Cash : surveillez vos arrières !

Rédigé le 3 septembre 2015 par | Article, Bill Bonner, Indices, marchés actions, stratégies Imprimer

▪ Oui, septembre est arrivé. Comme prévu, la volatilité boursière augmente (et pour en profiter, c’est par ici…). La Guerre zombie s’intensifie. Les investisseurs prennent peur.

Les gens perdent confiance. Ils perdent probablement confiance dans les dirigeants d’entreprises, par exemple. Qui veut détenir les actions de sociétés gérées par des idiots qui achètent leurs propres actions à prix record juste avant une liquidation boursière ?

Ou peut-être se demandent-ils quelle part des 200 000 milliards de dollars de dettes mondiales peut être remboursée ?

A moins qu’ils ne commencent à réaliser à quel point les politiques de la Fed sont frauduleuses ?

Mais maintenant… attention ! Titubant sous les coups des deux dernières semaines, attendez-vous à une contre-attaque vigoureuse des zombies et de leurs alliés.

L’un ou l’autre gouverneur de la Fed — voire Janet Yellen elle-même — se présentera et nous dira de ne pas nous inquiéter d’un retour à "la normale". Nous sommes bien trop avancés dans la bizarrerie pour revenir la normalité, désormais.

A coup sûr, les sherpas de Wall Street vont faire les gros titres en expliquant que les marchés deviennent parfois déraisonnablement craintifs. Ils avertiront les investisseurs que le moment est venu de faire la chasse aux "bonnes affaires". Le Dow à 25 000 ! Pourquoi pas ?

Ils ont peut-être raison. Il ne peut qu’y avoir une explosion inflationniste à un moment ou à un autre. Les actions grimperont en flèche. Mais pas avant de s’être effondrées.

▪ Attention à la contre-attaque…
En attendant, surveillez vos arrières. Une sérieuse contre-attaque se prépare. Elle concernera les lignes de ravitaillement. Les compères et les autorités tenteront de nous couper de nos finances et notre ligne de retraite, nous prenant au piège entre l’enclume de la déflation boursière et le marteau de l’inflation des autorités. Il n’y aura pas d’issue, pas de sortie possible.

Vous imaginez un peu ? Le cash cause des distorsions économiques

La semaine dernière, le Financial Times a publié un article appelant à l’abolition du cash. Il parlait de mettre à la retraite "une autre ‘relique barbare’," affirmant que les espèces causent "beaucoup de distorsions dans le système économique". Vous imaginez un peu ? Le cash cause des distorsions économiques ! Selon le Financial Times :

"L’existence du cash — un instrument au porteur à taux d’intérêt zéro — limite la capacité des banques centrales à relancer une économie déprimée. Le souci, c’est que les gens pourraient échanger leurs dépôts contre des espèces si une banque centrale faisait passer ses taux en territoire négatif"…

Bien entendu, l’article répétait également les accusations familières : le cash finance le terrorisme, l’évasion fiscale et le marché noir. Rendre le cash illégal, dit-il, "faciliterait la tâche d’un gouvernement décidé à écraser l’économie informelle".

Vous voyez où tout ça nous mène, n’est-ce pas, cher lecteur ? Si les autorités peuvent bannir le cash, elles vous auront entièrement en votre pouvoir. Vous investirez quand elles voudront que vous investissiez. Vous achèterez quand elles veulent que vous achetiez, ce qu’elles veulent que vous achetiez.

Vous serez contraint de conserver votre argent dans une banque — une banque contrôlée, bien entendu, par les autorités. Vous direz que vous aurez "de l’argent à la banque", mais ce ne sera pas vrai. Tout ce que vous aurez, c’est un crédit auprès de la banque.

En l’état actuel des choses, la banque aura du cash réel — mais de loin pas assez pour satisfaire ses engagements. Si cette nouvelle attaque réussit, de par la loi, vous n’aurez plus de cash du tout. Vous serez cerné. Si les autorités veulent vous forcer à dépenser… ou investir… votre argent, elles imposeront simplement un "taux d’intérêt négatif", qui n’est rien de plus qu’une taxe. A Chypre, ils ont ponctionné les plus gros comptes d’une taxe de 50% simplement parce que les banques n’avaient pas assez d’argent. En Argentine, elles ont carrément été fermées. Lorsqu’elles ont rouvert, les dépôts en dollars avaient été convertis en pesos, avec une perte de 66% !

