La difficulté à comprendre Donald Trump ne tient pas à son imprévisibilité, mais à l’obstination à vouloir le faire entrer dans des catégories qui ne lui correspondent pas. Ni démocrate, ni conservateur, ni même véritablement idéologue, Trump agit selon une logique impériale où seuls comptent l’obéissance, l’intérêt et le rapport de force.
« Je me fous complètement de la manière dont vous appelez ça. » – JD Vance, après avoir été informé que tuer des civils en mer constituait un crime de guerre
Il est extrêmement difficile de savoir qui est réellement Donald Trump et ce qu’il prépare. Il est si atypique dans le paysage politique américain que les analystes peinent à lui trouver une étiquette pertinente ou une catégorie dans laquelle le ranger.
Notre contribution ne consistera pas tant à définir ce qu’il est, mais plutôt à déterminer ce qu’il n’est pas.
Lorsque Donald Trump est apparu sur la scène politique, rares furent ceux qui le prirent au sérieux. Même sa propre sœur, juge fédérale, aurait affirmé qu’il était « un clown », « sans principes ». L’humoriste Seth Meyers avait déclaré qu’il considérait la campagne de Trump comme une « plaisanterie ».
Beaucoup partageaient ce sentiment — Trump lui-même peut-être. Toujours soucieux de promouvoir son image, il cherchait avant tout l’attention médiatique. Se présenter à la présidence lui offrait une tribune idéale… et les médias transformaient chacune de ses déclarations en « événement ».
Depuis, il est devenu évident que si sa sœur avait peut-être raison sur son « absence de principes », le qualifier de « clown » était insuffisant. Trump est bien moins drôle — et bien plus sérieux — que ce que beaucoup imaginaient.
Comme l’illustre le cas du Venezuela, Donald Trump n’est certainement pas un Johnny Appleseed de la démocratie — ni d’aucune autre forme de gouvernement. The Wall Street Journal résume ainsi la situation :
« Les Etats-Unis tentent une nouvelle stratégie : gérer un régime plutôt que le renverser. Après les échecs coûteux en Irak et en Afghanistan, l’administration Trump parie que la gestion de l’autocratie vénézuélienne est moins onéreuse que son démantèlement. »
Trump ne sème ni les graines du républicanisme, ni celles du communisme, de l’américanisme ou du capitalisme. La démocratie ? La théocratie ? Il semble s’en désintéresser totalement.
Mais ce n’est pas nouveau. Les empires, en général, s’en moquent aussi. Ils n’exigent pas des peuples soumis qu’ils vénèrent leurs dieux ou adoptent leur système politique. C’est ce qui distingue un empire d’un Etat-nation classique. Louis XIV résumait la nation française par la formule « un roi, une loi, une foi ». Hitler eut sa propre déclinaison : Ein Volk, ein Reich, ein Führer.
Un empire, en revanche, est d’une autre nature. Comme les Etats-Unis, il rassemble des nations multiples, aux religions, langues et systèmes politiques distincts. A son apogée, l’Empire britannique dominait 56 Etats souverains, de l’Inde au Canada, en passant par l’Afrique du Sud. Mais dans un empire, les peuples soumis ne sont pas appelés à devenir citoyens ni à porter le même drapeau. L’empereur exige une seule chose : l’obéissance.
Trump se soucie peu de savoir si ceux qui gouvernent le Venezuela sur le terrain sont les mêmes figures corrompues issues de l’ère Chávez ou Maduro. Il veut seulement qu’ils obéissent à ses ordres plutôt qu’à ceux de Maduro, et qu’ils livrent leur pétrole à Washington plutôt qu’à Pékin.
Il n’a, par ailleurs, aucune intention sérieuse de restaurer la démocratie au Venezuela. Même aux Etats-Unis, son attachement à la démocratie est pour le moins limité. Quant à la vox populi — la voix du peuple —, elle ne l’intéresse que tant qu’elle chante ses louanges.
