Présentée comme une opération rapide et maîtrisée, la capture de Nicolás Maduro ne marque en rien la réussite d’un changement de régime au Venezuela. Derrière les déclarations triomphales de Donald Trump se profile au contraire le risque d’une nouvelle escalade coûteuse et symptomatique d’une dérive impériale que les États-Unis n’ont plus les moyens — ni économiques, ni moraux — d’assumer.
Comme nous l’avons vu dans notre précédent article, Trump a déclaré que Washington allait désormais « diriger le Venezuela », révélant des ambitions bien plus larges qu’une simple arrestation de Maduro.
Mais le fait que l’administration Trump ait orchestré avec succès la capture de Maduro ne signifie pas qu’elle ait réussi à opérer un changement de régime. S’ils tentent réellement d’en imposer un, ou de menacer le régime actuel pour obtenir les réformes qu’un tel changement aurait entraînées, il existe un risque réel que la situation ne dégénère en un nouveau « conflit sans fin » que Trump et son cabinet ont pourtant tant décriés ces derniers jours.
Dans le meilleur des cas, des sommes colossales d’argent public serviraient à financer une contre-insurrection menée par des opposants vénézuéliens et, dans le pire des cas, des soldats américains seraient envoyés combattre et mourir dans une énième guerre inutile.
Mais supposons que rien de tout cela n’arrive. Admettons que le régime vénézuélien plie devant la volonté de Trump, qu’il accède à chacune de ses demandes, que l’ensemble du gouvernement suive les directives et réprime toute résistance sans même avoir besoin du soutien des États-Unis. Même si un scénario aussi improbable se déroulait, le peuple américain devrait de toute façon refuser de s’engager sur cette voie.
Car, encore une fois, tout cela n’est mis en œuvre qu’au profit de quelques lobbies proches du pouvoir, qui exercent une influence considérable sur le président, et non dans l’intérêt du peuple américain dans son ensemble.
Prétendre que l’élimination du régime vénézuélien aiderait à stopper le trafic de drogues n’était dès le départ qu’un mensonge, un faux prétexte pour justifier une escalade militaire, et non la motivation profonde de cette opération. Les compagnies pétrolières ont raison d’être mécontentes d’avoir été spoliées lors de la nationalisation du secteur pétrolier imposée par le gouvernement vénézuélien dans les années 1970. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ont le droit de contraindre les contribuables américains, déjà écrasés d’impôts, à les aider à récupérer leurs actifs des décennies plus tard.
Il en va de même pour les opposants aux régimes latino-américains. Bien entendu, il est légitime de s’opposer à un gouvernement tyrannique. Le monde se porterait mieux si davantage de personnes le faisaient. Mais aucun groupe de dissidents n’a le droit de contraindre la population d’un autre pays à financer le renversement de ses ennemis politiques et l’instauration d’un nouveau gouvernement.
Cela aurait pu paraître acceptable si le peuple américain était suffisamment prospère et que tout le monde disposait de revenus excédentaires dans lesquels puiser. Mais ce pays traverse actuellement une crise inflationniste qui ne cesse de s’aggraver. Nous n’avons pas les moyens de continuer à dépenser toujours plus au profit de groupes d’intérêts proches du pouvoir et doués pour faire du lobbying.
Il convient également de noter que la présence d’autres puissances, comme la Chine, en Amérique latine ne pose aucune menace imminente pour la sécurité ou la prospérité économique des Américains. Par ailleurs, l’hostilité entre le gouvernement américain et des puissances « rivales » telles que la Chine et la Russie est largement exacerbée par l’obsession de Washington à vouloir rester la puissance dominante dans les zones d’influence directes de ces pays, et non par cette volonté irrationnelle de nuire aux Américains sans raison que nos dirigeants aiment tant leur attribuer. À ce sujet, la sécurité des Américains se trouverait grandement renforcée si Washington cessait d’attiser inutilement ces hostilités en mer de Chine méridionale et en Europe de l’Est.
Et cela nous amène à un sujet plus global, essentiel à garder à l’esprit dans le contexte des événements actuels : le facteur principal à l’origine de tant de nos problèmes de société, y compris la plupart de ceux sur lesquels Trump lui-même a fait campagne, est la volonté de la classe politique américaine de maintenir un empire mondial, malgré le déclin économique, moral, sécuritaire et culturel que cela implique.
