Le Bitcoin à 10 000 $ ?

Rédigé le 14 juin 2017 par | Bill Bonner, Investissement Imprimer

Nous vivons une ère de miracles, qui s’accompagne de son lot de baratin et de paradoxes.

Au cours de ces quatre dernières années, presque tous les gains réalisés sur les marchés actions américains ont été générés par cinq valeurs technologiques uniquement : Facebook, Apple, Microsoft, Amazon, et Google (les « Big 5 », les FANG, ou encore les GAFA).

Ces cinq actions ont vu leur valeur tripler depuis 2012. Rien que cette année, elles ont gagné 25% en moyenne.

Comment s’est comporté le reste du marché ?

Owen Williams, par l’intermédiaire de Marc Faber, rédacteur de The Gloom, Boom & Doom Report, a retiré ces cinq actions du S&P 500. Il s’est donc retrouvé avec un S&P 495.

Quelles performances a-t-il enregistrées, depuis 2012 ?

Eh bien, il a gagné environ 25%… ou environ 5% par an. Parallèlement les Big 5 ont gagné 226%, soit neuf fois plus.

Si la valorisation de ces cinq sociétés est si élevée, ce n’est pas parce qu’elles gagnent énormément d’argent. L’essentiel de la hausse provient de « l’expansion des multiples », ce qui signifie que les investisseurs sont prêts à payer plus cher chaque dollar de bénéfice qu’elles produisent.

Si vous les réunissez, selon Williams, et que vous calculez le ratio cours/bénéfice du groupe, vous obtenez un résultat sensationnel : 59,4 fois les bénéfices nets, soit plus de deux fois le ratio cours/bénéfice du S&P 495.

Est-ce remarquable ?

D’un autre côté, les investisseurs prêtent de l’argent aux gouvernements suisse et japonais, et payent pour avoir ce privilège. Ils payent également le bitcoin près de 3 000 $ pièce : une cryptomonnaie qu’ils ne peuvent ni voir, ni prendre en main, ni utiliser (en général) pour régler leurs achats à l’épicerie.

Alors, pourquoi ne seraient-ils pas prêts à attendre 60 ans pour que leurs Big 5 réalisent suffisamment de bénéfices par rapport à leur investissement ?

Et… tiens ? Un autre miracle !

Vendredi, les Big 5 ont commencé à subir un sell-off. Par exemple, Apple a chuté de 6% par rapport à son pic.

Dans ce secteur technologique, d’autres titres vont inévitablement chuter et nous ne serions pas étonné que cette chute soit violente.

GAFA

L’essor des cryptomonnaies

En attendant, retournons à l’une de ces merveilles de notre époque : les cryptomonnaies évoquées ci-dessus.

A titre personnel, nous ignorons à peu près tout ce que l’on peut savoir sur les cryptomonnaies. Mais nous sommes entouré de passionnés.

La semaine dernière, nous avons entendu dire que l’un de nos ex-analystes était très à l’aise, financièrement, ce qui a suscité un commentaire de l’un de nos jeunes analystes, au bureau : « bon sang… il a gagné plein de fric avec le bitcoin. Et maintenant, il prend des vacances prolongées aux Iles Fidji.

« Ce type a installé un parc d’ordinateurs dans notre bureau de Buenos Aires, au moment où le gouvernement plafonnait les prix de l’électricité. Et il les a utilisés pour ‘miner’ (extraire) des bitcoins. Ses ordinateurs calculaient les équations mathématiques complexes exigées pour vérifier les transactions en bitcoins… et, en contrepartie, il recevait des bitcoins fraichement émis.

« C’était au moment où le cours ne représentait que des centimes. A présent, il grimpe sous nos yeux de plus 100 $ sur une seule journée. Non mais, c’est incroyable. Vous saviez que 1 000 $ de bitcoins en 2010 vaudraient 90 M$ aujourd’hui ?

« Et le bitcoin n’est pas seul. De nouvelles ICO [NDR : acronyme d’Initial Coin Offering, qui s’inspire d’IPO, acronyme d’Initial Public Offering, signifiant introduction en bourse] de tokens, des jetons numériques, ont lieu presque tous les jours.

En gros, les startups spécialisées dans les cryptomonnaies vendent des crypto-tokens pour lever des fonds et financer leurs entreprises : tout comme une entreprise émet de nouvelles actions pour financer ses activités via l’introduction en bourse.

« Par exemple, une ICO a eu lieu récemment pour une entreprise vous permettant de louer de l’espace-mémoire sur votre ordinateur, aux gens qui ont besoin d’espace de stockage supplémentaire. Une autre entreprise tente de fournir des services financiers de base à 2,5 milliards de personnes dans le monde, sans recourir à des comptes en banque.

« Et une autre ICO a permis de financer une société qui vous permet de vous débarrasser de toutes les publicités en ligne et, à la place, de payer directement les sites pour leur contenu. Celle-ci a levé 36 M$ en 30 secondes, seulement !

« Il existe plus de 800 cryptomonnaies, à présent. Celle que je préfère arrive en deuxième position : Ethereum. Elle n’a rien à voir du tout avec de la monnaie. En gros, les développeurs à l’origine d’Ethereum ont créé le premier ‘ordinateur mondial’ décentralisé.

