Alors que l’Allemagne se redresse et que l’activité progresse chez nos voisins, la France voit son PIB reculer. Sur le marché du travail aussi, l’écart se creuse. Une comparaison qui rend les discours rassurants de plus en plus difficiles à tenir.
Une baisse de 0,1 % du PIB sur un trimestre peut sembler modeste. On peut y voir un accident, espérer un rebond, expliquer qu’il ne faut pas tirer de conclusions trop vite. Mais lorsque cette baisse succède à plusieurs mois de stagnation et que, pendant ce temps, les pays voisins progressent, elle prend une tout autre signification.
C’est précisément ce qui se passe en France.
Au troisième trimestre 2026, notre économie s’est de nouveau contractée, après une stagnation au printemps et un recul proche de 0,2 % en début d’année. Sur les trois premiers trimestres, le PIB français a ainsi diminué d’environ 0,3 %, en volume, c’est-à-dire après correction de l’inflation.
Si toute l’Europe connaissait la même évolution, nous pourrions invoquer une crise commune. Mais la zone euro a progressé de 1,1 % sur cette période. L’Espagne affiche une croissance de 1,9 %, le Portugal de 1,2 %, l’Allemagne de 1 % et l’Italie de 0,5 %. Même l’Autriche, avec une hausse de 0,4 %, fait mieux que nous.
Parmi les pays européens ayant déjà publié leurs résultats, la France est la seule à enregistrer une baisse. Voilà ce qui est particulièrement inquiétant : nos voisins avancent, tandis que nous reculons.
L’Allemagne se redresse, malgré ses difficultés
La comparaison avec l’Allemagne est sans doute la plus révélatrice. Notre voisin a pourtant accumulé les problèmes, entre l’abandon du nucléaire, les difficultés de son industrie automobile et la dégradation de ses relations économiques avec la Chine. Pendant un temps, sa faiblesse nous a permis d’afficher des résultats relativement meilleurs.
Aujourd’hui, la situation s’inverse. L’économie allemande se redresse alors que la nôtre s’affaiblit. Hors période de COVID, il faut remonter au quatrième trimestre 2017 pour retrouver un avantage de croissance annuelle allemande sur la croissance française aussi important.
Cela ne signifie évidemment pas que l’Allemagne a réglé tous ses problèmes. Mais, malgré ses difficultés, elle parvient à retrouver une dynamique positive. Nous ne pouvons malheureusement pas en dire autant.
L’Italie fait elle aussi mieux que nous. Sa croissance ralentit et elle doit poursuivre ses efforts, notamment sur les dépenses publiques, mais elle conserve une avance de 0,6 point sur la France en matière de croissance annuelle.
À l’échelle de la zone euro, le contraste est encore plus net : au troisième trimestre, le PIB dépasse de 1,3 % son niveau de l’année précédente, tandis que celui de la France lui est inférieur de 0,1 %. Hors COVID, nous n’avions plus enregistré une variation annuelle négative depuis la fin de 2012.
On pourra toujours rappeler que la définition habituelle d’une récession technique suppose deux trimestres consécutifs de contraction. Avec un deuxième trimestre stable entre deux trimestres de baisse, nous n’entrons pas encore dans cette définition. Mais cela ne change pas grand-chose pour les Français : l’activité diminue depuis le début de l’année et se situe désormais sous son niveau d’il y a un an.
La croissance existe encore ailleurs
La comparaison américaine accentue ce décalage. Aux États-Unis, le PIB a augmenté d’environ 0,8 % au troisième trimestre, soutenu notamment par la consommation des ménages et l’investissement des entreprises.
Attention toutefois à comparer des chiffres comparables. Les Américains présentent généralement leur croissance en rythme annualisé, ce qui donne ici environ 3,4 %. Pour la rapprocher du chiffre français, il faut retenir la variation d’un trimestre sur l’autre : environ 0,8 % aux États-Unis, contre une baisse de 0,1 % chez nous.
Les États-Unis connaissent pourtant eux aussi des difficultés et subissent, comme nous, un pétrole cher. Cela n’empêche pas leurs entreprises de continuer à investir.
