Après ça, qui ferait encore confiance aux Etats-Unis ?

Rédigé le 8 octobre 2018 par | Liberalisme Imprimer

L’accord commercial Etats-Unis-Mexique-Canada pénalisera lourdement l’industrie automobile et renchérira les voitures mais il engraisse lobbyistes et négociateurs.

Nous reprenons là où nous nous étions arrêtés vendredi.

Le grand gagnant du nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), désormais appelé Accord USA-Mexique-Canada (USMCA), c’est le Marigot.

Jeffrey J. Schott, du Peterson Institute for International Economics, donne quelques détails :

« [L’accord] ajoute couche après couche de nouvelles réglementations coûteuses auxquelles les producteurs doivent se plier afin de pouvoir bénéficier des taxes douanières réduites de l’ALENA — des conditions qui ont toutes les chances de faire grimper le coût des automobiles pour les consommateurs et qui réduiront très probablement les emplois américains dans le secteur automobile. Très simplement, le pacte est intentionnellement conçu pour régenter le secteur automobile en dépit du bon sens, alors qu’il s’agit d’un important moteur de production et d’emplois manufacturiers à salaire élevé dans les trois pays ».

Le meilleur accord commercial, c’est pas d’accord commercial du tout. Laissez les autorités en dehors de ça ; que les gens passent les accords qu’ils souhaitent.

C’est particulièrement simple et évident dans des pays comme les Etats-Unis et le Canada, où le niveau de vie, les salaires, la langue, les réglementations environnementales et autres sont très similaires.

Les lobbyistes sortent gagnants et les acheteurs d’automobiles perdants

Les échanges entre le Canada et les Etats-Unis pourraient être aussi libres qu’entre New York et l’Alabama…

… Mais cela exclurait les bestioles du marigot. Elles gagnent de l’argent en parasitant le libre-échange, pas en le facilitant.

A présent, avec le nouvel ALENA, tout dégoulinant d’eau graisseuse du marigot, elles ont bien plus de marge de manœuvre. L’équipe Trump leur a donné un accord commercial digne des compères — où ce que vous obtenez dépend largement des sommes que vous versez à vos lobbyistes.

Schott à nouveau :

« Si l’on se base sur une analyse du Peterson Institute for International Economics (PIIE), les nouvelles règles et les exigences quant aux salaires minimum engendreront probablement une industrie automobile nord-américaine moins compétitive, avec moins d’investissements dans les usines US et moins d’emplois américains dans le secteur — exactement le contraire de ce qu’affirment les autorités. Selon les nouvelles règles, les voitures ou les camions devront désormais comporter au minimum 75% de production nord-américaine pour pouvoir être importés sans droits de douane, une hausse par rapport au niveau actuel de 62,5%.

 De plus, 70% de l’acier et de l’aluminium doivent être produits en Amérique du nord, et 40% d’une voiture ou d’un camion doivent être fabriqués par des ouvriers rémunérés au moins 16 $ de l’heure, vraisemblablement pour empêcher les entreprises de transférer leurs chaînes de montage au Mexique. Les producteurs de voitures particulières doivent soit se plier aux nouvelles règles soit renoncer à leurs avantages en termes de droits de douane régionaux.

 C’est probablement ce qu’ils finiront par choisir puisqu’ils sont libres dans ce cas d’utiliser des composants de n’importe quel pays, et ne paient alors que le tarif de la nation la plus favorisée (NPF), de seulement 2,5%, au lieu de devoir retrafiquer leur chaîne d’approvisionnement. Les producteurs de camions, en revanche, n’ont pas cette sortie de secours relativement peu coûteuse : la taxe US NPF sur les camions est de 25%. »

Cela laisse place à l’interprétation, en d’autres termes. Et en faisant miroiter des sinécures, des honoraires de conférencier, des accords de consultants et qui sait quoi d’autre encore… les profiteurs réussiront à convaincre les responsables politiques d’adopter leur point de vue.

C’est ainsi que fonctionne le Marigot.

Les Etats-Unis perdent leur partenaire commercial le plus loyal

Le libre-échange, de son côté, se produit sur la terre ferme. Il n’a besoin ni de lobbyistes ni d’initiés.

Mais le bluff, la brutalité et les bobards ne font pas qu’ajouter des coûts et réduire l’efficacité ; ils mènent aussi à des bourdes majeures. Le partenaire commercial le plus important et le plus loyal des Etats-Unis recherche déjà d’autres marchés et fournisseurs.

Selon Perrin Beatty, président de la Chambre de commerce canadienne :

« Le Canada doit retenir la leçon fournie par cette période turbulente : nous ne devons plus jamais nous laisser aller à être trop dépendants d’un seul partenaire commercial. Nous devons continuer à diversifier nos marchés pour nous protéger de futurs actes capricieux et injustes ».

 Qui voudrait faire affaire avec une brute ? Qui ferait confiance à M. Trump… ou au pays qui lui accordé la plus haute fonction ?

Nous n’en savons rien. Mais ce doit être une question que se posent les Chinois.

Et si M. Trump compte sur la stratégie de négociation familière du « chien enragé » — aboyer et grogner avec la ferme intention de reculer ensuite puis crier victoire — les risques avec la Chine sont bien plus élevés qu’avec le Canada ou le Mexique.

Parce que tout l’édifice de la richesse américaine — y compris la fortune de Donald Trump, Jeff Bezos et de millions de compères, brasseurs d’argents et spéculateurs — dépend de l’argent factice prêté à des taux factices et de l’économie « mondialisée » factice qu’il a créée.