« Les entreprises peuvent utiliser cet ordinateur décentralisé pour arbitrer toutes sortes de transactions sans devoir recourir à une tierce partie ou à une autorité centralisée pour réaliser cet arbitrage.

« C’est comme un endroit dans le cyber espace où se réfugier pour échapper aux institutions corrompues et faire des affaires sans interférence de l’extérieur… »

De l’or virtuel ?

« Bien sûr, il y a également énormément d’escrocs », a poursuivi notre jeune analyste.

« Lorsqu’un secteur est aussi recherché, les filous s’y invitent. Ce sont ces types qui vendent des sociétés minières en période d’expansion de l’or… des sociétés technologiques en période d’expansion des technologies… et des cryptomonnaies en période d’expansion des cryptomonnaies.

« Est-ce qu’il y a une bulle du bitcoin, actuellement ? Peut-être. Cela ne m’étonnerait pas que les cours s’effondrent à nouveau. Mais voici ce qu’il faut retenir : les gens ont parlé de bulle lorsque le bitcoin a atteint 1 $. Ils ont parlé de bulle lorsqu’il a atteint les 100 $… et à nouveau lorsqu’il a atteint les 1 000 $.

« Sur le long terme, le bitcoin – ou l’une de ses versions – a de beaux jours devant lui. Et il ne serait pas surprenant que le cours du bitcoin atteigne 5 000 $… ou 10 000 $.

« Pourquoi ? Parce que c’est une meilleure forme de monnaie.

« Rappelez-vous, le créateur du bitcoin était un grand fan de l’étalon-or. Le bitcoin a été conçu ainsi : pour être de l’or virtuel. Voilà pourquoi la réserve totale de bitcoins est plafonnée à 21 millions. Il doit être disponible en quantité limitée, comme l’or, pour avoir de la valeur.

« Voilà également pourquoi il faut utiliser d’énormes puissances de calcul, coûteuses, pour pouvoir ‘miner’ de nouvelles pièces. Contrairement à la monnaie fiduciaire de l’Etat, le bitcoin se fonde sur la façon dont l’or a été extrait du sol, aux frais du propriétaire de la mine.

« Et si vous vous trouvez au Venezuela, avec l’inflation qui flambe… ou en Chine, où le contrôle des capitaux vous empêche de déplacer votre argent à l’étranger… ou en Inde, où l’Etat a récemment proscrit 86% des billets de banque en circulation… ou aux Etats-Unis, où une nouvelle crise financière menace… et que vous voulez protéger votre argent, il vous faut une monnaie réelle. [NDLR : En quoi le bitcoin peut-il vous être utile aujourd’hui en France ? Notre Rapport Spécial vous dit tout sur ce sujet… et bien sûr comment vous en procurer. Cliquez ici pour le recevoir.]

« Tout ce que propose le gouvernement, c’est de la monnaie de singe. Alors, que faire ? Si vous disposez des bons contacts, vous achetez de l’or. Ou bien vous allez sur internet pour acheter du bitcoin.

« Là, vous disposez d’une monnaie numérique qui évolue hors système bancaire… ne souffrira pas de la prochaine crise de la dette souveraine… et dont la valeur augmente lorsque des évènements négatifs surviennent dans le monde.

« Bien entendu, les autorités ont déjà tenté d’interdire… ou de contrôler… les cryptomonnaies. Mais ce sont des choses difficilement contrôlables.

« Premièrement, elles sont mondiales et décentralisées. Alors peu importe ce que fait un gouvernement. Deuxièmement, elles sont basées sur une cryptographie pure et dure. Voilà pourquoi cela s’appelle ‘cryptomonnaie’. C’est quelque chose que les gouvernements ne comprennent même pas totalement. »

L’arbitrage numérique

« Nous ne savons pas quelles cryptomonnaies s’affirmeront comme le Hertz ou l’Avis des nouvelles monnaies. Mais il ne fait aucun doute qu’elles ont de beaux jours devant elles.

« Car, en résumé, les cryptomonnaies fonctionnent sur une technologie informatique fiable – les blockchains. Cette technologie vous permet d’arbitrer des accords gagnant-gagnant sans recourir à des avocats, des banques centrales, des intermédiaires financiers, ou des autorités de régulation.

« En fait, les cryptomonnaies représentent une catégorie d’actifs entièrement nouvelle. Et en ce moment, elles ne représentent qu’une infime partie de l’écosystème financier. Mais elles vont y occuper de plus en plus d’espace.

« Par exemple, le bitcoin est plus sûr que toute autre forme de monnaie jamais inventée, voire même, pourrait-on affirmer, que l’or. Regardez ce qui est arrivé aux Incas, dont tout l’or a été pillé par les Espagnols. Ou aux Britanniques, qui ont perdu de grandes quantités d’or à cause des sous-marins allemands, pendant les Première et Deuxième Guerres mondiales.

« Il s’agit là du plus grand changement intervenu dans le domaine de la monnaie en 5 000 ans, probablement… depuis que l’or a été utilisé pour la première fois en tant que monnaie.

« Vous voulez offrir quelque chose de sympathique à vos petits-enfants ? Offrez-leur une cryptomonnaie. C’est mieux qu’un billet de loterie. »

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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