Face à la flambée du gazole, Donald Trump promet de soulager les routiers et les agriculteurs. Mais les expédients de Washington laissent intactes les causes de leurs difficultés… et font passer la facture aux contribuables.
« Tout cela n’est qu’un cirque. » — Tom Kloza, conseiller principal pour l’énergie chez Gulf Oil
Ici en Irlande, le gazole coûte environ 9 dollars le gallon, soit près de 3,8 litres. Aux États-Unis, il ne coûte « que » 6,30 dollars.
Mais l’actualité nous révèle une toute nouvelle catégorie de politiques publiques : des solutions qui ne fonctionnent pas, appliquées à des problèmes qui n’auraient jamais dû se poser. Appelons cela le remède au « colorant rouge ».
Le gazole est le sang qui irrigue le commerce. Il fait rouler les camions et permet de remplir les rayons. À un mois des élections de mi-mandat, le parti au pouvoir cherche désespérément une transfusion.
À cette fin, il a puisé dans les réserves pétrolières américaines. Selon ABC News :
« Les réserves pétrolières américaines au plus bas depuis 44 ans, sur fond de guerre en Iran et de pénurie mondiale d’énergie »
Il a également pressé l’Europe d’en faire autant. CNN rapporte :
« L’Europe cède aux pressions américaines et débloque ses réserves de gazole à l’approche des élections de mi-mandat »
Puis M. Trump a cru trouver un autre donneur. Fox News :
« Trump autorise les routiers à utiliser du gazole rouge pour faire baisser le prix du carburant
Le décret demande également aux responsables concernés de préserver l’accès des agriculteurs à ce gazole teinté en rouge et encourage les Etats à adopter des mesures similaires. »
Ce gazole rouge, destiné notamment aux usages agricoles, bénéficie d’un régime fiscal particulier. Selon Trump, la mesure permettra aux routiers d’économiser « plus de 100 dollars » à chaque plein. Et aux agriculteurs d’économiser « des millions de dollars ».
Seulement voilà : ce décret n’ajoute pas une goutte de gazole aux réserves du pays. Et une fois tous les comptes faits, personne n’aura économisé le moindre centime.
Premièrement, le décret ne supprime pas la taxe sur le gazole « rouge » : il en reporte seulement le paiement. Et ce report permettra tout au plus de ramener le prix à quelque 6 dollars le gallon.
Deuxièmement, les taxes sur le gazole servent à financer les routes. Si les transporteurs ne paient pas l’entretien du bitume, quelqu’un d’autre devra le faire.
Troisièmement, les agriculteurs sont exonérés de ces taxes parce que leurs tracteurs ne circulent pas sur les routes. Si l’on détourne le gazole rouge vers les réservoirs des poids lourds Peterbilt, que sont-ils censés mettre dans leurs tracteurs John Deere ?
Le tour de passe-passe du gazole rouge est la dernière trouvaille des autorités fédérales. La cause de la flambée des prix est pourtant évidente : la guerre contre l’Iran. Les États-Unis ont attaqué ce pays pour résoudre un problème qu’ils n’avaient pas. Maintenant, ils en ont un. Et la solution est tout aussi évidente : cesser les attaques. Limiter les pertes et passer à la prochaine débâcle.
Au lieu de cela, les pertes s’accumulent. The Independent :
« Seize entreprises américaines de transport routier déposent le bilan face à l’envolée du prix du gazole
La hausse des coûts, notamment d’assurance et d’entretien, pousse certains transporteurs au bord du gouffre. »
Ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour continuer à avaler les kilomètres. Conduire un poids lourd n’a rien de facile. Nous sommes toujours admiratifs de voir ces chauffeurs reculer sans effort apparent dans un emplacement où l’on hésiterait à garer une Volkswagen.
Il faut du temps et du savoir-faire pour y parvenir. Mais qui voudrait consacrer tout ce temps à maîtriser un métier dont tout le monde annonce la disparition prochaine, remplacé par des camions autonomes pilotés par l’intelligence artificielle ? Et débourser ensuite 1 000 dollars pour faire le plein ?
Le New York Times titre :
« Avec des pleins à plus de 1 000 dollars, les routiers ‘essaient simplement de tenir’ »
Et les agriculteurs ? Newsweek :
« Face au prix record du gazole, les agriculteurs s’en prennent à Trump : ‘Nous ne pouvons tout simplement pas survivre’ »
NPR poursuit :
« Les agriculteurs américains souffrent et s’inquiètent pour leur avenir
Les prix des engrais ont augmenté de 15 % par rapport à l’année dernière, tandis que ceux du gazole ont bondi de 80 %, ce qui rend difficile toute rentabilité. »
Comme les routiers, les agriculteurs américains se débattent avec des problèmes qu’ils ne devraient pas avoir. Avant même la flambée du gazole, les droits de douane de Trump avaient fait reculer les exportations agricoles américaines et les revenus des exploitants. Là encore, le problème était facile à résoudre. Puisque les droits de douane l’avaient provoqué, il suffisait d’un trait de plume pour les supprimer.
Trump a préféré appliquer une couche de rouge : distribuer aux agriculteurs des aides financées par les contribuables. La BBC rapporte :
« Trump annonce un plan d’aide de 12 milliards de dollars pour les agriculteurs victimes de ‘mesures commerciales injustifiées’ »
Il y a les vraies solutions. Et celles qui se contentent de passer une couche de rouge.
Attendez-vous à voir encore beaucoup de rouge.

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Une logique implacable