Cet argent factice — 19 000 Mds$ ont été injectés dans la masse monétaire mondiale ces 30 dernières année par le biais des politiques de relance des banques centrales — a financé bien plus de centres commerciaux que nécessaire aux Etats-Unis… et bien plus d’usines que nécessaire en Chine.

Il a multiplié le marché boursier par 10 et a fait la fortune de l’industrie financière.

Et (en montant des millions d’électeurs contre leur propre élite), il a permis d’élire Donald Trump président.

Mais aujourd’hui, la bulle du crédit chinoise — encore plus grosse que celle des Etats-Unis, et gonflée par des fantasmes encore plus absurdes — est prête à éclater à tout moment.

Idem pour la bulle boursière américaine — avec des prix encore plus élevés, par rapport au PIB, qu’en 1929 ou 2007.

[NDLR : Mettez-vous à l’abri avant que cela n’arrive ! Cette stratégie vous permettra de transformer la catastrophe américaine en opportunités de gains : cliquez ici pour tout savoir.]

Idem pour la bulle médiatique insensée qui force les gens à se concentrer sur des futilités et des sottises.

Et voilà qu’arrive Donald J. Trump… aveuglé par ses propres idées idiotes… une épingle géante à la main.

Restez à l’écoute…

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé : - - -

3 commentaires pour “Après ça, qui ferait encore confiance aux Etats-Unis ?”

  1. Appelez ça comme vous voulez, ALENA ou Accord USA-Mexique-Canada (USMCA). Ces financiers du Marigot sans scrupules savent exactement ce qu’ils font. La rémunération des dirigeants d’entreprise étant principalement basée sur la valeur des actions, ils sont fortement incités à augmenter leurs bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions. C’est tellement plus facile que d’investir de l’argent dans de nouvelles installations pour accroître les profits à long terme. Tout ce qui compte pour ces salopards avides, c’est de dépasser les prévisions de gains du trimestre prochain pour augmenter le prix des actions et s’enrichir. Le prix de l’action est tout ce qui compte.

    Lorsque vous entendez dire que les liquidités des bilans d’entreprise n’ont jamais été aussi élevées, prenez-ça avec le dos de la cuillère. Les bilans des entreprises n’ont jamais été aussi endettés. Les neuf années de taux d’intérêt nul de la Fed ont incité les PDG avides à s’endetter pour racheter leurs propres actions. Et avec Trump réduisant les taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, les bénéfices excédentaires censés entraîner des embauches et de nouveaux investissements massifs en capital ont été principalement utilisés pour racheter des actions, ce qui n’ajoute aucune valeur à la nation ou à l’économie. Bien sûr, cela profite aux restaurants les plus chers de New York et aux agents immobiliers dans les Hamptons, mais ne fait pas grand chose pour les déplorables(les sans dents en France…) dans les zones déshéritées.

    Ces dirigeants d’entreprise savent que le jeu touche à sa fin et ils retirent personnellement leurs billes, tout en jouant avec celles des actionnaires, car il n’y a aucun inconvénient personnel pour ces bâtards visqueux. Lorsque le crash surviendra « soudainement », ils plaideront l’ignorance. Comment auraient-ils pu savoir ? Ils mentiront comme des arracheurs de dents en demandant une autre aide aux contribuables et des aides massives en liquidité à la Fed. La chanson reste la même. Et la musique continue de jouer. Vous pouvez faire ce qu’ils disent ou faire ce qu’ils font.

    « Quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses seront compliquées. Mais tant que la musique joue, il faut se lever et danser. Nous continuons à danser. » – Chuck Prince – PDG de Citicorp, 2007

  2. Je partage pleinement votre opinion Bill, mais je retiens une autre chose dans votre article:

    « Le meilleur accord commercial, c’est pas d’accord commercial du tout. Laissez les autorités en dehors de ça ; que les gens passent les accords qu’ils souhaitent. »

    En effet, moins un accord commercial est engoncé dans une masse de paperasserie de lois et de règles, meilleur sera l’accord.

    Mais cela me ramène à la question que je vous avais posée une fois et qui n’a jamais reçu de réponse: Qu’est-ce qu’un marché gagnant-gagnant et donnez-nous un exemple concret? Car à mon avis, il n’en n’existe aucun pour une simple raison: cette notion de marché gagnant-gagnant est une notion anglosaxonne et non philosophique ou rationnellement morale. Qui fait ce genre de marché? Si vous et moi nous nous accordons pour l’achat ou la vente d’un produit entre nous deux, lors oui, c’est comme le troc, il y n’y a que des gagnants ayant un intérêt à le faire. Mais dans le commerce international, les gagnants ou les perdants ne sont pas des personnes singulières mais des entités commerciales dont les intérêts ne touchent nullement les peuples.

    Exemple: les pesticides de Monsanto, n’intéressent aucun peuple, voire plus ces mêmes peuples ou « consommateurs » haïssent en bouffer tous les jours dans leurs assiettes ou les respirer. Les seuls gagants dans un marché gagnant-gagnant, c’est la société Monsanto et Bayer celle qui l’a rachetée. Pour l’instant… Car Bayer, dans le long terme pourrait le regretter. Donc la notion de temps met fortement à mal aussi cette notion de gagnant-gagnant. Tout est gagnant-perdant dans le commerce mondial actuel.

  3. Donc un accord commercial sans accord dut tout, ça ne peut exister! Il faut des lois et seul l’état les garantit.

Laissez un commentaire