La différence se creuse donc à deux niveaux : l’économie américaine progresse davantage que la zone euro, et la zone euro fait nettement mieux que la France. Notre faiblesse ne peut plus être présentée comme le simple reflet d’une mauvaise conjoncture générale.
Depuis plusieurs mois, j’alerte sur cette dégradation. On m’opposait la résistance de l’économie française, les assurances du gouvernement ou encore les décisions des agences de notation. Mais une notation ne crée pas de croissance. Les derniers chiffres montrent malheureusement à quel point la situation s’est détériorée.
Le chômage confirme le décrochage
Cette divergence avec nos voisins se retrouve sur le marché du travail. Selon Eurostat, le taux de chômage atteint 8,5 % en France en septembre, contre 6,5 % dans la zone euro. Deux points nous séparent désormais de la moyenne de nos partenaires, à notre détriment.
Nous avons pourtant connu la situation inverse, avec un chômage français inférieur à celui de la zone euro. Ce temps semble bien loin. Dans les données de septembre, seuls la Finlande, l’Espagne et la Suède affichent un taux supérieur au nôtre.
La Grèce, qui se trouvait encore au-dessus de nous il y a quelques mois, est désormais à 7,6 %. La Pologne affiche, pour sa part, un taux de 3,4 %. Malgré les difficultés que ces pays peuvent rencontrer, leurs résultats montrent qu’un chômage beaucoup plus faible reste possible en Europe.
En France, la dégradation est particulièrement préoccupante pour les jeunes : parmi les actifs de moins de 25 ans, le taux de chômage atteint 21,9 %. Comme pour l’ensemble de la population active, nous retrouvons des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2020 et la pandémie.
Malgré les aides et les dispositifs accumulés, nous ne parvenons donc pas à enrayer cette remontée. Derrière les pourcentages, il y a des personnes qui perdent leur emploi, des jeunes qui n’en trouvent pas et des familles dont les perspectives s’assombrissent. C’est un drame humain autant qu’un échec économique.
Les ménages avaient d’ailleurs exprimé leurs inquiétudes dans les enquêtes de conjoncture. Ils anticipaient une hausse du chômage, alors que certains jugeaient leurs craintes excessives. Malheureusement, les chiffres leur donnent raison.
Le plus difficile pourrait être devant nous
À ce constat s’ajoute un élément essentiel : les résultats du troisième trimestre s’arrêtent à septembre. Ils ne comprennent donc pas les conséquences des émeutes d’octobre.
Autrement dit, l’économie française reculait déjà avant ces événements. Les fermetures de commerces et les perturbations de l’activité risquent maintenant d’aggraver les résultats du quatrième trimestre. Je pense en particulier aux commerçants, aux artisans et aux petites entreprises qui souffrent déjà et ne savent pas quand ils pourront retrouver des conditions normales de travail.
C’est dans ce contexte que je ramène ma prévision de croissance pour l’ensemble de 2026 à environ 0,2 %, contre 0,4 % auparavant. Cette précédente estimation était pourtant considérée comme très pessimiste. Elle se révèle encore trop optimiste.
Je crains également que le taux de chômage atteigne 9 % en fin d’année, et 23 % chez les jeunes actifs. Ce sont des prévisions, mais les dernières publications ne permettent malheureusement pas d’envisager une amélioration rapide.
Le redressement de plusieurs économies européennes constitue malgré tout une bonne nouvelle. Il faut s’en réjouir pour nos voisins. Il montre aussi que, dans l’environnement actuel, la croissance reste possible.
Mais cette amélioration rend nos propres résultats plus difficiles à défendre. Avec les moyens publics engagés, nous devrions pouvoir faire mieux, aussi bien pour l’activité que pour l’emploi. Continuer à augmenter les prélèvements sur une économie affaiblie ne nous permettra pas de rattraper notre retard.
Je reste convaincu que la France peut se redresser. Encore faut-il reconnaître l’échec de la politique menée et accepter d’en changer. Lorsque nos voisins progressent et que nous reculons, les discours rassurants ne suffisent plus.
