La vanité de Donald Trump

Rédigé le 26 juin 2018 par | Liberalisme Imprimer

Le protectionnisme n’a jamais conduit à la prospérité puisqu’il détruit la productivité. La preuve par les Coréens.

« La fortune est pour le riche une ville forte ;

Dans son imagination, c’est une haute muraille »

– Proverbes, 18:11

Nous poursuivons notre discussion d’hier en reliant les derniers points – ensuite, nous promettons de ne plus jamais mentionner le « commerce ».

Parlez d’une « tête sphérique », d’une « prise femelle » ou d’un « couplage » au Congrès US, et ses membres se feront des idées… fausses.

La moitié des membres du Congrès US sont des politiciens professionnels, qui y ont consacré toute leur vie. Les autres sont des avocats de carrière. On y trouve aussi un petit assortiment de dentistes, psychiatres et concessionnaires automobiles. Mais pas un seul plombier ou électricien.

Nous relevons un défi

Certaines personnes pensent pourtant que le Congrès et le gouvernement sont responsables, au moins en partie, de nos salles de bain. Telle est la supposition sous-jacente du défi que nous a lancé l’un de nos lecteurs.

Il a écrit :

« Le dessein d’une nation est de défendre les intérêts communs de ses citoyens. En tout cas, la capacité de gagner sa vie à un niveau de vie plus élevé que celui du travailleur chinois, qui doit partager une salle de bain située au bout de son immeuble avec 50 autres familles, est en partie ce que les Etats-Unis défendent et leur raison d’être ».

Il n’est pas fait mention d’améliorer le niveau de vie ou d’augmenter la richesse dans la Déclaration d’indépendance, ni dans la Constitution US. Et nous savons qu’aux Etats-Unis en tout cas, c’est le secteur privé qui est responsable des salles de bain.

Cette question présume que les autorités qui gèrent « notre nation » – par des actions offensives ou défensives – peuvent vous rendre plus riche que vous le seriez si vous étiez seul.

Est-ce vrai ? Et par quel moyen ? Les autorités peuvent-elles créer ou protéger des niveaux de salaire plus élevés ? Si oui, comment se fait-il qu’elles ne le fassent pas partout ?

Si vous vivez au Nigeria, où le salaire horaire est d’environ 3 $, les autorités peuvent-elles augmenter le niveau de vie en faisant passer le salaire minimum à 10 $ ? Ou en bloquant l’importation de biens étrangers ? Ou en fermant les frontières aux étrangers ? Y a-t-il autre chose qu’elles puissent faire ?

Il semble relativement évident que la réponse est non. Les Nigérians gagnent 3 $ de l’heure, grosso modo, parce que c’est ce que vaut leur travail. Il leur manque la formation, les équipements, les infrastructures, les institutions financières et commerciales évoluées, le savoir-faire et les marchés qui rendraient leur travail plus productif.

Localement, les autorités pourraient construire un mur tout autour du pays et empêcher quiconque d’y entrer. Ensuite, elles fixeraient un salaire minimum de 100 000 nairas. Ou un million de nairas. Mais cela ne vaudrait tout de même que 3 $ de l’heure.

Les bonnes âmes et les empêcheurs de tourner en rond inventent des programmes de développement pour aider les pays pauvres. Mais n’étant pas guidés par des prix honnêtes (fixés sur des marchés libres) ni motivés par les profits, ces plans échouent quasiment toujours. Même les succès sont généralement frauduleux, consommant plus de ressources réelles qu’ils ne produisent en réalité.

Pour autant que nous en sachions, il n’y a rien que les autorités puissent faire pour aider, à part fournir les services de base : le respect du droit à la propriété, la sécurité, l’application des contrats et une devise honnête.

En dehors de cela, ils devraient se retirer et laisser les accords gagnant-gagnant faire leur travail.

Une île de prospérité protégée par un mur

Qu’en est-il des Etats-Unis ?

Comme le suggère notre lecteur, peut-être que les autorités peuvent effectivement protéger les secteurs à salaires élevés de la concurrence en les isolant des importations à bas salaires… Et peut-être peuvent-elles protéger les travailleurs à salaires élevés contre les travailleurs à bas salaire en fermant les frontières aux immigrants.

Pourquoi ne peuvent-elles pas construire un mur… puis bannir les produits à bas prix… et la main-d’oeuvre peu chère… pour que nous puissions vivre sur une île de prospérité dans un monde de chaos, de concurrence et de changement ?

