Le pétrole trop cher était déjà une menace. Le pétrole introuvable en serait une autre. Alors que les approvisionnements se grippent, les Bourses continuent de monter. Jusqu’à quand ?
Depuis la mise hors service, il y a 10 jours, de l’oléoduc Est-Ouest (Abqaiq/Yanbu), convoyant 4,5 millions de barils/jour à travers l’Arabie saoudite, le problème de la hausse des contrats à terme sur le pétrole brut devient secondaire : cette fois-ci, c’est bien la disponibilité du « physique » qui est hors de contrôle.
Le plus grand exportateur mondial de pétrole a annulé ses cargaisons de brut de fin septembre vers l’Europe lundi dernier et annule désormais toutes ses cargaisons de diesel vers l’Europe.
Saudi Aramco tente désormais de racheter des milliers de tonnes de cargaisons de diesel pas encore parvenues à destination (notamment celles des tankers qui traversent la Méditerranée).
L’Arabie saoudite passe d’exportateur de diesel (5 % de la production mondiale) à importateur : un véritable choc d’approvisionnement se profile sur le continent européen, mais aussi en Asie.
Et comme si cela ne suffisait pas, les prix du « physique » (qu’il s’agisse du « brut », du diesel ou du kérosène) vont se trouver fortement alourdis par les coûts de transport par voie maritime… et pas de quelques dixièmes de pour cent : c’est une hausse massive qui se profile.
Avec la prise de contrôle de tout le rivage de la mer Rouge par les rebelles houthis, alliés de l’Iran, le coût des assurances pour emprunter l’axe Bab el-Mandeb/Suez devient stratosphérique… mais ce n’est même plus la question : l’Arabie saoudite n’exporte plus de pétrole, donc il n’y a plus de tankers à assurer (bien sûr, cela devient aussi un problème pour les cargos, les minéraliers, les céréaliers, les porte-conteneurs, etc.).
Mais revenons-en au pétrole à destination de l’Asie : à part la Russie et, de façon marginale, la Malaisie et Brunei, la seule source d’approvisionnement en pétrole viable, c’est l’Afrique de l’Ouest (Angola, Nigeria, Gabon, etc.).
Mais même si la route maritime qui passe par le cap de Bonne-Espérance évite les zones de combat du Moyen-Orient, le coût du transport vers la Chine (VLCC Rate) atteint maintenant 23,6 $/baril… contre 6,50 $/baril en juillet.
C’est une flambée de près de 260 % des coûts d’expédition par supertanker (VLCC) en seulement 2 mois.
Nous assistons à l’un des chocs de prix sur le « physique » les plus importants jamais enregistrés, avec un écart de 120 $ — du jamais-vu — entre le « brut » et le diesel.
En ce qui concerne le kérosène, son prix a tout simplement doublé depuis le début du conflit, le 28 février dernier.
La guerre en Iran a anéanti environ la moitié des importations habituelles de carburant pour avions en Europe en provenance du Moyen-Orient, forçant nos compagnies à rechercher des fournisseurs en Asie, en Amérique du Nord et en Afrique : le prix des billets explose… mais on ne nous parle que du diesel !
Les écarts records signifient que les raffineurs sont sous pression, et ils n’hésitent pas à faire jouer — comme en Inde — la loi de l’offre et de la demande.
Les marges de raffinage sur le mois en cours — qui pulvérisent des records historiques — pourraient s’élargir davantage si les cargaisons en provenance d’Arabie (Suez), du golfe Persique (Ormuz) et de Russie (via la Baltique) continuent de se raréfier.
Les gouvernements européens discutent de l’imposition d’un « impôt général exceptionnel » sur les entreprises énergétiques opérant dans l’UE, car les prix du gaz sont également au plus haut depuis le 28 février et en hausse de 25 % par rapport à septembre 2025.
Mais nos groupes énergétiques ne sont pas responsables de l’attaque la plus massive jamais menée par l’Ukraine sur plusieurs raffineries russes, notamment celle située au sud de Moscou, qui risque d’entraîner des pénuries de carburant encore plus critiques que celles ayant conduit à l’arrêt des exportations de diesel, y compris vers des pays « amis ».
Combien de temps la Chine peut-elle encore tenir ?
Le 14 septembre 2026, Trump s’était vanté d’avoir poussé « l’Ukraine à accepter de ne pas frapper les cibles énergétiques russes, cela fait flamber le prix des carburants et pénalise les citoyens américains » et avait affirmé que la Russie avait accepté de faire de même à l’encontre des installations ukrainiennes.
