Entre emballement budgétaire, droits de douane d’un autre âge, communication présidentielle délirante et fuite en avant monétaire, Washington semble avoir franchi un seuil critique. Celui au-delà duquel les illusions se paient toujours comptant.
Quelle année pour les Etats-Unis ! Une année qui restera dans les annales. Ou qui ouvrira au moins un nouveau chapitre des Illusions extraordinaires et de la folie des foules.
Il y a eu, par exemple…
Une grande et magnifique abomination budgétaire… quelque chose de réellement nouveau : un « budget » qui garantit la faillite du pays !
Et les droits de douane. On n’en avait plus vu de semblables depuis que Smoot et Hawley ont contribué à détruire l’économie mondiale durant la Grande Dépression.
Ou encore ceci : un traité de « paix » historique… dans lequel l’une des parties continue de tuer l’autre.
Sans oublier la toute première opération « secrète » de la CIA, annoncée publiquement par le président américain…
Nous avons également appris que la famille Trump avait gagné 3,4 milliards de dollars au cours des douze derniers mois – même les Biden n’ont pas fait aussi bien.
Lorsque les grandes questions du bien et du mal… de la guerre et de la paix… de la pauvreté ou de la prospérité… sont abordées, le président s’endort.
Durant ses heures d’éveil, Trump visait les gros titres et il a atteint son objectif. Il a peut-être somnolé lors de réunions cruciales du cabinet, mais il s’est réveillé plus tard — et le quatrième pouvoir n’a jamais disposé d’autant de cibles à atteindre.
Qui aurait imaginé, par exemple, que le peuple américain élirait un président avec la dignité d’un cancre ? NBC rapporte :
« Le président Donald Trump a publié une vidéo générée par intelligence artificielle le montrant dans un avion de chasse, larguant ce qui ressemble à des excréments sur des manifestants américains. La vidéo de 19 secondes montre Trump portant une couronne, à bord d’un avion marqué ‘King Trump’. Il a publié la vidéo sur son compte Truth Social à la suite des rassemblements nationaux ‘No Kings’, organisés samedi pour protester contre Trump et son administration… »
Mais restons sur le terrain de l’argent…
Le XXIᵉ siècle a commencé avec une dette américaine de 5 600 milliards de dollars. George W. Bush y a ajouté 4 200 milliards. Barack Obama, 7 600 milliards. Puis y ont été ajoutés 7 800 milliards supplémentaires durant le premier mandat de Trump… et encore 8 400 milliards sous les années Biden, portant le total à 35 000 milliards de dollars en 2024.
Il y a un an, Trump contrôlait le Parti républicain… et les républicains contrôlaient les deux chambres du Congrès. C’était une occasion unique de sauver le dollar, d’inverser un quart de siècle de dépenses inconsidérées et de revenir à des budgets équilibrés.
Ce qui allait suivre scellerait presque à coup sûr le destin de la nation. Si elle continuait d’emprunter et de dépenser comme elle l’avait fait au cours des 25 dernières années, les Etats-Unis dépasseraient le « point de non-retour » avant la prochaine élection présidentielle. Il deviendrait alors presque mathématiquement impossible d’éviter une catastrophe financière — faillite, inflation, défauts de paiement, dépression.
Mais M. Trump n’a pas pris le taureau par les cornes. Il ne semblait pas savoir où se trouvait le taureau — ni même s’en soucier. Il ne semblait pas davantage se souvenir qu’il avait été élu pour changer les choses… et non pour suivre la voie tracée par Bush, Obama et Biden.
Au lieu de changer de cap, il a figé les tendances financières existantes. En 2025, la dette américaine a atteint 38 500 milliards de dollars et les intérêts sur la dette ont dépassé 1 000 milliards de dollars par an.
En d’autres termes, avant Trump, le navire était déjà en train de couler… aujourd’hui, il continue de le faire — mais plus vite.
Et pourtant, nombreux sont ceux qui estiment que le Grand Chef mérite des éloges. L’économie ne se porte pas mal, disent-ils. Jusqu’à présent, tout va bien. Pas de récession. Pas de chômage notable. L’inflation, selon Trump, est terminée. Et les droits de douane vont rapporter des centaines de milliards de dollars, tout en relançant l’industrie manufacturière américaine.
Mais faire exactement la même chose que vos prédécesseurs n’est pas une bonne idée — surtout lorsque vous êtes au bord de la faillite. Le programme de Trump n’est en réalité qu’une prolongation du plan Biden : des taux d’intérêt bas pour gonfler les prix des actifs, et des mesures de relance (dividendes guerriers, dividendes tarifaires, comptes Trump) pour stimuler les dépenses.
Les résultats sont similaires. Le taux d’inflation était d’environ 3 % lorsque Trump est revenu à la Maison-Blanche. Un an plus tard, il est toujours proche de 3 %. La croissance du PIB avoisine 2,5 % sur les trois premiers trimestres de 2025. C’est inférieur aux 3,2 % enregistrés sous Biden, mais cela reste dans la même fourchette.
Pourtant, interrogé sur sa gestion de l’économie, Trump a déclaré qu’elle méritait la note « A plus, plus, plus, plus ».
Quelle folie est-ce là ?
Depuis la nuit des temps — sur le plan théorique comme empirique — dépenser systématiquement plus que ce que l’on gagne a toujours conduit au désastre. Cette fois encore, les autorités fédérales vont simplement « imprimer » l’argent nécessaire pour continuer à vivre au-dessus de leurs moyens. Le 1ᵉʳ décembre 2025, la Fed a mis fin à son QT (quantitative tightening, autrement dit le resserrement quantitatif censé lutter contre l’inflation). Bientôt, elle entamera le QE — l’assouplissement quantitatif… alias l’inflation.
L’illusion caractéristique de l’équipe Trump est de croire que tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés — réels ou imaginaires (drogue, criminalité, taux d’intérêt, pauvreté, logement) — sont la faute de quelqu’un d’autre. La pièce maîtresse du programme économique reste les droits de douane. M. Trump reproche aux étrangers de vendre de meilleurs produits à des prix plus bas. Il impose donc aux consommateurs américains des droits de douane aujourd’hui environ cinq fois plus élevés qu’il y a un an.
Ce qui est sans doute le plus remarquable avec ces droits de douane, c’est l’adhésion qu’ils suscitent. De son propre chef, le président américain détruit des entreprises et appauvrit des millions de personnes. Et pourtant, les « foules » se rangent de son côté.
A quel point ces foules sont-elles folles ?

2 commentaires
Quiconque prétend imposer un taux de rendement sur une obligation dont les détenteurs ne se contentent pas, doit évidement leur acheter le papier correspondant, transformant un océan de mauvaises dettes en un geyser de monnaie dépréciée.
A quel point ces foules sont-elles folles ?
Mais totalement, sans aucun doute. Il suffit d’appauvrir l’éducation, la moralité, l’intelligence, puis faire de belles promesses, et vous êtes élu sans coup férir.