Ah, cher lecteur, vous n’êtes pas le premier à rêver.

Mettons que nous construisions un très haut mur : est-il efficace ? Ou n’est-ce qu’une vanité futile, comme le suggère la Bible – l’équivalent de tirer vos draps au-dessus de votre tête quand votre maison est en feu ?

Les Américains gagnent-ils plus que les Nigérians parce que leur classe politique est meilleure… ou parce qu’ils sont plus productifs ?

Nous sommes d’avis qu’ils gagnent plus parce qu’ils ont plus de machines. Plus de savoir-faire. Plus de capitaux. Des marchés financiers plus sophistiqués. De meilleurs systèmes d’approvisionnement et de livraison. [NDLR : Des entreprises qui ont encore tous ces avantages et qui n’ont pas peur de la concurrence… ignorés de la majorité des investisseurs… et présentant des perspectives de croissance spectaculaires… ça existe : cliquez ici pour tout savoir.]

Nous sommes également d’avis que si les entreprises américaines… et les travailleurs américains… s’en sont si bien sortis, c’est en partie parce qu’ils étaient confrontés à plus de concurrence, et non moins.

Les Etats-Unis étaient – et sont peut-être encore – le plus grand marché libre au monde. Le cordonnier du Maine était en concurrence avec les savetiers de Californie… et les hauts-fourneaux de Pennsylvanie devaient affronter ceux de l’Alabama.

La concurrence maintenait tout le monde en alerte… et a permis aux acteurs de se concentrer et de se spécialiser dans les secteurs où ils étaient le plus efficaces. Les oranges sont cultivées en Californie et en Floride, pas en Virginie. Les voitures sont fabriquées à Detroit, pas dans le Nevada. Les activités tech se sont développées dans la Silicon Valley, pas dans le Kentucky.

La concurrence… la capacité à se spécialiser… les immigrants… et le manque relatif d’interventions de la part des autorités… ont créé les travailleurs les plus productifs de la planète – et les salaires les plus élevés.

Des murs pour protéger une minorité au détriment d’une majorité

Mais les salaires US – par rapport au reste du monde – ont probablement atteint un sommet dans les années 1970. Ensuite, l’Union européenne a créé une autre grande zone de commerce quasi-libre. Les constructeurs allemands et japonais ont battu leurs concurrents – même aux Etats-Unis. Et la Chine s’est ouverte à l’économie mondiale.

A présent, comme il fallait s’y attendre, les Américains veulent des murs. Ils veulent rendre à César le pouvoir de contrôler ce qui entre et ce qui sort, et en quels termes.

Mais les murs vont-ils les protéger ?

Il y a plus de consommateurs dans une économie qu’il n’y a de gens travaillant dans des manufactures d’exportations. De sorte que, comme tous les autres accords gagnant-perdant, les taxes douanières aident quelques-uns au détriment de la majorité.

En dehors des frontières nationales, une personne devra payer 10 $ pour acheter un gadget. A l’intérieur, elle devra peut-être payer 20 $ pour préserver les salaires des fabricants de gadgets nationaux.

Les ouvriers sur la chaîne de montage des gadgets applaudiront peut-être le César du pays. Mais le reste de la population – s’ils comprenaient ce qui se passe – le maudirait ; ils sont du côté perdant d’un schéma de redistribution de la richesse.

Dans l’ensemble, ils sont plus pauvres. De l’argent a été sorti de l’économie gagnant-gagnant (par le biais des taxes douanières) pour passer au système gagnant-perdant. Les coûts augmentent – pas les revenus.

Quand les profits dépendent de la politique

Par ailleurs, protégées contre la concurrence étrangères et faussées par des signaux de prix artificiels, les industries locales deviennent moins efficaces ; les dirigeants ne se concentrent plus sur leur usine à Cincinnati mais sur leur siège social à Washington. Au lieu d’essayer de satisfaire leurs clients, ils pêchent, cajolent et complotent avec les autorités.

Les investissements ont tendance à s’affaisser aussi. Pourquoi investir de précieux revenus pour concevoir un meilleur produit puisque les consommateurs sont forcés d’acheter ce que vous avez déjà ? Les profits deviennent une fonction de la politique, non de la productivité.

