La chute de l’or en pleine période de tensions géopolitiques semble contredire son statut d’actif refuge. Mais derrière ce mouvement de marché se dessine une distinction essentielle : celle entre un or devenu objet de spéculation et l’or physique, conservé comme réserve de valeur de long terme.
Le prix de l’or n’était-il pas censé monter, et non baisser ? Et maintenant, jusqu’où peut-il reculer ? Et s’il baisse en période de crise, à quoi sert-il ?
Kitco rapporte :
« L’or enregistre sa plus forte baisse hebdomadaire depuis six ans et s’expose à de nouveaux replis, tandis que la menace inflationniste tient les banques centrales à l’écart. »
L’un des petits tours que la nature joue aux investisseurs, c’est de faire de l’or l’actif le plus sûr que l’on puisse détenir, et, parfois, l’un des plus risqués. Quand les gens commencent à le voir comme un moyen de gagner facilement de l’argent, les ceintures de sécurité sautent et les airbags se désactivent. L’or devient alors un actif spéculatif, avec des millions de personnes qui parient sur sa hausse… et en poussent le prix à des niveaux intenables. Ils utilisent aussi l’effet de levier sur leurs positions en or afin d’en accroître le potentiel.
Ce ne sont pas de vrais adeptes de l’or ; ce sont des joueurs, qui misent sur la progression du cours. Puis, lorsque les marchés spéculatifs passent en mode risk-off, ils vendent leur or pour revenir à la sécurité — de court terme — de la liquidité.
C’est apparemment ce qui s’est produit, sous l’effet d’un quasi-mouvement de panique au Proche-Orient. Les États du Golfe, avec leurs vastes avoirs liés à l’industrie pétrolière, ont soudain vu leurs revenus se tarir. La fermeture du détroit d’Ormuz les a laissés avec leur pétrole… mais sans moyen de l’échanger contre des dollars. À court de trésorerie, ils ont vendu leur actif le plus liquide : l’or.
Du moins, c’est le récit que l’on sert aux investisseurs. Par hasard, nous étions à Zurich ce week-end pour rendre visite à un gérant de fonds d’investissement. Son téléphone n’a pas cessé de sonner la semaine dernière, alors que ses clients cherchaient des réponses. Nous nous trouvions justement dans son bureau lorsqu’un appel lui est parvenu.
Son interlocuteur était mécontent, car son gérant n’avait pas vendu ses actions minières lorsque les tirs avaient commencé. Mais qui pouvait le savoir ? Allait-on assister à une guerre brève et décisive, à la manière du Venezuela, ou à un véritable bourbier, à la manière de l’Afghanistan ?
Après tout, un pari reste un pari ; il peut tourner dans un sens comme dans l’autre. Et qui veut parier contre l’or ? C’était la star des 26 dernières années… et l’actif le plus fiable depuis la nuit des temps. Devait-il l’abandonner simplement parce que son prix corrigeait légèrement ? N’est-ce pas précisément dans ce genre de moment que se distinguent les vrais professionnels des amateurs ?
Mais nous sommes tous des amateurs. Certains mènent des recherches sérieuses. D’autres jouent avec les marchés comme s’ils étaient face à des machines à sous. Et nous avons tous des idées, des opinions, des intuitions ; nous attribuons nos pertes à la « malchance »… et nos gains à notre propre génie.
« Je pense que nous allons assister à une forte hausse du marché actions », a dit l’individu au bout du fil. « Parce que Trump est en train de remettre de l’ordre. Partout dans le monde. Et cela finira par se refléter dans les cours boursiers. Je veux simplement récupérer des liquidités maintenant, pour pouvoir repasser à l’achat lorsque les prix recommenceront à monter. »
Aura-t-il de la chance ? Son intuition sera-t-elle récompensée ?
Peut-être. (Nous y reviendrons demain.)
Ici, à La Chronique Agora, nous rejetons l’idée du génie et nous ne faisons pas confiance à la chance. Nous ne recommandons jamais « d’investir » dans l’or. Nous nous y accrochons comme à la vie même — nous ne sommes pas des spéculateurs sur l’or. Nous utilisons l’or pour conserver notre place dans la file, non pour gagner de l’argent. Le prix de l’or monte et baisse. Mais cela est presque accessoire. Nous comptons notre richesse en onces d’or, non en dollars. Ainsi, une baisse du prix de l’or n’a sur nous qu’un effet bref et purement théorique.
Mais attention : nous parlons ici d’or réel, pas d’or papier. L’or réel est physique. Vous pouvez le tenir dans votre main ou l’enterrer dans votre jardin. L’or papier, lui, est un contrat que vous remet quelqu’un qui prétend détenir de l’or… ou y avoir accès… à un certain prix, bien entendu.
La grandeur de l’or réel, c’est qu’il ne comporte aucun risque de contrepartie. D’autres peuvent faire faillite ; vous, vous avez toujours votre or. Avec « l’or papier », c’est différent. Si la contrepartie n’est pas en mesure d’honorer sa promesse, votre « or » peut disparaître.
« L’or papier » est une spéculation. C’est l’essentiel de ce qui est en train d’être vendu en ce moment. Les gens conservent encore leur or physique… et nous aussi.
Garderons-nous notre or pour l’éternité ? Eh bien non… en réalité, nous ne voulons jamais vraiment posséder de l’or. Buffett a raison : ce n’est qu’un métal inerte. Il n’ajoute jamais rien à la richesse de quiconque. Nous le détenons simplement jusqu’au moment où nous pourrons l’échanger contre des actions à bon prix.
Ce moment n’est pas encore venu. Mais il viendra. Parce que lorsque les assassinats, les explosions, les tirs, les idioties, les sanctions, l’inflation, les dérapages budgétaires et les bombardements se calmeront… et que la poussière retombera enfin… il ne restera plus qu’une seule chose debout. Vous vous en approcherez, vous en ôterez la poussière pour voir ce que c’est. Et ce sera de l’or.
