16 mars 2018 par | A la une, Desinformation, Investissement Imprimer

Les 92 milliards d’euros que les géants français du CAC 40 ont gagnés en 2017 sont présentés comme indécents et un quasi-affront pour l’opinion publique.

Les Français préfèreraient-ils que leurs champions économiques perdent de l’argent et licencient à tour de bras ?

Les profits du CAC 40 devraient nourrir encore cette année le fantasme selon lequel il existe des cagnottes cachées dans l’économie française. Publiés dans la foulée des annonces sur les milliards de Bernard Arnault, ces chiffres agissent comme des mantras répétés jour après jour. Ils s’infiltrent dans les esprits et influencent en profondeur notre perception de la réalité.

Non, les bénéfices du CAC 40 ne sont pas « records »

Quand on étudie les chiffres, on regrette bien entendu cette nouvelle simplification médiatique qui rappelle, si on en doutait encore, que les medias subventionnés sont bien les champions des fake news.

En effet, avec 92 milliards d’euros de bénéfices, les entreprises du CAC 40 n’ont pas encore atteint les chiffres… des années 2005 et 2006, où elles avaient flirté avec les 100 milliards d’euros. Une présentation honnête de la réalité devrait donc plutôt regretter que les entreprises du CAC 40 n’aient pas encore retrouvé leurs niveaux de profit de l’avant-crise de 2008.

En réalité, les profits du CAC 40 ne sont pas assez élevés, et il est bien dommage que les médias officiels ne le soulignent pas.

Des profits de plus en plus difficiles à dégager

Ces chiffres ternes surviennent dans un contexte de plus en plus rude. Pour dégager ces « profits records », les entreprises du CAC 40 doivent cumuler plus de 1 200 milliards de chiffre d’affaires, soit l’équivalent de 60% du PIB français. C’est environ 300 milliards de chiffre d’affaires de plus qu’en 2005 et 2006.

Ce petit rappel montre comment le taux de marge et de profitabilité des grandes entreprises s’est effondré en une dizaine d’années. Loin d’être une performance, les profits du CAC 40 témoignent donc de l’étendue des dégâts causés par la crise de 2008 en France. [NDLR : Encore loin du CAC 40, des entreprises à la croissance vigoureuse ont des marges robustes… et notre dernière pépite en fait partie : +84% de chiffre d’affaires en 2017 — et 3 100% de croissance en ligne de mire d’ici 2022. Voici comment en profiter.]

La France perdue dans les chiffres

Autre facteur d’inquiétude : la France constitue une part de moins en moins importante du chiffre d’affaires des entreprises du CAC 40. On en serait à 25% en 2017 contre plus de 35% il y a 10 ans. L’Europe elle-même est en déclin dans les activités de nos groupes. Elle représenterait la moitié seulement du chiffre d’affaires.

Les profits du CAC 40 sont donc une sorte de rapatriement des activités menées ailleurs, notamment en Asie et en Amérique. Si l’on se souvient de l’état pitoyable de notre balance commerciale, il devient urgent de trouver ces profits trop peu élevés.

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Eric Verhaeghe
Eric Verhaeghe
Auteur

Éric Verhaeghe est le fondateur du site d’information Décider et Entreprendre, du cabinet Parménide et président de Tripalio.
Diplômé de l’ENA (promotion Copernic) et titulaire d’une maîtrise de philosophie et d’un DEA d’histoire à l’université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

2 commentaires pour “Nos entreprises devraient-elles plutôt perdre de l’argent ?”

  1. Difficile d’analyser des chiffres dans un contexte de plus en plus mondialisé ou l’optimisation fiscale qui passe aussi par la dissimulation de bénéfices est à l’oeuvre.Les périmètres de consolidation des groupes ont changés en quelques années et les méthodes de consolidations aussi de plus les GAFA prélèvent des montants énormes en europe sans que les bénéfices correspondants apparaissent.
    Désormais les buts de la mondialisation sont atteints: liberté de circulation des capitaux des biens et des personnes, dérèglementations généralisées, opacité des flux rendent les analyses et les actions éventuelles des pouvoirs publics impossibles.
    Les pouvoirs publics ne devraient plus s’appeler ainsi!

  2. Encore une chose, les mots  »nos entreprises » lorsqu’on parle de celle du CAC 40 n’ont que peu de pertinence puisqu’elles sont détenues par des actionnaires eux aussi mondialisés qui ne jouent pas sur une zone géographique limitée!

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