Ce pays a pris une direction désastreuse sur le plan économique, en grande partie à cause d’une économie de guerre permanente et d’une politique inflationniste qu’on nous impose afin de financer un projet aussi absurde et coûteux que le maintien d’un empire mondial. Comme l’ont souligné des économistes tels que Guido Hülsmann et Jeff Degner, un tel modèle économique est également extrêmement préjudiciable et malsain sur le plan culturel.
Mais il en va de même pour cette marche constante vers la guerre, l’abandon des normes morales fondamentales au profit de la domination militaire, et cette tendance presque inhumaine à considérer la violence de masse non pas comme une horreur à laquelle on ne devrait recourir qu’en dernier ressort, mais comme un moyen lucratif d’enrichir les industries liées à la défense, d’accentuer toujours plus le contrôle sur les populations nationales et étrangères, et de soutenir n’importe quel groupe ou pays étranger prêt à y mettre le prix.
Heureusement, il semble que de nombreux Américains aient enfin commencé à en prendre conscience, en particulier à la suite des guerres désastreuses en Irak et en Afghanistan. C’est une excellente chose. La prise de conscience du grand public est une première étape indispensable si nous voulons un jour véritablement changer de cap. C’est précisément pourquoi ceux qui profitent de ce système s’efforcent tant de soumettre la population à une propagande visant à lui faire accepter l’inacceptable.
Mais alors que ceux d’entre nous qui s’opposent à cet infâme projet impérial se concentrent souvent sur des guerres désastreuses, longues, sanglantes et coûteuses comme celles du Vietnam, de l’Irak et de l’Afghanistan, il est important de garder à l’esprit que les interventions militaires et les guerres « éclair » considérées comme des succès sont tout aussi responsables de ce chaos. En effet, elles contribuent à bercer la population d’illusions, en lui laissant croire que cet empire mondial en expansion constante, insoutenable et porteur d’un déclin sociétal, est en réalité une chose positive et viable.
Mais alors que ceux d’entre nous qui s’opposent à cet infâme projet impérial dans sa globalité se concentrent souvent sur des guerres désastreuses, longues, sanglantes et coûteuses comme celles du Vietnam, de l’Irak et de l’Afghanistan, il est important de garder à l’esprit que les interventions militaires et les guerres « éclair » considérées comme des succès sont tout aussi responsables de ce chaos. En effet, elles contribuent à bercer la population d’illusions en lui laissant croire que cet empire mondial en expansion constante, insoutenable et porteur de déclin sociétal, est en réalité une chose positive et viable.
En d’autres termes, au lendemain d’une guerre aussi atroce que celle du Vietnam, il aurait été impossible politiquement de faire accepter l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak comme cela s’est produit en 2001 et 2003, un bourbier qui se prolongea sur deux décennies. Cela n’a pu se produire qu’à cause des « victoires éclairs » qui ont précédé, telles que l’invasion de l’île de la Grenade sous Ronald Reagan, le changement de régime au Panama sous Bush père, ou la « victoire écrasante » sur l’Irak en 1991, victoire que Bush avait célébrée en affirmant qu’elle avait permis de « guérir une fois pour toutes du syndrome du Vietnam ».
C’est là un autre risque de l’intervention de Trump au Venezuela. Même si elle se « déroule bien » et que la région se stabilise d’une manière qui convienne à Washington avec un coût limité, ce résultat apparemment positif pourrait être utilisé pour tromper les électeurs, les commentateurs et les politiciens. Ils pourraient en effet être amenés à croire que les politiques de changement de régime et de reconstruction sont, finalement, des politiques sûres et judicieuses.
Ce n’est en aucun cas une raison de souhaiter que la guerre tourne au désastre. Personne, quel que soit son camp politique, ne peut désirer une telle chose, et chacun devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour l’éviter.
Mais si nous parvenons, d’une manière ou d’une autre, à traverser ce moment périlleux sans qu’une nouvelle guerre sans fin n’éclate, il est impératif d’empêcher qu’un dénouement favorable ne soit utilisé pour nous pousser encore plus loin sur cette voie effroyable dont nous devons, de toute urgence, nous écarter.
Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.
