Pendant que les investisseurs cherchent le prochain Nvidia, les fournisseurs d’électricité voient se multiplier les clients dont ils rêvaient. Pour Marc Lichtenfeld, ces entreprises discrètes offrent une autre façon de profiter de l’essor de l’IA, avec des dividendes à la clé.
Au Monopoly, il n’y a qu’une chose plus ennuyeuse que d’acheter les gares : acheter les compagnies de distribution d’eau et d’électricité. Lorsqu’un adversaire s’arrête sur l’une de vos compagnies, il lance les dés et vous verse quatre fois le résultat si vous n’en possédez qu’une, et dix fois si vous détenez les deux. Ces compagnies rapportent un peu d’argent, mais rien de comparable à ce que vous empochez lorsqu’un joueur tombe sur votre hôtel de la rue de la Paix.
Dans la vraie vie, les actions des entreprises de services aux collectivités ont un peu plus d’attrait. Elles vous procurent un revenu et, si vous choisissez bien, peuvent aussi vous offrir des gains exceptionnels.
Lorsque j’ai quitté San Francisco pour m’installer en Floride, il y a plus de vingt ans, ma facture d’électricité est passée de 30 à 300 dollars par mois : il fallait faire tourner la climatisation en permanence.
Je me suis dit que, quitte à enrichir mon fournisseur, autant en profiter moi aussi. J’ai donc acheté des actions de NextEra Energy (NYSE : NEE), mon fournisseur local d’électricité. Je les détiens toujours.
La Floride était en plein essor, NextEra aussi. Sur les vingt dernières années, la performance de l’action a dépassé celle du S&P 500 de plus de 660 points de pourcentage.

Évolution de NextEra Energy (NYSE : NEE)
Comme je n’avais pas besoin de ces revenus lorsque j’ai acheté mes actions, j’ai réinvesti les dividendes. Chaque trimestre, les sommes perçues me permettaient d’acquérir de nouveaux titres, faisant ainsi grossir mon placement par le jeu des rendements composés. J’ai continué pendant la crise financière mondiale, lorsque le cours de NextEra avoisinait les 10 dollars. Il dépasse aujourd’hui 75 dollars.
NextEra augmente son dividende chaque année depuis 1995. Le montant que je touche par action est donc près de neuf fois supérieur à celui de mon premier achat, même en tenant compte des divisions d’actions. Et grâce au réinvestissement des dividendes, ce versement presque neuf fois plus élevé s’applique à un nombre de titres bien supérieur à celui que je détenais au départ.
Les entreprises de services aux collectivités traversent une période intéressante. Les taux d’intérêt ont augmenté, et l’on entend parfois que ces sociétés souffrent lorsque les taux montent : leur activité exige d’importants capitaux, qu’elles financent en recourant à l’emprunt. Leurs tarifs sont par ailleurs souvent réglementés, et toute hausse doit être négociée avec les pouvoirs publics.
C’est donc un frein potentiel pour le secteur. Mais, dans l’autre sens, un vent aussi puissant qu’un ouragan le pousse en avant : l’appétit insatiable de l’intelligence artificielle pour l’énergie.
Selon les estimations, la demande d’énergie des centres de données consacrés à l’IA devrait quadrupler entre 2025 et 2030.
Jensen Huang, le directeur général de Nvidia, estime que l’IA aura besoin de 1 000 fois plus d’énergie que nous n’en avons à disposition. Même s’il surestime ce besoin de 999 fois, cela laisse une quantité phénoménale d’énergie supplémentaire à fournir !
Pour les cinq prochaines années, Bank of America avance une estimation plus modeste : les besoins de l’IA représenteraient 1,5 fois la quantité d’énergie disponible.
Prenez un instant pour y réfléchir. À lui seul, ce secteur aurait besoin d’environ 150 % d’électricité de plus que ce dont nous disposons aujourd’hui.
Les taux d’intérêt pourraient encore monter. Je m’attends néanmoins à des années de forte croissance pour les fournisseurs d’électricité et d’eau.
Comme pendant le boom d’Internet, je m’intéresse aux entreprises qui fournissent les équipements et les ressources indispensables à cet essor. À l’époque de la bulle Internet, je ne cherchais pas à savoir qui d’eBay (Nasdaq : EBAY) ou de Pets.com allait l’emporter. Je voulais détenir Cisco (Nasdaq : CSCO), qui fournissait les infrastructures réseau à la plupart de ces entreprises.
Aujourd’hui, ma démarche est la même. Je ne cherche pas le prochain Nvidia. Ce qui m’enthousiasme, ce sont les entreprises qui vont fournir aux centres de données ce dont ils ne peuvent pas se passer.
Une puce plus performante peut parfaitement voir le jour. En revanche, compte tenu de la situation de quasi-monopole dont bénéficient les fournisseurs d’électricité, il est peu probable qu’un concurrent vienne leur disputer leur place de sitôt.
Investir dans les fournisseurs qui desservent un grand nombre de centres de données dédiés à l’IA devrait donc se révéler très rentable sur le long terme.
Et pendant toutes ces années, vous percevrez un dividende qui devrait augmenter régulièrement. Libre à vous d’en tirer un revenu croissant ou de le réinvestir pour faire fructifier votre patrimoine.
Le meilleur dans tout cela ? Contrairement au Monopoly, vous n’avez pas à espérer qu’un joueur tombe sur votre compagnie pour toucher de l’argent de temps à autre. C’est comme si les centres de données consacrés à l’IA passaient par la case « Départ » et vous payaient à chaque tour.