L’une des erreurs les plus répandues dans le récit qui a pour but de déterminer qui est Trump, consiste à l’avoir qualifié de « conservateur ». Peut-être s’est-il lui-même trompé à ce sujet. Longtemps enregistré comme démocrate — et donateur de campagnes démocrates —, il s’est pourtant présenté en 2015 en tant que conservateur :
« Je suis une personne conservatrice. Conservateur par nature. Je n’ai jamais cherché à m’attribuer une étiquette, je n’étais pas en politique. Mais si l’on regarde mon attitude générale dans la vie, je dirais que l’étiquette ‘conservateur’ me correspond. »
Or, Donald Trump n’a jamais rien eu de conservateur. De son mode de vie de milliardaire à la gestion erratique de ses entreprises, en passant par ses frasques sexuelles, ses propos grossiers ou ses fréquentations sulfureuses, rien, dans sa vie personnelle, ne relevait du conservatisme.
Sa politique, quant à elle, était profondément incohérente. Durant la campagne de 2016, il a promis un budget équilibré, a prôné une approche de type « vivre et laisser vivre » vis-à-vis de la Russie, a critiqué l’OTAN et les engagements extérieurs, fustigé le wokisme, la DEI et Rosie O’Donnell, a annoncé la fin des « guerres sans fin » et est allé jusqu’à promettre le remboursement de la dette nationale — sans que personne n’y croie réellement. Ces positions lui ont valu néanmoins le soutien d’un large électorat conservateur.
Un conservateur, pourtant, est quelqu’un qui cherche à préserver les institutions, les coutumes et les idées — comme une vieille paire de bottes — tant qu’elles restent utiles. Cette attitude repose sur le respect des lois et des traditions : lois de la nature, lois humaines, loi de Boyle, Constitution américaine, mécanismes de l’offre et de la demande.
Trump, lui, ne croit pas aux lois. Il croit aux accords — et à sa capacité à obtenir ce qu’il veut en les négociant. A ses yeux, les déficits commerciaux américains résultent simplement de « mauvais accords » conclus par ses prédécesseurs.
Plus profondément encore, un conservateur se méfie du pouvoir gouvernemental et estime qu’il doit rester soumis à la loi morale et à la Constitution de 1787. La vision de Trump est à l’exact opposé : les lois sont des outils destinés à accroître son pouvoir, sa richesse et sa gloire — ou des obstacles à contourner lorsqu’elles le gênent.
Malgré cela, une part importante de l’électorat, en 2016 et au-delà, a fini par croire que Trump était, au moins partiellement, un conservateur. Mais aujourd’hui, après les budgets les plus déséquilibrés de l’histoire américaine et les frappes menées, rien qu’en 2025, contre le Nigeria, la Somalie (plus de cent fois), l’Iran, le Venezuela et la Syrie, cette image conservatrice s’est largement dissipée.
Que reste-t-il, alors ? Les conservateurs eux-mêmes peinent à le dire. Mais ils disposent d’un dernier principe explicatif : la loi de Murphy. Celle-ci s’impose à toutes les autres lois et traditions et rappelle que, quels que soient nos efforts, il se trouvera toujours quelqu’un pour tout gâcher.

1 commentaire
Bravo. Sauf la fin, qui est un peu faible… mais la conclusion était impossible. Article remarquable qui reconnait que Trump n’est pas l’Idiot Caractériel que les médias français n’ont jamais cessé de nous présenter. Son bilan final ? Personne ne peut le prévoir. Pour l’instant il n’a absolument rien de catastrophique pour les peuples. Ni économiquement, ni politiquement.
La Démocratie, qui paraît vous inquiéter, est chaque jour plus in-crédible entre les mains des « Eclairés-Bobos » qui gouvernent l’Occident. Trump est une Intelligence, idéologiquement non-conforme, qui laissera sans doute plus de souvenirs dans l’histoire occidentale que beaucoup d’autres dirigeants. Même si les « Eclairés-Bobos » tentent d’orienter et de raconter l’histoire à leur manière.