La Chine proche du point de rupture

Rédigé le 27 février 2017 par | Banques Centrales Imprimer

Nous en parlions entre nous depuis des semaines mais c’est la plus haute autorité, Bloomberg, qui nous le confirme : « la politique actuelle de la Chine est proche du point de rupture. »

Quel est ce point de rupture ? En quoi est-il important ? Et comment Trump en tiendra-t-il compte ?

La Chine a officiellement annoncé le 7 février que ses réserves en devises sont passées sous la barre des 3 000 Mds$ — un seuil psychologique.

Après cette annonce, elles s’élevaient à 2 990 Mds$. Beaucoup d’analystes estiment que la Chine a besoin d’une réserve entre 2 600 et 2 800 Mds$ pour prévenir une crise de la balance des paiements.

Mais à présent que ce seuil psychologique est approché, beaucoup craignent une accélération de cette baisse. La Chine doit donc stopper l’hémorragie, et vite.

Selon Rajiv Biswas, économiste chez IHS Global Insight :

« Avec cette chute des réserves en dessous de cet important seuil psychologique de 3 000 Mds$, les pressions sur les décideurs politiques chinois vont s’intensifier pour empêcher un siphonage encore plus importante des réserves. »

Avec l’aggravation de la crise de la dette et le ralentissement de la croissance, les capitaux ont fuit la Chine aussi vite que cela leur était possible. Selon l’organisme chinois Institute of International Finance, la sortie des capitaux a atteint le chiffre record de 725 Mds$ l’année dernière.

La Chine est prête à tout pour garder des capitaux dans le pays afin de soutenir l’économie. Elle a fortement ponctionné dans ses réserves en dollars pour soutenir le yuan. Vendre les dollars qu’elle détient pour acheter des yuans renforce les bases du yuan. Cela le rend plus attractif et enraye la fuite des capitaux.

Malgré ces ponctions, le yuan s’affaiblit.

Le Yuan dérape face au dollar

Le risque est de voir ainsi fondre toutes les réserves restantes…

Détenir 2 990 Mds$ ou 3 000 Mds$ en caisse semble beaucoup. Mais comme l’a récemment expliqué Jim Rickards, ce n’est en fait pas tant que cela :

« Sur les 3 000 Mds$ qui restent à la Chine, seulement 1 000 milliards sont en liquide. Mille milliards sont investis dans des hedge funds, des fonds privés, des mines d’or, etc. Cet argent n’est pas liquide. Il ne peut être utilisé pour soutenir la monnaie. On ne peut donc pas compter ce 1 000 milliards. »

Il nous reste donc 2 000 Mds$ :

« Mille autres milliards de dollars doivent être détenus dans ce qu’on appelle les réserves de précaution pour renflouer le système bancaire. Les banques chinoises sont totalement insolvables. Ce système va avoir besoin d’être renfloué tôt ou tard (plutôt tôt d’ailleurs). »

On peut donc enlever 1 000 autres milliards de dollars.

« Sur les 3 000 milliards initiaux, il ne reste donc que 1 000 Mds$ qui soient vraiment sous forme liquide. Le problème est que la fuite des capitaux continue, au rythme de 1 000 Mds$ par an. La Chine se retrouvera donc dépourvue d’actifs liquides utilisables d’ici la fin de 2017. »

Au rythme actuel, la Chine aura donc consommé ses réserves utilisables d’ici la fin de l’année.

Trump pourrait bientôt qualifier officiellement la Chine de « manipulateur monétaire ». Ceci aurait d’importantes implications.

Un groupe d’analystes de la Deutsche Bank affirme la même chose :

« Dans les prochaines semaines, le président Trump ou son Secrétaire au Trésor pourrait qualifier officiellement la Chine de manipulateur monétaire et proposer des pénalités, c’est-à-dire des taxes sur tout ou partie des importations chinoises ; à moins que celle-ci ne cesse de manipuler la monnaie et d’autres politiques commerciales jugées illégales. »

Cela entraînerait des représailles de la part des Chinois. Ils pourraient imposer des taxes sur les importations américaines. Et puis… la Chine pourrait envisager sur le plan monétaire l’option nucléaire, c’est-à-dire une méga-dévaluation.
[NDLR : Ces dévaluations brutales font partie de la « Guerre des devises », une guerre dont vous n’êtes pas obligé d’être une victime collatérale mais dont vous pouvez, au contraire profiter grâce au système IMPACT de Jim Rickards. Un système qui a permis à ses abonnés d’engranger 530% en moins de huit mois sur le dollar, ou encore 848% en sept mois sur l’euro. Pour en faire partie, cliquez ici.]

Selon Jim Rickards :

« Nous pourrions voir des tarifs douaniers être imposés dans les deux directions, des coups en représailles, une guerre financière… La Chine répondra avec ce que j’appelle son option nucléaire, c’est-à-dire une méga-dévaluation du yuan. »

Si la Chine est qualifiée de manipulateur monétaire et voit ses produits exportés aux Etats-Unis fortement taxés, qu’est-ce qui l’empêcherait d’y aller franco et de dévaluer sa monnaie ?

Primo, cela rendrait les exportations chinoises plus compétitives. Deuxio, la Chine pourrait cesser de puiser dans ses réserves en dollars. Elle n’aurait plus besoin de doper le yuan pour contrôler la fuite des capitaux.

Beaucoup de Chinois craignent que le gouvernement ne durcisse les contrôles sur les mouvements de capitaux au cas où la situation se détériore. C’est pourquoi ils sortent leur argent du pays en prévision. Cela entraîne une plus grande peur des contrôles des capitaux. Et de plus grandes raisons de sortir les capitaux. C’est un cercle vicieux.

Mais si la Chine dévalue le yuan d’un coup de 25% ou 30%, elle envoie ce message : le pire est passé. Vous pouvez tout aussi bien garder votre argent en Chine. Il n’y aura pas d’autre dévaluation.

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Brian Maher
Brian Maher
Directeur de la rédaction du Daily Reckoning

Brian Maher est directeur de la rédaction du Daily Reckoning. Avant de collaborer avec Agora Financial, il a couvert l’économie la politique et les affaires sociales en tant qu’investigateur indépendant, notamment pour Asian Times. Il est titulaire d’un mastère Defense & Strategic Studies.

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