Par contraste, les étrangers, sur les mers agitées du capitalisme ouvert, deviennent de meilleurs navigateurs. Ils développent plus de capitaux, plus de compétences, de meilleurs systèmes de transport, plus de connexions commerciales, de ventes et de réseaux de distribution.

Ils deviennent plus efficaces et productifs. Et puisque c’est la productivité du secteur privé, non l’activisme du secteur public, qui établit les niveaux de salaires réels, les étrangers s’enrichissent alors que l’économie interne s’appauvrit.

L’avenir arrive quoi qu’il en soit

Hélas, cher lecteur, de hautes murailles ne peuvent pas vous protéger. Gagnant-gagnant, la vie est créatrice, destructrice et en concurrence 24h/24, 7j/7. L’avenir arrive que vous soyez prêt ou non.

Les autorités ne peuvent pas créer de richesse, pas plus qu’elles ne peuvent la protéger. C’est la productivité qui fait la valeur du temps d’un travailleur. Et c’est la productivité – et elle seule – qui maintient cette valeur. Tout le reste – y compris des murs élevés et les emberlificotages de la guerre commerciale – n’est que sottises.

Voilà pour la théorie. En ce qui concerne la pratique, nous avons deux exemples.

Pour commencer, en 1914, l’économie à la croissance la plus rapide d’Europe était la Russie. Elle était à peu près de la même taille que les Etats-Unis, et avait à peu près les mêmes perspectives. Si elle avait continué à se développer au même rythme, l’économie serait aujourd’hui plus ou moins égale à celle des Etats-Unis.

Au lieu de cela, elle a pris un drôle de chemin gagnant-perdant. Les politiciens décidaient où investir… combien les gens devraient gagner… et même le nombre de toilettes qu’ils devaient avoir.

Les signaux de prix ont été faussés… et ignorés. Le commerce avec le monde extérieur a quasiment pris fin. Des murailles élevées ont protégé les Russes pendant près de trois générations. Presque pas d’immigrants. Presque pas de produits étrangers.

La protection des constructeurs automobiles nationaux, par exemple, n’a laissé aux Russes qu’un seul choix – la Lada. Hélas, la voiture était une plaisanterie dans le secteur automobile :

Un homme rentre dans un garage : « est-ce que je peux avoir une paire d’essuie-glaces pour ma Lada ? » demande-t-il. « Bien sûr mon pote, ça semble un échange équitable ».

Aujourd’hui, l’économie russe dans son ensemble est à peu près équivalente à celle du grand New York. Quasiment l’intégralité du XXème siècle – gâché.

Voici un deuxième exemple où de hautes murailles étaient censées défendre le pays contre la concurrence – la Corée du Nord. Il n’y entre pas grand’chose. Il n’en sort pas grand’chose.

A la fin de la Guerre de Corée, tant la Corée du Nord que la Corée du Sud étaient des enfers où régnait la pauvreté. Mais elles prirent chacune un itinéraire différent… et obtinrent des résultats différents.

Le nord construisit des murs et se concentra sur les accords gagnant-perdant, mettant l’accent sur le juche (les secteurs locaux) et le songun (l’armée d’abord).

Le sud s’en tint à des accords gagnant-gagnant et s’ouvrit à la concurrence mondiale… avec tous les désavantages possibles : main-d’oeuvre sous-qualifiée, consommateurs trop pauvres, industries à court d’investissement et ainsi de suite.

C’est un test imparfait, parce qu’il se passait d’autres choses en parallèle – mais difficile de faire mieux, en matière d’économie politique : le même peuple, la même langue, la même péninsule, et partant du même point ou à peu près… mais avec deux approches très différentes.

Quel fut le résultat ?

Vous connaissez déjà la réponse, n’est-ce pas ?

Partant de rien ou à peu près, le PIB per capita en Corée du Sud est d’environ 40 000 $ aujourd’hui. Aux Etats-Unis, il est de 60 000 $.

Et en Corée du Nord ? Personne ne le sait. Mais les estimations le mettent entre 1 000 $ et 2 000 $ par an.

Les enfants nord-coréens tendent à être dénutris, ce qui donne des adultes plus petits et une espérance de vie 10 ans inférieure à celle de leurs voisins du sud.

De hautes murailles ? Ou des portes ouvertes ? Laissez César tout contrôler ? Ou le faire reculer ?

A vous de choisir.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “La vanité de Donald Trump”

  1. un pur délice cet article

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