Zelensky n’avait pas confirmé un tel engagement auprès de la Maison-Blanche à stopper ses bombardements, expliquant le jour même que Kyiv ne cesserait ses propres frappes que si les États-Unis pouvaient d’abord obtenir un véritable arrêt des attaques russes contre les complexes pétroliers et gaziers ukrainiens, ainsi que les infrastructures d’approvisionnement (entrepôts alimentaires ou de médicaments).
Poutine ne semble pas avoir donné d’assurances en ce domaine. Zelensky a donc bombardé en premier, et massivement : un véritable camouflet pour Trump et la démonstration qu’il ne contrôle pas son « proxy » ukrainien, déterminé à faire capoter le processus de paix avec Moscou dans lequel Jared Kushner et Steve Witcoff se sont impliqués, sans y associer les Européens.
Il se pourrait donc que la super-attaque de drones et de missiles de dimanche matin (jour de vote en Russie pour renouveler 450 députés de la Douma) soit un message des Européens à Poutine : « Nous avons rendu cette opération possible, donc nous assumons de violer toutes les lignes rouges », mais aussi à Donald Trump.
À 6 semaines des « midterms », qui se présentent très mal pour lui, l’OTAN et Bruxelles agissent comme s’il était déjà ravalé au rang de président déchu de ses pouvoirs et empêché de peser sur le cours du conflit russo-ukrainien.
Une nouvelle version de la « guerre froide » des années 1970, extrêmement dangereuse, pouvant mener à une « guerre chaude »… et cela commence à y ressembler.
Un scénario auquel Wall Street ne croit toujours pas, ni Francfort d’ailleurs, alors que le chancelier Merz tente de masquer — par des propos bellicistes à l’encontre de Moscou — ses propres échecs politiques (réformes impopulaires, graves atteintes à la liberté d’expression) et une nouvelle déroute électorale ce week-end (à Berlin, siège du Bundestag, et dans le Mecklembourg, en ex-Allemagne de l’Est, où la CDU, pour la 1re fois de l’histoire, ne sera pas représentée, n’ayant pas atteint le seuil requis des 5 %).
Mais avec cette 3e déroute électorale en 15 jours, le chancelier Merz nous administre une leçon de démocratie : balayé dans les urnes, chef haï d’un parti laminé dont la légitimité est en chute libre, il annonce qu’il va se maintenir à la tête de la CDU.
Ce n’est pas parce que les Allemands ont mal voté qu’il faut se démettre ; au contraire, il faut se montrer patient et bien expliquer aux électeurs qu’ils ont eu tort.
Je ne sais plus quel grand personnage historique français du début du XXIe siècle — ayant une épouse dont les enfants sont plus âgés que lui — déclarait : « Allez voir comment ça se passe dans une vraie dictature, où une minorité détient tous les leviers et confisque les clés du pouvoir. »
Le chancelier Merz a perfectionné le concept : quiconque le conteste et le brocarde sur les réseaux peut être envoyé — sur son ordre — en prison.
Et bien sûr, l’argument massue qu’il nous assène depuis des mois pour expliquer ses échecs, c’est le grand classique de « l’ennemi extérieur » (qui mène une « guerre hybride », élément de langage qui veut tout et rien dire).
Il reprend à son compte la manipulation des « foules stupides par les médias », en vertu de l’axiome selon lequel les « mensonges du pouvoir répétés 100 fois deviennent des vérités »… pour reprendre la célèbre formule du principal bras droit d’un chancelier allemand non élu, de sinistre mémoire.
Friedrich Merz pourrait parvenir à ses fins : faire oublier la situation intérieure, la flambée des prix, les pénuries d’énergie en défiant Moscou… jusqu’à ce que les choses tournent encore plus mal !
Mais la Bourse de Francfort ne décèle aucun motif d’inquiétude : pénurie d’énergie et pénurie de démocratie n’empêchent pas le DAX 40 d’entamer le 4e trimestre boursier par un gain de 1 % !
Presque un encouragement pour le chancelier Merz à poursuivre dans la même voie !

2 commentaires
Si l’on vous suit, L’Ukraine et ses alliés européens sont les premiers responsables de la poursuite de la guerre en Ukraine. Poutine, ce grand démocrate (contrairement au despote Mercz) pas du tout impérialiste, ne souhaite que la paix depuis le début bien évidemment…
Et oui Régis, les véritables responsables de la guerre ne sont pas ceux qui la déclarent, mais ceux qui l’ont rendu inévitable, en l’occurrence l’OTAN dirigés au profit des puissances d’argent anglo-saxone.