Les violences qui secouent la France ne menacent pas seulement l’ordre public. Elles pourraient aussi ébranler la confiance des investisseurs étrangers, déjà préoccupés par la situation politique et financière du pays. Alors que les tensions se ravivent sur le marché obligataire et que le CAC 40 recule, le désordre dans les rues pourrait-il finir par gagner les marchés ?
Les médias, amateurs d’images choc et carrément apocalyptiques du week-end (1 500 commerces vandalisés et cambriolés, mairies ou offices du tourisme carbonisés), se régalent. Les politiques, experts en récupération de la « juste indignation des Français », en font des tonnes.
Le président de la République, juste avant de s’envoler vers le Moyen-Orient (pour quatre jours, ce sera son 339e voyage à l’étranger en deux mandats), a dénoncé les « factieux » et des actes « que rien n’explique » et « que rien n’excuse ».
Mais ces mêmes Français – et nos créanciers, qui découvrent des images dignes d’une guerre civile – se demandent, dans leur immense majorité, pourquoi ces exactions durent depuis des années, pourquoi si peu de ces « factieux » se retrouvent devant les tribunaux et pourquoi un plus petit nombre encore en ressort avec une condamnation.
Les Français, eux, se demandent depuis longtemps pourquoi les forces de l’ordre et les tribunaux de police se montrent intraitables avec les automobilistes pour un excès de 5 km/h, intraitables avec les lycéens faisant un blocus pacifique devant leur lycée (charges de CRS, jets de lacrymogènes, avalanches de coups de matraque, étranglements, grenades qui arrachent des mains).
Et pourquoi « on » (vous avez certainement votre petite idée sur l’identité de ce « on ») laisse circuler librement des individus cagoulés et encapuchonnés, à la (sombre) silhouette caractéristique, opérant en meute, et que tout le monde a vus piller des magasins et affronter les CRS du temps des Gilets jaunes ou bien lors d’embrasements accompagnés de déchaînements de violence « improbables » dans des bourgades sans histoire comme Montargis, les 29 et 30 juin 2023 (116 commerces et trois bâtiments administratifs dévastés).
Les images des rues de Montargis ravagées, d’une pharmacie incendiée et entièrement détruite comme par un bombardement, avaient également fait le tour du monde : la Seconde Guerre mondiale avait fait moins de dégâts dans cette paisible cité, baptisée « la Venise du Gâtinais », autrefois réputée pour ses spécialités à base de miel.
Ces événements méritaient bien plus que des commentaires indignés : dans quel autre pays développé ce genre d’embrasement – causant des dizaines de millions de dégâts et des perturbations majeures pour la vie locale – a-t-il déjà été observé, et quelles en étaient les causes ?
Il semblerait que les États-Unis soient le seul pays où des émeutes d’ampleur comparable aient eu lieu, et bien avant la France, à l’exception peut-être de Mai 68.
Aux États-Unis, ce sont essentiellement des émeutes raciales consécutives à des violences policières (Watts en 1965, Détroit en 1967, avec l’envoi de chars lourds dans le quartier noir, Rodney King en 1992, Oscar Grant à Oakland en 2009, avec 17 jours d’insurrection dans la baie de San Francisco, George Floyd en 2020…), accompagnées de revendications d’égalité de traitement avec la population blanche et de plus grande justice sociale.
En France, les pillards n’expriment que peu de revendications de type « social », mais citent presque à chaque fois des « incidents » impliquant la police, ce qui se termine par des centaines de voitures brûlées dans les « cités » (ce qui pénalise d’abord les habitants « prolétarisés »), puis dégénère en razzias dans les centres urbains, où les pillages – selon certains sociologues – servent d’exutoires.
Mais il ne faut pas gratter beaucoup pour découvrir que, parmi les émeutiers les plus virulents, domine un sentiment antifrançais qui concerne presque tous les domaines (culturels, religieux, sociétaux)… sauf peut-être le culte des marques et des signes extérieurs de richesse « made in France » (mais pas que !).
Les médias du monde entier et nos créanciers n’auront retenu – vous pouvez le vérifier – de ce 17 octobre que des images de guerre civile. Et ils ne disent rien des 99 % des rassemblements d’élèves, d’étudiants, de professeurs, de salariés se sentant en plein déclassement et d’agriculteurs précarisés, qui se sont déroulés dans une atmosphère bon enfant et sans la moindre échauffourée.
Tous les observateurs qui ont vu 800 000 personnes se réunir dans le calme à Paris il y a 15 jours pour accueillir le pape – et qui ont vu des reportages sur les dispositifs de sécurité exceptionnels déployés dans la capitale – se demandent comment la situation a pu à ce point échapper, cette fois-ci, aux forces de l’ordre, à quelques centaines de mètres de la place de la Concorde.
À Paris, la préfecture dispose – c’est un cas quasi unique en Europe – de son propre service de renseignement (suivi des fichés S, des Black Blocs, des multirécidivistes, des influenceurs menaçant l’ordre public, etc.), mais le ministre de l’Intérieur est venu au 20h de TF1 pour déclarer que « l’intensité des débordements a été deux fois supérieure aux attentes ».
