« Le dollar est la pierre angulaire de la puissance des Etats-Unis. Je pense que tout le monde le comprend très bien : peu importe le nombre de dollars imprimés, ils sont rapidement dispersés dans le monde entier. L’inflation aux Etats-Unis est minimale. Elle se situe autour de 3 % ou 4 %, ce qui est, à mon sens, tout à fait acceptable pour les Etats-Unis. Mais ils n’arrêteront pas d’imprimer. La dette dépasse les 33 000 Mds$. Mais malgré ça, les Etats-Unis utilisent le dollar comme principale arme pour préserver leur pouvoir à travers le monde. Les dirigeants politiques ont porté un coup à la puissance américain à l’instant même où ils ont décidé d’utiliser le dollar américaine comme outil de lutte politique. Je ne voudrais pas utiliser un langage trop fort, mais c’est une chose stupide à faire ainsi qu’une grave erreur. »
— Vladimir Poutine
Ayant renoncé à tenter de comprendre qui est vraiment M. Trump, nous avons choisi de nous pencher sur ce qu’il n’est pas, afin de discerner ce qui n’arrivera pas. Nous avons essayé de lui coller plusieurs étiquettes. La seule qui semblait à peu près convenir était celle de « capitaliste », mais un capitaliste d’une variété ancienne… devenue relativement rare dans le monde d’aujourd’hui.
Un véritable capitaliste moderne utilise son épargne pour fournir un produit ou un service dont la valeur dépasse celle du travail et des matériaux – le capital – qui y ont été investis. Il se retrouve ainsi avec davantage de capital… et le monde s’enrichit. Tout le monde y gagne.
C’est le processus décrit par Adam Smith dans La Richesse des nations. Le capitaliste cherche à gagner de l’argent pour lui-même, mais il y parvient en améliorant la vie des autres. C’est aussi le cœur de la morale moderne – celle de l’ère du Nouveau Testament – qui nous enseigne de « faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent ». Nous voulons que les autres nous nourrissent et nous logent ; nous devons donc déterminer ce que nous pouvons leur offrir en échange. C’est la seule forme d’ »égalité » que les sociétés puissent réellement garantir : un respect égal, de bonne foi, de la « règle d’or », bénéfique à tous.
Les économies industrielles, à partir du XIXᵉ siècle, ont rendu ces échanges libres possibles à grande échelle. Et dans le tumulte de l’industrialisation du début du XXᵉ siècle, les populations, dans l’ensemble, ont prospéré. Les titans de l’industrie, cependant, sont devenus fabuleusement riches. Ces figures – Ford, Rockefeller, Vanderbilt et d’autres – se sont enrichies en fournissant des automobiles, du carburant, des moyens de transport et bien d’autres biens essentiels.
Puis vint John Maynard Keynes. Dans son Traité sur la monnaie, publié en 1930, il a formulé une affirmation surprenante : l’argent n’était pas un simple spectateur innocent. Avec une prescience troublante, mais au prix d’une erreur majeure, il soutenait que les riches préféraient thésauriser leur fortune dans la sphère financière plutôt que de la dépenser ou de l’investir dans l’économie industrielle, provoquant ainsi dépression et chômage.
L’épargne a toujours été suspecte. Scrooge économisait son argent. Jésus raconte l’histoire d’un maître qui réprimande son serviteur pour avoir conservé son argent au lieu de l’investir. Et le roi Midas, capable de transformer toute chose en or, finit par mourir de faim.
Ce préjugé ancien a contribué à justifier le tour de passe-passe de 1971, qui a remplacé l’argent réel par de la monnaie « papier ». Le dollar d’après 1971 prétendait résoudre le problème de Keynes. Il n’existerait plus de « préférence pour la liquidité » : c’est même l’inverse. Il y aurait une préférence pour l’illiquidité, une volonté de s’en débarrasser avant qu’il ne perde de sa valeur.
L’ancien argent était un argent « lent ». Il fallait du temps pour le gagner… de la patience pour l’épargner… de la rigueur et de l’analyse pour l’investir… et souvent des décennies pour qu’il porte ses fruits. Le nouvel argent, en revanche, est devenu de l’argent « rapide ». Il peut être créé en quelques secondes… puis engagé dans une spéculation susceptible de rapporter en quelques heures, quelques jours ou quelques semaines. Ses nouveaux titans viennent de Wall Street, non de Detroit ou de Gary, dans l’Indiana. Ils ne contribuent pas nécessairement à la richesse réelle du monde. Acteurs de l’ »économie de la bulle » plutôt que de l’économie industrielle, ce sont des manipulateurs financiers, des spéculateurs à effet de levier… et des Donald J. Trump. Même Warren Buffett, pourtant investisseur de l’économie « industrielle », doit une large part de sa fortune à l’argent de la bulle qui a gonflé les prix au cours des 43 dernières années.
La masse monétaire disponible est une combinaison de sa quantité et de la vitesse à laquelle elle circule. C’était là la critique de Keynes à l’égard de l’or : selon lui, les individus avaient tendance à le conserver trop longtemps. Ce n’est plus le cas de cette nouvelle monnaie. A mesure qu’elle change rapidement de mains, chaque unité perd de sa valeur.
Jusqu’à présent, la « dépréciation » du dollar – la perte de valeur résultant de l’augmentation de la masse monétaire – a été partagée avec une grande partie du monde. D’autres pays utilisent le dollar comme monnaie de réserve, le conservant et absorbant ainsi une partie des effets les plus nocifs de l’excès d’offre.
Comme le souligne Poutine, la « grave erreur » de l’équipe Trump a été de rompre cet équilibre en utilisant le dollar papier non seulement pour financer des dépenses excessives, mais aussi pour contraindre les autres nations à se soumettre à ses exigences.
Les Etats-Unis doivent désormais faire valoir leur « privilège exorbitant » – la capacité d’imprimer de la monnaie et d’exporter l’inflation qui en découle – par des enlèvements, des assassinats et la guerre.
Avez-vous fait le lien, cher lecteur ?
Peu de dirigeants auraient commis une telle « erreur ». Encore moins seraient prêts à entrer en guerre pour tenter d’en éviter les conséquences.
Mais Donald Trump est un pur produit du système monétaire mis en place après 1971. Et aujourd’hui, il en est le plus fervent défenseur.

1 commentaire
Entretemps, je viens de revérifier les cours de l’or et de l’argent en euros, dans un petit fichier Excel de ma propre confection : fin mars 2024, l’once d’or était à 2000 € et celle d’argent à 23 € (en arrondissant). Aujourd’hui c’est + de 4000 et + de 80. Evolution encore plus spectaculaire de l’argent-métal puisqu’une once d’or valait donc à ce moment 87 onces d’argent et n’en vaut plus « que » 50 actuellement.
Certes, thésauriser une partie de son épargne dans les métaux précieux n’a guère apporté de contribution au fonctionnement de l’économie mais cela a été une façon extrêmement efficace de lutter contre la perte de valeur effrayante des monnaies fiat.
Gageons que ni l’or ni l’argent (surtout ce dernier ?) n’ont terminé leur course haussière.