Les quotas d’émissions imposés par l’Union européenne freinent les ventes de véhicules thermiques et contraignent les constructeurs à réduire leur production. Renault, comme l’ensemble du secteur, en subit les conséquences avec une dégradation marquée de ses résultats. Malgré un assouplissement annoncé des règles européennes, la conversion forcée au tout-électrique continue de se heurter à une demande insuffisante des consommateurs.
Les quotas d’émissions imposés par l’Union européenne poussent les consommateurs à réduire leurs achats de véhicules thermiques et contraignent les constructeurs à diminuer leur production. Renault, comme d’autres acteurs du secteur, en subit directement les conséquences, avec une baisse des ventes et des bénéfices.

La conversion forcée au tout-électrique, via des quotas d’émissions de plus en plus stricts, conduit à une véritable débâcle pour les constructeurs européens, en raison d’un manque persistant de demande de la part des consommateurs.
Le graphique ci-dessous issu d’un rapport de la Commission européenne illustre cette réalité : il montre la part de marché du véhicule électrique dans le monde et dans l’UE, soulignant le décalage entre les ambitions réglementaires européennes et la réalité du marché.

Sur le premier semestre, Renault n’a ainsi dégagé que 47 millions d’euros de flux de trésorerie libre, contre 645 millions d’euros attendus par les analystes avant la publication d’une alerte sur les résultats.
Les dirigeants du groupe prévoient désormais un excédent de trésorerie annuel compris entre 1 et 1,5 milliard d’euros, contre plus de 2 milliards précédemment anticipés.
Dans son rapport de mi-2025, Renault met en avant une chute des ventes de véhicules utilitaires de 29 % pour expliquer la dégradation de ses résultats.
L’espoir déçu d’un report des quotas
Début décembre, une note d’un analyste de Bank of America laissait entrevoir un certain optimisme chez les investisseurs, avec l’espoir d’un abandon ou d’un report des quotas pénalisant les véhicules thermiques.
À ce moment-là, la banque anticipait un assouplissement des directives européennes en matière d’émissions de carbone.
L’analyste Horst Schneider, cité par Les Échos, écrivait ainsi :
« La diminution du nombre de règles, en particulier celles relatives aux émissions de CO₂, donnera à l’industrie une flexibilité dont elle a grandement besoin. Les États-Unis sont déjà à la pointe de cette tendance et pourraient même supprimer complètement les réglementations sur le CO₂. L’Europe n’ira pas aussi loin, mais devrait reporter l’interdiction des véhicules à moteur à combustion interne au-delà de 2040, ce qui pourrait être annoncé dès le 10 décembre 2025 ou peu après. »
Or, après l’annonce officielle de la révision des quotas par l’UE, les actions de constructeurs comme Renault et Stellantis ont de nouveau reculé. L’assouplissement annoncé s’est révélé insuffisant au regard des attentes des analystes et des investisseurs.

