L’Histoire fait les fake news

Rédigé le 25 avril 2018 par | A la une, Desinformation Imprimer

Les faits sans le « pourquoi » sont inintéressants. Les réponses aux « pourquoi » sont données par les vainqueurs et deviennent des mythes, ou fake news.

Les rues de Barcelone étaient bondées lundi soir. Les ramblas principales étaient si encombrées que nous avions du mal à traverser. De nombreuses femmes avaient une rose rouge à la main.

On fêtait le Jour des Roses et des Livres – Sant Jordi –, dans la capitale catalane. On donne des roses aux femmes pour fêter la mort du dragon, tué par Sant Jordi (Saint Georges) au quatrième siècle.

Aux hommes, on offre des livres pour célébrer deux géants de la littérature occidentale, William Shakespeare et Miguel Cervantes, morts tous les deux le même jour – le 23 avril 1616.

Hanté par un dragon

Aujourd’hui, nous parlons fake news. Nous ouvrons les yeux et nous voyons qu’elles sont partout. Les mythes et les légendes, comme les slogans politiques, les prévisions budgétaires et les déclarations d’amour éternel, n’ont pas besoin de preuves.

Selon la légende, la ville de Montblanc, en Catalogne, était hantée par un dragon. Pour apaiser le monstre, la ville lui sacrifiait une personne tous les jours.

Et le 23 avril 303 c’était – de manière assez improbable – la princesse de la ville qui devait y passer. C’est ce jour-là que Sant Jordi, un chevalier chrétien, est arrivé ; il s’est rapidement mis au travail. Il transperça la bête de sa lance. Le dragon mourut, arrosant le sol de son sang. De la terre ainsi détrempée, une rose rouge naquit.

Fake news, sans le moindre doute.

Si l’on en croit les historiens, le véritable St Georges n’était pas à Montblanc le 23 avril 303. Non, il était à Nicomédie, subissant le genre de traitement que Donald Trump voudrait infliger aux revendeurs de drogue.

St. George offrait la religion. Le christianisme, pour être plus précis. Et l’empereur Dioclétien avait déclaré la guerre aux chrétiens. Il avait ordonné que tous les soldats chrétiens soient arrêtés. Selon le récit, Georges avait refusé de renoncer à sa religion et on lui coupa la tête, faisant de lui un martyr chrétien.

Un idiot ou un génie

L’Histoire est elle aussi bourrée de fake news. Les faits « nus » peuvent être rapportés avec exactitude. Mais les faits n’ont ni sens ni signification sans contexte.

En plus de quoi, où et quand, il faut définir le « pourquoi ». Et ce « pourquoi » est quasiment toujours déformé par le temps, les illusions et les idées chimériques, à tel point qu’il est plus proche du mythe que de la réalité.

Ramblas

Les trottoirs sont ombragés de sycomores

Les rues de Barcelone – du moins dans cette partie de la ville – sont larges, avec un îlot central pour les piétons, protégé du soleil méditerranéen par des sycomores. Les bâtiments sont beaux – des constructions du XIXème/début XXème, avec d’élégants balcons, souvent installés au coin des maisons et fermés par des vitraux.

L’architecture est importante, à Barcelone ; on rappelle souvent que c’est la ville natale d’Antoni Gaudi, dont l’oeuvre est remarquablement inventive, intelligente et enjouée.

Lorsqu’il a commencé sa carrière, cependant, il n’était pas clair qu’il finirait par percer. A la fin de son cursus d’architecture, son directeur d’études déclara : « aujourd’hui, nous décernons ce diplôme soit à un idiot, soit à un génie. Nous verrons plus tard ».

A sa mort, en 1926, ses pairs avaient tranché : Gaudi était un génie. Plus tard dans la journée, nous irons voir sa célèbre cathédrale, la Sagrada Familia.

Mouvement indépendantiste

A en juger par notre brève inspection, l’architecture traditionnelle de la ville est en elle-même fascinante. Les proportions sont harmonieuses. Les détails sont accrocheurs et agréables. Les volets de bois sombre, par exemple, sont bien plus jolis que les volets de métal blanc que l’on voit à Paris.

Mais que se passe-t-il ? Partout dans la ville, des bannières rouge et jaunes sont accrochées aux balcons.

« Ah… il y a un mouvement indépendantiste », nous a expliqué un ami.

« Ils veulent un gouvernement séparé pour la Catalogne. Ils veulent se séparer de l’Espagne. Je sais ce que vous vous dites… ils veulent la liberté et l’indépendance pour éviter de subir les accords gagnant-perdant de Madrid. Vous vous trompez. Ils veulent l’indépendance pour pouvoir imposer leurs propres accords gagnant-perdant. Ce n’est pas une question de liberté ; c’est une question de contrôle. »

Nous nous sommes demandé ce qu’en concluront les livres d’Histoire.

Diront-ils qu’il s’agissait d’un combat courageux pour les droits de l’Homme, pour « l’auto-détermination »… un écho de la Déclaration d’indépendance américaine ?

Ou diront-ils que ce n’était qu’un embobinage politique de plus, où un petit groupe de zombies et de compères ont tenté de s’emparer du pouvoir pour escroquer le peuple ?

Tout dépend de la tournure que prennent les événements !

Ce sont les vainqueurs qui écrivent les fake news. Si vous voulez être un héros, assurez-vous de gagner. Sinon, Gaudi serait un idiot, nous aurions le jour de Dioclétien plutôt que la St Georges, et Barcelone fêterait le Dragon ! [NDLR : Et si vous en avez assez des fake news… notre spécialiste est là pour vous donner une opinion sans langue de bois – et détecter les vraies opportunités qui se cachent derrière la fumée médiatique. Tout est ici.]

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “L’Histoire fait les fake news”

  1. Bien cher Ami,

    Je crois bien que vous avez trouvé, grâce à Dieu, la bonne solution, la seule évidemment: faire du bien, oui l’amour le sacrifice au service de Dieu, bien sûr, « Messire Dieu, premier servi » disait saint Jeanne d’Arc, et puis, pour chacun d’entre nous, croyants ou incroyants, l’Amour, oui, faire du bien aux autres, être au service des autres jusqu’à, si Dieu veut et le permet, s’oublier soi-même et, davantage, oublier sa propre existence. Avec ça, c’est sûr, croyants ou incroyants, Dieu donne à chacun d’entre nous, pauvres et misérables pécheurs que nous sommes tous, les moyens d’accéder à la Bienheureuse Eternité pour laquelle nous sommes tous créés! Avec toutes mes plus sincères amitiés en Notre Seigneur Jésus-Christ, Crucifié et Ressuscité, le très misérable pécheur que je suis, et néanmoins fidèlement vôtre, Jean-Paul Benoist.

  2. Un bel exemple de mythe monté de toute pièce par les vainqueurs: la creation de la Securite Sociale (dont le monde entier nous envie selon la doctrine officielle de l’intelligentsia socialiste française, mais qui bizarrement n’a jamais été copiée par ces idiots d’étrangers).
    La SS a été montée par le maréchal Petain et le regime de Vichy. C’est une invention fasciste.
    Mais bon le militant CGT ou de la FI oublie de le mentionner dans son discours.

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