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Rédigé le 18 octobre 2018 par | actu géopolitique, Banques Centrales, Dette Imprimer

Budget de la Zone euro, mécanisme de stabilisation, santé des banques… la lune de miel semble terminée entre Emmanuel Macron et Angela Merkel.

Le drame des amants de Meseberg ?  Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont rencontrés en Allemagne le 19 juin. Au travers d’une déclaration commune, ils ont officialisé le fait que les deux poids lourds de l’UE s’accordent sur le principe d’un budget européen.

Union européenne - France - Allemagne - Macron - Merkel

Cependant, on ignore tout du montant de ce projet et de sa gouvernance. Par ailleurs, on peut légitimement se demander si la création d’un tel budget, qui aurait en particulier vocation à mieux protéger la zone euro contre une crise à venir, sera en avance ou en retard sur l’apparition de cette dernière… Enfin, rien ne garantit qu’Angela Merkel tiendra encore les rênes de l’Allemagne d’ici trois ans.

Idem pour la mise en place du backstop, ce projet de filet de sécurité de dernier ressort en cas de faillite bancaire, qui aurait vocation à être déployé dans l’hypothèse où la contribution des créanciers privés ne suffirait pas : son entrée en vigueur est anticipée aux alentours de… 2024 !

En sachant bien sûr que l’Allemagne ne donnera son feu vert que si les banques ont d’ici-là drastiquement réduit leur niveau de risque.

Bref, pas sûr que la feuille de route de Meseberg du 19 juin 2018 trouve sa place dans les livres d’Histoire, contrairement à ce qu’anticipent les medias…

Allemagne - France - Merkel - Macron

Comment résoudre le problème des prêts non-performants ?

Notez que Paris et Berlin se sont également accordés pour proposer que les « prêts non-performants » détenus par les banques soient plafonnés à 5% du total de leurs encours.

Si cette limite devait être adoptée, les banques grecques, chypriotes, portugaises, italiennes, bulgares, slovènes, irlandaises, hongroises et roumaines seraient très en retard sur le nettoyage de leurs bilans.

graphe - prêts - Europe

Puis arriva le tant attendu Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, qui est venu rappeler Emmanuel Macron à la réalité.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se sont entendus sur deux objectifs mineurs : renforcer le MES (sujet assez consensuel) et élaborer un calendrier en vue de la mise en place d’un Fonds européen de garantie des dépôts (question beaucoup plus délicate) d’ici le prochain sommet de la zone euro en décembre 2018.

La proposition franco-allemande d’un budget de la zone euro telle qu’annoncée à Meseberg n’apparaît pas dans les conclusions du sommet. Angela Merkel s’est d’ailleurs contentée d’évoquer la nécessité de « renforcer la compétitivité de la zone euro et sa convergence », sans jamais parler de « budget », laissant à Emmanuel Macron le soin de défendre son bébé.

Naturellement, le président français a préféré rappeler que sa proposition est toujours d’actualité, puisque les Etats membres ont promis de continuer à en débattre dans les mois à venir…

D’ailleurs, en parfait connaisseur de la méthode Monnet des petits pas qui nous a conduits à la catastrophe de l’euro, Emmanuel Macron défend qu’il ne s’agirait que de quelques dizaines de milliards d’euros, qui auraient plus une portée symbolique qu’ils ne seraient un outil déterminant pour contrer la prochaine crise.

Seulement voilà, certains ne sont pas fans des mesures symboliques, par exemple du côté des Pays-Bas dont le Premier ministre Mark Rutte a déclaré :

« Je déteste les symboles. On parle ici d’argent réel, payé par de vrais contribuables ».

En voilà un qui n’a pas l’air d’un fétichiste de l’aléa moral et de la mutualisation de pertes ! Pour les Bataves, le travail du politique, c’est de protéger l’argent de ses contribuables, pas de le gaspiller pour laisser sa marque dans les livres d’Histoire.

A la rentrée, l’Allemagne estime qu’un budget de la zone euro n’est plus une priorité

Dernière nouvelle en date : le 30 août, Jörg Kukies, le ministre adjoint des Finances allemand, a déclaré que, finalement, l’Allemagne n’est plus très emballée à l’idée d’un budget de la zone euro, et que la réflexion prioritaire devrait être le budget de l’UE pour la période 2020-2027. Emmanuel et Angela, « un amour de vacances, une histoire sans lendemain » ?

 

budget - UE - merkel - Macron

La négociation du budget de l’UE pour la période 2021-2027 est également l’urgence d’un autre pays germanophone, l’Autriche, qui a succédé au 1er juillet à la Bulgarie à la présidence tournante du Conseil de l’UE.

Outre la politique migratoire et l’approfondissement de l’intégration des Balkans dans l’UE, le chancelier Sebastian Kurz devra gérer ce lourd dossier avant de passer le flambeau à la Roumanie au 1er janvier 2019.

pays - Union européenne - présidence

Que se passerait-il si l’Allemagne opposait une fin de non-recevoir à la France ?

Dans un Flash Economie en date du 26 juin, Natixis estimait que compte tenu des réticences des pays du nord, « le plus acceptable est probablement la création d’une capacité de stabilisation cyclique, qui ne génère pas de transferts permanents. » En clair, une petite cagnotte d’urgence une fois pour toute.

On peut cependant se demander ce qui se passerait si l’Allemagne refusait toute avancée institutionnelle. Pour Natixis, un regard dans le rétroviseur laisse penser que la situation se débloquerait alors à l’approche de la prochaine crise :

Natixis - Allemagne - Europe

Voici dans le détail ce qu’écrit l’équipe de Patrick Artus :

 « Les partis conservateurs (CDU-CSU) en Allemagne semblent aujourd’hui rejeter les avancées institutionnelles dans la zone euro. Mais il faut se rappeler que, dans le passé, l’Allemagne a toujours accepté les avancées institutionnelles de l’Europe quand elle avait peur :

– l’explosion du Système monétaire européen en 1992-93 fait craindre à l’Allemagne une appréciation continuelle de son taux de change et une perte définitive de compétitivité, et elle accepte la création de l’euro ;

– la crise de la zone euro de 2010 à 2014 fait craindre à l’Allemagne l’explosion de l’euro et une considérable perte en capital sur ses actifs extérieurs en euros accumulés depuis la création de l’euro ; elle accepte alors les instruments et politiques qui ont permis d’éviter la disparition de l’euro (ESM, quantitative easing) ;

si un pays menace aujourd’hui de faire exploser la zone euro, pour les mêmes raisons, l’Allemagne devra accepter de nouvelles avancées institutionnelles : budget de la zone euro, Eurobonds, système d’assurance des dépôts de la zone euro. Les progrès institutionnels de la zone euro ne sont donc possibles que lorsque l’Allemagne a peur de la destruction de son industrie par la perte de compétitivité ou de pertes massives en capital si l’euro se disloque. »

Comme quoi, une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, on est bien forcé de suivre le mouvement.

Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que les Allemands, faute d’œuvrer dans le sens d’une plus grande intégration économique de la zone euro, continueront de thésauriser les billets de 500€ dont l’émission arrivera à son terme fin 2018. Ces derniers conservant leur qualité de moyens de paiement à cours légal, certains pensent même qu’ils pourraient faire l’objet d’une prime !

Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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