Pourquoi les déficits n’ont « pas d’importance »

Rédigé le 20 avril 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Krach boursier imminent, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

La véritable épargne – celle qui provient des économies de chacun – ne compte plus. Le crédit adossé à rien l’a remplacé et les déficits publics sont toujours financés.

Bitcoin se rend utile. Bloomberg nous en parle :

« Le marché bolivar/bitcoin atteint le record d’un million de dollars par jour

Le marché du bolivar vers le bitcoin a atteint un record mardi, le pays assoiffé de dollars recherchant de plus en plus la monnaie digitale en échange de sa devise quasi sans valeur. »

Le Venezuela est un désastre. L’inflation devrait atteindre 13 000% cette année.

Mais le désastre n’est pas sédentaire. C’est un nomade. Et nous pensons qu’il se dirige vers les Etats-Unis.

Tournons-nous vers notre service de recherches pour déterminer s’il en est proche…

L’Indice de la Ruine à un niveau extrême

Que dit notre Indice de la Ruine ?

Vous vous rappellerez, cher lecteur, que nos chercheurs – menés par l’infatigable Joe Withrow – ont imaginé un moyen de déterminer quand un krach allait se produire. Sans garantie, étant donné que ces choses sont imprévisibles. Mais une mesure basée sur un large groupe d’indicateurs devrait être plus fiable que les intuitions de votre correspondant, n’est-ce pas ?

Ma foi, qui sait.

Mercredi, Joe nous a donné des nouvelles :

« L’Indice de la Ruine s’est envolé à 7 – notre niveau d’alerte extrême – en janvier dernier… et il restera à 7 pendant au moins trois mois supplémentaires, si l’on se base sur les chiffres du premier trimestre.

Mais le pavillon d’alerte au krach n’est pas hissé… pour l’instant.

Nous l’avons laissé dans son armoire, et peut-être que ce qui maintiendra les marchés à flot pendant un trimestre supplémentaire est une petite hausse de la croissance du crédit. Après avoir chuté à 1,6% durant le trimestre précédent, la croissance du crédit a augmenté à 2,4% sur le premier trimestre 2018.

Rappelez-vous que nous nous appuyons sur l’analyse de Richard Duncan, à ce stade. Selon Richard, l’économie moderne exige au moins 2% de croissance du crédit pour éviter la récession… si bien que 2,4% suffit tout juste à éviter un Point de Ruine.

D’un autre côté, les emplois non-agricoles ont enregistré une chute brutale. Les emplois non-agricoles avaient augmenté de manière régulière pendant 29 trimestres – ce qui nous fait remonter à 2010 – mais ils ont perdu 1,2% au premier trimestre 2018. 1,2%, cela peut sembler peu, mais c’est la plus grosse chute des emplois non-agricoles depuis le début 2009.

Nous avons donc vu une hausse de la croissance du crédit mais une chute des salaires sur le trimestre dernier. Peut-être que ces deux mouvements sont liés… je ne sais pas… nous voilà de retour au même point qu’en janvier. »

D’accord : « alerte extrême », mais pas encore de krach. Pigé ? [NDLR : pas encore de krach… ce qui signifie qu’il est encore temps de vous préparer à la catastrophe – voici quelques mesures de précaution simples mais efficaces, à mettre en place rapidement. Cliquez ici pour en savoir plus.]

Les erreurs sont individuelles, les catastrophes sont l’apanage des gouvernements

Pendant que les données indiquent une « alerte extrême », les fondamentaux font de même. C’est pourquoi une catastrophe nous attend peut-être, et c’est aussi pourquoi il pourrait n’y avoir aucun moyen de l’éviter.

Les marchés grimpent et baissent sans arrêt – parfois brutalement. Les gens ne savent jamais ce que valent les choses. Ils découvrent les prix en se faisant concurrence. Et les êtres humains ont toujours tendance à sur-réagir. Ils deviennent trop optimistes ou trop pessimistes… faisant trop grimper les prix… ou trop baisser… causant des mini-booms et des paniques.

Dans le cas des Etats-Unis, entre la fin de la Guerre de Sécession et la Grande dépression, il y a eu la panique de 1873, la panique de 1884, la panique de 1893, la panique de 1901, la panique de 1907 et la dépression de 1920-21.

La douleur et les dégâts causés par ces reculs ont été variables. Mais d’une manière générale, ils sont repartis comme ils étaient venus. Les prix ont chuté. Des entreprises ont fait faillite. Les entrepreneurs et les spéculateurs ont ramassé les morceaux… et se sont remis au travail.