Vue de l’étranger, la « typologie » des émeutiers et des pillards ne suscite pas de langue de bois et les médias n’hésitent pas à questionner l’intégration culturelle et économique de certaines « populations ».
L’État français semble paralysé par son incapacité à reconnaître un réel échec en la matière et la réalité d’un remplacement démographique dans des zones qui brûlent aujourd’hui à la moindre occasion.
La France se remplit d’enclaves où la police ose rarement s’aventurer, des zones de non-droit où les codes culturels et les normes juridiques occidentales ont été remplacés par des influences radicales et sectaires.
Qu’est-il arrivé pour que cette « France » du XXIe siècle apparaisse tellement différente de celle qui s’était enrichie, à la fin du XIXe puis au début du XXe siècle, de son « métissage culturel » ?
Il y a bien eu du frottement par le passé – il n’y a jamais eu d’intégration idyllique, d’assimilation parfaitement fluide –, mais l’alchimie a fonctionné au fil du temps.
C’est tout l’inverse qui se produit depuis les années 80, les années « Touche pas à mon pote »… car beaucoup de « potes » ne jouent pas le jeu et affichent au contraire une stratégie de rejet qui penche vers la rupture, jusqu’à ce que notre société semble atteindre un point de basculement violent, où aucune revendication claire – autre que de déstabiliser la société d’accueil et d’imposer ses propres standards – n’est exprimée.
Ces troubles trahissent un rejet bien plus radical que les émeutes raciales survenues aux États-Unis, où la révolte porte sur la frustration de se sentir comme des « Américains de seconde zone », avec la perspective de corriger cette injustice.
En France, le but ne semble pas être de « corriger » les travers de notre société, mais d’en faire advenir une autre.
Et ce qui est troublant, c’est que nos dirigeants semblent également poursuivre le même but, c’est-à-dire transformer notre pays en profondeur, le faire rompre avec son « inconscient collectif archaïque », son modèle social, ses traditions…
Et surtout avec toute notion de souveraineté, pour se fondre dans l’eurofédéralisme et le capitalisme globalisé, régi par des élites qui s’autoproclament seules compétentes et s’abritent derrière une technostructure oligarchique qui les affranchit de toute responsabilité devant les peuples.
Un pays qui neutralise tous les mécanismes démocratiques, abolit tous les contre-pouvoirs, refuse de défendre ses frontières, son histoire et sa culture finira par provoquer l’implosion progressive de la confiance sociale, ce qui se termine, dans les cas les plus tragiques, par le chaos et la guerre civile.
Une fois l’identité nationale sacrifiée pour éviter d’affronter des diasporas réfractaires à toute assimilation, vous n’obtenez pas une société plus « riche », mais une société qui perd son âme et finit par se désintégrer dans un chaos final.
Et la finance globalisée a bien moins peur des guerres – les exemples ukrainien ou moyen-oriental (embrasement du golfe Persique, puis de la péninsule Arabique avec la rébellion houthie) sont édifiants – que du désordre : Wall Street a battu record sur record avec une inflation à 4 % et un baril à plus de 100 $.
La finance fuit les pays où le multiculturalisme échoue, où les institutions se désagrègent puis finissent par perdre le contrôle (les pires exemples sont le Liban, le Sri Lanka des années 80 ou de 2022, l’Inde de l’immédiat après-indépendance).
Si l’abolition de la démocratie, via l’instauration d’un état d’urgence, est le prix à payer pour le retour au calme, les géants de la finance (BlackRock se sent comme un poisson dans l’eau en Ukraine, devenue une authentique dictature depuis 2022) préfèrent de loin cette solution.
C’est le moment de se souvenir de cette réflexion de Friedrich Hayek : « Les états d’urgence ont toujours été le prétexte pour éroder les libertés individuelles, et une fois ces dernières suspendues, il n’est pas difficile pour ceux qui s’arrogent les pouvoirs d’urgence de veiller à ce que l’urgence devienne définitive. »
En attendant d’y voir plus clair, ou d’imposer leurs choix de société, les investisseurs globaux préfèrent reprendre leurs billes… et, si ça tourne vraiment mal, se couper un doigt plutôt qu’un bras.
Certains institutionnels, comme Sumitomo Mitsui, ont déjà fait ce choix. D’autres ont déjà le doigt sur la détente : le spread OAT/Bund se retend de 5 points, à 143 points de base, l’euro est sur une pente glissante et le CAC 40 chute de 1,3 %, sous les 7 850 points.
Le terme boursier de novembre débute sur le sentiment que tout peut basculer à n’importe quel moment.

1 commentaire
Un article qui reprend le point de vue de l’extrême droite et attribue tous les désordres aux « racailles ». Les groupes d’ultragauche, autonomes ou anarchistes, à recrutement beaucoup plus » blanc » semblent avoir tenu un rôle essentiel pourtant.