Après un début d’année marqué par une envolée généralisée des actifs, les marchés affichent des niveaux de valorisation qui rappellent les excès d’avant-crise. Mais contrairement aux années 2010, cette hausse s’appuie désormais sur un endettement massif des États, des ménages… et des acteurs financiers eux-mêmes.
Le début d’année a été marqué par un emballement haussier qui a touché l’ensemble des compartiments. Avec des indices atteignant des valorisations historiques, l’envol des matières premières industrielles et bien sûr la hausse fulgurante de l’or et de l’argent, l’emballement haussier ne peut que rappeler aux investisseurs de longue date la « bulle de tout » des années pré-pandémie.
Au premier abord, les investisseurs souhaitant profiter de la tendance pourraient avoir comme réflexe de miser sur ce qui ressemble à une simple érosion de la valeur de la monnaie. Il est vrai que cette stratégie s’est avérée payante durant les années 2010.
Acheter à tour de bras n’importe quelle catégorie d’actifs peut donc sembler une stratégie facile et rentable, quitte à s’endetter pour espérer rembourser son investissement en monnaie de singe à la fin de la poussée inflationniste.
Mais la situation de ce début 2026 n’est pas équivalente à celle qui prévalait lors des premiers tours d’impression monétaire. Il existe une différence de taille : les agents économiques sont déjà surendettés. C’est vrai pour les États, c’est vrai pour les particuliers… et c’est désormais également le cas pour les hedge funds, qui font un usage record du levier du crédit.
Il suffirait d’un hoquet dans cette hausse millimétrée pour que les grosses mains soient contraintes de vendre massivement leurs positions. Un simple débouclage des expositions haussières pourrait, en quelques mois, ramener les actifs à des niveaux de valorisation observés plusieurs années auparavant, comme lors du marché baissier de 2022. Le trou d’air historique sur le prix de l’or et de l’argent de la fin de semaine dernière est d’ailleurs venu rappeler que les hausses exponentielles sont particulièrement fragiles.
Bien sûr, un potentiel de baisse ne signifie pas qu’il faille sortir des marchés financiers pour accumuler les liquidités – l’investisseur devenu simple épargnant échangerait alors un risque de moins-value contre une certitude de perte due à l’inflation. Il est en revanche utile de regarder comment les marchés financiers ont corrigé, en 2022, l’excès du rebond post-pandémie. Car si le prix des actifs a globalement reflué, tous les compartiments n’ont pas évolué de la même manière. Certains ont même réalisé de belles performances.
L’endettement des hedge funds présente un « risque significatif »
Depuis 2013, la Fed suit avec attention le risque que font planer les hedge funds sur le système financier. Suite à la crise des subprimes et le vent de prudence qui a traversé le secteur bancaire classique, la finance non-bancaire a pris de l’ampleur.
Selon la Réserve fédérale, les fonds spéculatifs font désormais planer un « risque significatif » sur l’ensemble des marchés financiers. Il faut dire qu’avec une quantité d’actifs sous gestion qui dépasse les 12 500 milliards de dollars, leur poids dans l’économie est du même ordre de grandeur que celui du système bancaire traditionnel (de l’ordre de 29 000 milliards).
Plus problématique encore, les hedge funds n’ont eu de cesse d’augmenter le recours à l’effet de levier.
Après une brève période de contraction en 2022, la quantité de dette qu’ils contractent pour dynamiser leurs placements a repris sa trajectoire haussière. Pire encore, depuis 2024, l’endettement financier de ces grosses mains ne se contente pas d’augmenter : il augmente même plus vite que la quantité d’actifs sous gestion.


Évolution des actifs nets (en haut) et des dettes financières (en bas), en millions de dollars, des hedge funds suivis par la Fed. Source : Fed of St Louis
La tendance ne touche d’ailleurs pas que les fonds spéculatifs. Les acteurs du private equity, les prêteurs hypothécaires et les gestionnaires de placement privés voient tous leurs encours atteindre des niveaux historiques.
Une phase de normalisation, comme en 2022, est donc tout à fait probable. Même si elle ne se matérialisera pas nécessairement par un krach brutal, un reflux continu sur une dizaine de mois ferait déjà s’évaporer des milliers de milliards de dollars de richesse.
À l’époque, les investisseurs qui pensaient s’être bien diversifiés en s’exposant au S&P 500 ont vu leur patrimoine se réduire de près de 25 %. Ceux qui espéraient profiter de la protection offerte par le dynamisme des valeurs de la tech ont perdu encore plus, avec un Nasdaq Composite qui a perdu 33 % sur l’année.
La leçon de 2022 pour se protéger des contractions
Durant l’épisode de correction d’il y a quatre ans, la plupart des indices boursiers ont vu leur valeur s’éroder. La sanction n’a d’ailleurs pas touché que les valeurs américaines : les investisseurs européens ont également perdu plusieurs dizaines de points de pourcentage de richesse.
Les placements obligataires n’ont pas été mieux lotis. La hausse des taux d’intérêts qui s’est ensuivie a laminé la valeur des placements à taux fixe. Les emprunts d’État, dont le rendement était tombé à zéro, ont vu leur valeur s’effondrer sur le marché secondaire. Les placements à haut rendement, pourtant mieux rémunérés, ont également dégagé une performance négative du fait de la baisse de leur valeur plus rapide que le versement de coupons.
Même l’or s’est avéré être une piètre protection contre la baisse du prix des actifs.

Performance de différentes classes d’actifs durant la correction de 2022. Les gagnants de la période ressemblent étrangement aux secteurs mal-aimés de la fin 2025… Source : JPMorgan
Il était cependant possible de dégager une performance positive durant cette période, en étant exposé aux secteurs les plus terre-à-terre de l’économie.
Les matières premières, le bois de construction, le secteur du transport, les infrastructures et même l’immobilier ont généré un rendement positif, alors que le reste des actifs voyaient leur valeur diminuer.
À part les matières premières industrielles, qui ont déjà bien entamé leur progression depuis le 1er janvier, les compartiments qui ont signé les meilleures performances en 2022 font partie des plus délaissés en ce début 2026. Éclipsés par l’engouement pour l’IA, leur prix relatif est bien moins élevé que celui des autres actifs… ce qui laisse autant de place à un rebond en cas de grande rotation sectorielle.
