À mesure que la dette enfle, que l’État étend son emprise et que l’économie ploie sous le poids, les électeurs se détournent des modérés pour réclamer des solutions radicales. Le problème, c’est qu’ils risquent de confier toujours plus de pouvoir à ceux-là mêmes qui ont aggravé le mal.
« Nous voulons une révolution
Et nous la voulons maintenant. »
— La Persécution et l’Assassinat de Jean-Paul Marat, représentés par les pensionnaires de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade
Hier, nous avons jeté un œil aux mauvais coups qui se préparent. Aujourd’hui, prenons un peu de recul pour apprécier le tableau dans son ensemble.
L’idée est assez simple. Le seul véritable exploit de Donald Trump — le seul, diront certains — aura été d’élargir, considérablement et durablement, le champ des abus qu’un président peut commettre impunément. Et le prochain régime, qu’il soit républicain ou démocrate, mettra la main sur ces pouvoirs désormais hypertrophiés.
Nous avons vu hier comment les démocrates, à la manière de Madame Defarge tricotant dans sa laine interminable les noms des futurs condamnés, dressent déjà leurs listes : ceux qu’il faudra poursuivre, ceux qu’il faudra limoger, les administrations à ressusciter ou à enterrer, les budgets et les impôts à alourdir, et tout ce qu’il faudra rendre gratuit.
Il n’est pas totalement exclu que de tels pouvoirs échoient à un Javier Milei américain — l’Argentin qui est en train de parvenir réellement à équilibrer ses comptes et à réduire la taille de l’État. Mais il faudrait être fou pour miser là-dessus. Les nations ne se débarrassent de leurs élites parasites que lorsqu’elles n’ont plus le choix — autrement dit, lorsqu’elles ont été vaincues à la guerre ou qu’elles n’ont plus d’argent.
Il est bien plus probable que les démocrates, les républicains, les membres de l’État profond et toute la cohorte ricanante des opportunistes et des réformateurs du monde continuent d’aggraver une situation déjà mauvaise. Comment ? Et pourquoi ?
Voici notre hypothèse. À mesure que la machine fédérale dépense davantage, gaspille davantage, pond de nouvelles agences et noircit toujours plus de pages de règlements, l’économie plie sous un tel poids. Les États-Unis, écrasés par près de 40 000 milliards de dollars de dette publique, avancent désormais à grand-peine. Aux taux actuels, ils versent près de 1 600 milliards de dollars par an pour les seuls intérêts ; dans dix ans, la facture atteindra probablement 3 000 milliards de dollars par an. Quant au budget militaire, il gonfle déjà vers les 1 500 milliards. Additionnez les canons et le beurre, et vous obtenez plus de 3 000 milliards de dollars — près d’un dixième du PIB total — soustraits chaque année à l’économie réelle et productive.
Ce poids est le produit de l’expansion du pouvoir politique — cette extension permanente des missions de l’État — alliée à un système de fausse monnaie qui rend toute cette escroquerie possible. C’est la tromperie fondatrice de l’État moderne : la fiction solennellement entretenue selon laquelle le citoyen s’enrichit à mesure que le gouvernement fédéral le régente et dépense une part croissante de son argent.
Nous avons déjà montré qu’il s’agissait en réalité d’une sorte de système de Ponzi — ou d’effet Cantillon — dans lequel les premières générations vident leurs verres lors d’une fête financée à crédit, avant de laisser la note aux suivantes. Or, nous faisons désormais bel et bien partie de ces « générations suivantes ». Et, chargés des péchés de leurs pères, les gens ordinaires ont de plus en plus de mal à obtenir du gouvernement — ou de l’économie elle-même — ce qu’ils en attendent.
Le mécontentement grandit. Et plus il grandit, plus la population se cherche des champions « radicaux ». Les vieux discours mous et confus ne suffisent plus. À droite comme à gauche, on réclame de l’action à grands cris. Les électeurs voient un magasin de porcelaine et réclament un éléphant.
Voilà le sens des récentes élections à New York, où les trois candidats au Congrès adoubés par le maire Mamdani l’ont emporté, infligeant une sévère défaite à l’establishment démocrate. Les candidats plus conventionnels, tel le jeune Jack Schlossberg, petit-fils du clan martyrisé des Kennedy, ont été renvoyés chez eux.
« Les New-Yorkais ont soif d’une nouvelle manière de faire de la politique », a déclaré Mamdani. Et il semble que les Californiens aussi — tout comme les électeurs de Louisiane, du Maryland et du Maine. De la Corn Belt aux ports crevettiers, les modérés, les tempérés et les centristes se font pousser hors de la route, jusque dans le fossé.
Les gens veulent du changement. Ils sentent le malaise jusque dans leurs os, mais sont incapables d’en nommer la cause. Ils veulent une révolution. Ils se tournent donc vers l’Homme fort et le radical, prenant les manières tapageuses et les postures audacieuses pour une véritable compréhension de la situation et un plan solidement établi.
La liste démocrate de New York — menée par Mamdani — n’a pas la moindre idée de ce qui ronge la ville, ni le moindre remède sérieux pour la guérir. À la place, elle ressert des recettes de charlatan testées cent fois et qui ont échoué cent fois : le gel pendant quatre ans des loyers d’un million de logements réglementés ; la garde d’enfants gratuite dès l’âge de six semaines ; des bus gratuits ; un salaire minimum de 30 dollars de l’heure d’ici 2030 ; des épiceries municipales vendant leurs produits au prix de gros ; et un tout nouveau département de la Sécurité communautaire, pour la modique somme de 1,1 milliard de dollars par an. Pour financer ce festin, Mamdani entend prélever 2 % supplémentaires à tous les New-Yorkais gagnant plus d’un million de dollars et relever, par-dessus le marché, l’impôt sur les sociétés de la ville.
Reste à savoir si les moutons se laisseront tondre sans broncher. D’après ce que nous lisons, Goldman Sachs transfère déjà une nouvelle partie de ses effectifs new-yorkais vers Dallas.
Dans les villes américaines, il est encore possible de manifester son désaccord en partant vivre ailleurs. Ce sera beaucoup plus difficile lorsque cette « nouvelle manière de faire de la politique » se sera étendue à l’ensemble du pays.