Tout le monde fait des erreurs ; si on veut une vraie catastrophe, il faut un gouvernement. Les autorités américaines ont commencé à « faire quelque chose » au sujet de ces excès périodiques à la suite du krach de 29. Le résultat : une Grande dépression.

On retire le bol de punch

Ensuite, c’est la Fed qui s’en est mêlée. La Fed a été mise en place en 1913. Au début, son rôle était modeste – protéger la devise et s’assurer que les grandes banques gagnaient de l’argent.

C’est ce qu’elle a fait avec prudence au début, comme l’a décrit le président de la Fed William McChesney Martin, en « retirant le bol de punch » lorsque la fête commençait à s’emballer.

Ce n’est qu’à partir des années 1980 que la Fed est elle-même devenue une vraie fêtarde. A ce moment-là, les Etats-Unis avaient une nouvelle devise (le dollar élastique post-1971)… et les politiciens avaient réalisé que « les déficits n’ont pas d’importance ».

Les déficits ne comptent plus : années après années, le gouvernement fédéral dépense plus que ses recettes

Ils ne semblaient pas en avoir parce qu’à partir de la fin des années 1980, la Fed n’entravait plus les excès de dépenses… elle les favorisait.

Autrefois, les déficits faisaient baisser l’épargne de la nation. Mais le nouveau dollar et les taux bas de la Fed rendaient la véritable épargne superflue. Les autorités ont baissé les taux d’intérêt pour rendre l’épargne peu attrayante… et ont comblé les déficits avec de l’épargne factice – du crédit inventé « à partir de rien » par la Fed.

A l’époque où les autorités devaient emprunter de la véritable épargne pour combler l’écart entre les dépenses et les recettes fiscales, il y avait une limite naturelle à ce qu’elles pouvaient dépenser. Si elles empruntaient trop, elles « écartaient » les emprunteurs privés. Les taux d’intérêt grimpaient. L’épargne augmentait. L’économie refroidissait et les recettes fiscales chutaient.

Tous les législateurs savaient que le gouvernement fédéral devait gérer ses finances de manière responsable. Aucun des deux partis ne voulait avoir la réputation d’être incompétent en matière d’argent.

Aujourd’hui, tout a changé.

L’illusion d’abondance – fournie par les politiques d’argent facile de la Fed – les a tous emberlificotés.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Pourquoi les déficits n’ont « pas d’importance »”

  1. La grande question était : Pourquoi les déficits n’ont pas d’importance ?
    Bill répond : Parce qu’il ne font plus appels à l’épargne mais à l’emprunt, c’est à dire au crédit.
    Qu’est ce que cela change ? Demandera un esprit comptable tatillon. La dette devra être remboursée un jour et les intérêts, payés chaque années ?
    Et bien, justement, non ! L’état US émet des bons du trésor en dollars pour financer son déficit. Ces bons du trésor sont remboursés à l’échéance par de nouveaux bons en dollars tout comme les intérêts.
    S’il n’y a pas assez d’acheteurs pour les bons, la FED achète le surplus avec des dollars tout neufs qui ne coûtent que le prix du papier et de l’encre.
    Peu importe le montant de la dette et des intérêts, tant qu’il y aura du papier ( qui sont plutôt des bits d’ailleurs) pour imprimer des dollars.
    Tant que les fournisseurs et créanciers des US accepteront les dollars, le système n’a aucune raison de ne pas fonctionner.
    Pourquoi les fournisseurs et créanciers acceptent le dollar ? Parce qu’ils en ont absolument besoin pour leurs opérations de commerce international.
    Quelle est la valeur réelle du dollar? La valeur est une comparaison par rapport à autre chose. Hors rien n’est comparable au dollar. Le dollar ne vaut pas 0,85 euro, c’est l’euro qui vaut 1,25 dollars ! Tout dépend du dollar qu’on le veuille ou non.
    Tant que le dollar sera nécessaire au commerce international, le système fonctionnera.
    Vous comprenez pourquoi la mondialisation est si importante pour les US, pourquoi elle doit absolument s’étendre et s’imposer partout, pourquoi ceux qui résistent sont laminés.
    Si les US menacent la Chine, la Russie et l’Europe, ce n’est pas par idéologie ou par caprice, c’est par intérêt existentiel.
    Les US doivent conserver « à tout prix » le contrôle de la mondialisation pour maintenir l’hégémonie du dollar dont dépend leur existence.

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