À l’échelle du continent, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) réclame désormais une suppression des taxes et des amendes frappant le secteur.
Au-delà de ces surcoûts réglementaires, une étude d’octobre de Transport & Mobility Leuven, réalisée en coopération avec l’ACEA, met en avant un autre handicap majeur : le coût de l’électricité.
« Les prix de l’électricité pour l’industrie atteignent environ le double de ceux observés en Chine, et 2,5 fois ceux des États-Unis. Ce désavantage structurel exerce une pression considérable sur la rentabilité des investissements dans la production automobile en Europe. »
Constructeurs : demandes d’assouplissements… et de subventions supplémentaires
Paradoxalement, les constructeurs automobiles figurent aussi parmi les causes de l’échec du tout-électrique.
L’ACEA réclame davantage d’incitations à l’achat de véhicules électriques, notamment à destination des entreprises. Selon l’association :
« L’industrie soutient pleinement les mesures visant à encourager l’adoption des véhicules électriques dans l’ensemble des segments. »
Dans le secteur des camions et des véhicules utilitaires, l’ACEA va encore plus loin, en demandant davantage de régulations — y compris des taxes — afin d’accélérer la conversion à l’électrique.
L’objectif est clair : faire peser les surcoûts sur les entreprises, via le renouvellement de leurs flottes, plutôt que sur les ménages. Les constructeurs espèrent ainsi stimuler artificiellement les ventes de véhicules à batteries, au détriment des entreprises européennes.
Pour justifier ces demandes, l’association cite l’exemple des États-Unis. La suppression des mesures de soutien aux camions électriques par l’administration Trump aurait entraîné une chute spectaculaire des ventes depuis le début de 2025.
L’ACEA explique :
« Le retrait des incitations fédérales et des réglementations favorables sous l’administration Trump a provoqué un effondrement des ventes de camions électriques, en baisse de 80 % sur le premier semestre 2025. En revenant sur les quotas d’émissions applicables aux entreprises, les autorités européennes risquent de créer une incertitude réglementaire et de freiner l’investissement dans le secteur. »
La demande pour les camions électriques repose donc essentiellement sur les subventions et la réglementation, bien plus que sur une préférence spontanée des entreprises ou des consommateurs.
À l’inverse, l’association met en avant l’impact croissant des régulations pénalisant les camions thermiques et plaide pour un durcissement supplémentaire des mesures.
Elle écrit ainsi :
« L’analyse du Smart Freight Centre montre que les réglementations européennes existantes — notamment RED III, ETS2, la directive Eurovignette et les incitations nationales — exercent une pression significative en faveur de l’électrification des flottes. Dans des pays clés comme la Pologne, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, ces mesures devraient rendre les camions électriques plus compétitifs en coût total dès 2028. »
La Chine, prétexte à l’idéologie du tout-électrique
Le secteur automobile européen accumule donc les revers liés à l’électrique. Pourtant, les constructeurs réclament toujours davantage de directives et de contraintes, notamment pour imposer l’électrification des flottes de camions.
Pour beaucoup d’auteurs de tribunes, les succès de l’électrique en Chine seraient la preuve d’une forte demande des consommateurs.
L’ONG Transport & Environnement défend ainsi l’interdiction des moteurs thermiques dès 2035, au nom de la protection des constructeurs européens face à la concurrence chinoise :
« Le retour en arrière de la Commission européenne sur l’objectif de 2035 ne fait qu’ajouter de la confusion pour les consommateurs et l’industrie. Prolonger la vente de véhicules thermiques réduira les investissements dans l’électrification, alors que les constructeurs européens doivent urgemment rattraper leur retard face aux acteurs chinois. »
Au nom de cette prétendue protection industrielle, médias et lobbys réclament désormais des barrières tarifaires et des droits de douane contre les importations chinoises.
Pourtant, les difficultés des constructeurs européens dans l’électrique tiennent avant tout à une réalité simple : la préférence persistante des consommateurs pour les véhicules thermiques.
Les directives européennes contraignent les constructeurs à investir des milliards d’euros dans l’électrique malgré une demande insuffisante. Puis, face à l’échec commercial, les autorités dressent des barrières contre les importations étrangères, au prétexte de protéger une industrie fragilisée par leurs propres choix réglementaires.
À la fois par les quotas, les taxes et les droits de douane, les autorités européennes provoquent une hausse des coûts pour les consommateurs — et une nouvelle érosion du pouvoir d’achat.
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2 commentaires
Il faut réduire drastiquement nos émissions de CO2. Sinon, ce sera le jus dans lequel nos enfants vont cuire. Mais les voitures electriques sont trop chéres pour remplacer les voitures à combustion. Il faut donc faire des voitures éléctriques moins chéres, donc plus petites, avec moins d’autonomie et moins confortables. Nous ne pouvons pas vivre dans un environnement à 50°C. Par contre, on peut toujours se déplacer en voiturette electrique pour nos trajets quotidiens. Parfois, il faut voir grand, et d’autres fois, il faut voir plus petit.
Comment analyser la préférence des citoyens chinois pour l’électrique ?
Le PCC prévoit il la prison pour ceux qui oseraient encore acheter du thermique ? ou au moins la perte de points civiques ?
Moyennant quoi, on comprendrait cet engouement.
En Europe, on ne peut pas ( pas encore ??? ) vous mettre en prison, mais ,à coup de lois et d’impôts massifs, on nous fait croire à ce qu’on devrait avoir envie, grâce à des subventions à l’achat.
Sachant que la fabrication d’une voiture électrique émet autant de CO2 que la consommation d’une thermique…le jeu en vaut il vraiment la chandelle …?