▪ Quand l’Etat se servira dans vos poches
A mesure que les actions baissent, vous pouvez vous attendre à ce que de plus en plus de gens veuillent détenir du cash. Si les valeurs baissent de 10%, le cash a, en termes relatifs, grimpé de 10%. Les gens en voudront. Mais si cette manoeuvre d’encerclement fonctionne, vous ne pourrez plus obtenir de cash réel. Tout ce que vous aurez, c’est une demande envers les débiteurs les plus insolvables de toute l’économie.

Les banques n’auront qu’à se servir chez nous — avec l’approbation pleine et entière des banques centrales, des gouvernements

En 2008-2009, quasiment toutes les grandes banques étaient au bord de la faillite. Mais s’ils réussissent à nous isoler du cash, ça n’arrivera plus jamais. Parce que les banques n’auront qu’à se servir chez nous — avec l’approbation pleine et entière des banques centrales, des gouvernements et des zombies un peu partout.

Plusieurs de nos lecteurs nous ont déjà raconté qu’ils avaient eu des problèmes pour retirer du cash de leurs propres comptes. Les banques traînent des pieds. Elles imposent des plafonds de retraits. Elles veulent que vous veniez en personne… et ainsi de suite.

Pour l’instant, l’impossibilité d’obtenir du cash rapidement est simplement ennuyeuse. Mais attendez. Il ne faudra pas longtemps avant que de nouvelles initiatives pour "stimuler" la demande soient annoncées. Peut-être que les taux négatifs suffiront. Peut-être y aura-t-il un crédit d’impôts général. Mais tôt ou tard, le marteau de l’inflation s’abattra. Et votre incapacité à retirer du cash deviendra plus qu’ennuyeuse : elle se muera en plaie mortelle. Vous serez prisonnier d’un compte en banque domicilié dans une institution en faillite. Les autorités et leurs compères bancaires vous diront quand et comment accéder à votre propre argent.

Les autorités annonceront un "jour férié". Peut-être que les transferts vers des vendeurs d’or ou des comptes en devises étrangères seront déclarés illégaux. Ou peut-être qu’il faudra simplement beaucoup de temps — pendant que votre épargne perd rapidement sa valeur — pour sortir votre argent.

Si cette nouvelle campagne réussit, il sera quasiment impossible de vous protéger. Dans les faits, vous aurez besoin de la permission des autorités pour acheter un paquet de cigarettes.
[NDLR : Vous voulez que ça n’arrive pas ? Alors… agissez ! Maintenant. Il n’y a plus de temps à perdre — signez notre pétition contre la société sans cash en cliquant ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Cash : surveillez vos arrières !”

  1. Très bon article.
    L’inflation existe déjà sur certain marché, comme vous l’avez déjà dit par ailleurs effectivement. Mais on parle ici de l’Inflation, la vraie, celle où tous les prix du quotidien croissent et s’auto-entretiennent.
    Pour qu’il y ait cette inflation généralisée, il me semble qu’il faut ce fameux transmetteur global qui est le salaire et son corolaire la consommation.
    Or nous ne sommes plus comme dans les années 70 où les salaires étaient concrètement indexés sur les prix dans un contexte de pénurie (relative) de l’offre de travail.
    Dans les années 80, c’était un phénomène identique à ceci près que c’était la faible ouverture de pan entiers de l’économie qui relativement mis à l’abri de l’économie internationale, protégeait les « insiders ». Pour ceux donc qui n’était pas chomeurs, relativement protégé sur leur marché, les salaires étaient encore indexés sur les prix.
    Désormais avec l’ouverture béante des économies, il n’y a plus (globalement parlant) cette liaison.
    Je pense que l’on peut ainsi comprendre la difficulté des US à faire repartir l’inflation chez eux, même si le but secondaire est atteint : provoquer l’inflation chez les nouveaux concurrent (inde, chine…).
    Le gros des pays « anciens » sont structurellement en déflation s’ils ne sont pas spécialisés en « haute valeur ajoutée » (cas de la France contrairement à l’Allemagne).
    Finalement, je me demande si, à part les fortes marges qui sont artificiellement construites par les industries qui ont délocalisé, et à part la sphère financière pure, je me demande comment une inflation globale peut apparaître ? Quelle pourrait être la courroie de transmission ?
    Car cela fonctionne du coup à l’inverse : de la richesse est pompée sur le dos des consommateurs par la déformation de la matrice des prix, et la désindustrialisation, ce qui nous pousse structurellement vers la déflation.
    Votre avis éclairé (voir illuminé 🙂 serait intéressant !
    Cordialement et merci pour vos publications.

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