La flambée des prix du pétrole ravive les craintes d’inflation et remet la question énergétique au centre des marchés. Si l’histoire montre qu’une hausse du baril ne provoque pas systématiquement une chute des actions, elle crée souvent un environnement plus tendu, où la prudence redevient essentielle.
Depuis au moins un an, l’énergie est l’un des grands moteurs de l’actualité des marchés.
Jusqu’à la semaine dernière, lorsque les investisseurs évoquaient le secteur énergétique, c’était surtout pour parler de la manière dont il pourrait soutenir l’essor de l’intelligence artificielle.
Mais désormais, avec la guerre au Moyen-Orient, le sujet dominant a changé. Quand il est question d’énergie aujourd’hui, ce qui occupe tous les esprits, c’est avant tout la flambée des prix du pétrole.
Au cours des 44 dernières années, le pétrole n’a dépassé les 100 dollars le baril qu’à trois reprises. Cela s’est produit en 2008, entre 2011 et 2014, puis en 2022, à la sortie de la pandémie. Au moment où j’écris ces lignes, les cours gravitent autour de 98 dollars le baril, aussi bien pour le Brent que pour le WTI. Ils restent ainsi nettement au-dessus des niveaux observés à la fin de l’année dernière, lorsque le Brent clôturait à 60,85 dollars et le WTI à 57,42 dollars.
Cela provoque évidemment des difficultés pour les automobilistes à la pompe et alimente aussi l’inflation, puisque le coût du transport augmente et renchérit, par ricochet, le prix de presque tout.
Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les actions ?
Pour répondre à cette question, examinons cinq périodes passées au cours desquelles le pétrole a connu une forte hausse.
En 1990, lorsque l’Irak a envahi le Koweït, les prix du pétrole ont rapidement doublé, passant d’environ 20 dollars le baril à plus de 40 dollars. On peut observer que, pendant ce mouvement de hausse du pétrole, le S&P 500 a réagi presque de manière symétrique, mais en sens inverse.

Neuf ans plus tard, alors que la bulle Internet approchait de sa phase finale, le pétrole est passé d’environ 10 dollars le baril à près de 40 dollars un an et demi plus tard.
Fait intéressant, à mesure que le pétrole progressait, le S&P, pris dans les derniers excès de la folie spéculative autour des valeurs technologiques, n’a pas chuté immédiatement. Au contraire, il a continué à monter, alors même que le rallye semblait clairement à bout de souffle.
Puis, précisément au moment où le pétrole a atteint son sommet, le marché a entamé sa chute brutale.

Le pétrole à 100 dollars
La première fois que le pétrole a franchi le seuil des 100 dollars, c’était le 2 janvier 2008.
Comme on l’avait déjà vu pendant la bulle Internet, le marché n’a pas reculé immédiatement au début de la hausse du pétrole. Mais ce niveau des 100 dollars s’est révélé trop lourd à supporter. Combiné à la crise financière mondiale, il a contribué à faire vaciller les marchés. L’ascension du pétrole jusqu’à 145 dollars a exercé une pression supplémentaire sur les actions.

La récession mondiale a ensuite permis de ramener les prix du pétrole à des niveaux plus modérés. Mais ils ont rapidement recommencé à grimper lorsque les soulèvements du Printemps arabe ont commencé, en décembre 2010. Le pétrole a alors fluctué entre environ 75 et 110 dollars pendant les trois années suivantes.
Après avoir été durement frappées par la crise financière, les actions se sont redressées. Et ce, malgré le fait que les prix du pétrole aient doublé entre 2009 et 2011, avant de rester élevés pendant plusieurs années. Le S&P a donc continué à progresser, en dépit du niveau élevé du pétrole.

En 2020, le krach provoqué par le COVID a fait s’effondrer à la fois les prix du pétrole et les marchés boursiers. Tous deux se sont ensuite rapidement redressés ensemble, jusqu’à ce que le pétrole atteigne de nouveau les 100 dollars — à peu près au moment où les actions ont marqué un sommet et où le marché baissier de 2022 a commencé.

Alors, qu’avons-nous appris ?
Investir lorsque les prix du pétrole sont en hausse, c’est un peu comme conduire en pleine tempête. Cela ne signifie pas nécessairement qu’un accident est inévitable ni qu’il faut paniquer. En revanche, cela implique qu’il faut redoubler d’attention et avancer avec davantage de prudence.
