Washington et son impitoyable guerre contre les lave-linges

Rédigé le 1 février 2018 par | Bill Bonner, Liberalisme Imprimer

Les taxes douanières pèsent sur les individus et ne rendent pas le commerce plus équitable. Elles ne font qu’avantager de petits groupes d’intérêt.

Cette semaine, le président des Etats-Unis a fait un état des lieux.

Il n’a pas mentionné le fait que les Etats-Unis sont en train de faire faillite…

… Ou que la hausse des taux d’intérêt menace le système d’argent factice…

… Ou que les baisses d’impôts, en plus des dépenses pour la défense, les infrastructures et l’aide sociale, provoqueront à coup sûr une catastrophe budgétaire…

… Ou que ses politiques commerciales protectionnistes feront augmenter les prix à la consommation, grimper plus encore les taux d’intérêt et diminuer la production.

Guerre commerciale = moins d’échanges gagnant-gagnant

Nous avons donc l’embarras du choix – mais aujourd’hui, examinons de plus près les restrictions commerciales.

« Les actions du président font à nouveau ressortir clairement que l’administration Trump défendra toujours les travailleurs, agriculteurs, éleveurs et entrepreneurs américains », a déclaré le représentant au Commerce Robert Lighthizer la semaine dernière.

« Les guerres commerciales sont menées au quotidien », a ajouté le secrétaire au Commerce Wilbur Ross à Davos.

M. Lighthizer faisait allusion à une manoeuvre hardie de la part du président américain : imposer des taxes douanières et des frais d’importation sur les machines à laver, réfrigérateurs et panneaux solaires fabriqués à l’étranger.

Si on les laisse faire, les acheteurs et les vendeurs ne sont jamais en guerre. Ils coopèrent plutôt à des accords gagnant-gagnant.

L’un comme l’autre s’attend à sortir gagnant… sans quoi l’accord ne se ferait pas. Et puisque c’est généralement le cas, l’économie en sort gagnante aussi.

Le boulanger fait du meilleur pain que le plombier. Les branchements du plombier ont moins de fuites. En échangeant l’un avec l’autre, ils terminent tous deux plus riches que s’ils n’avaient rien fait.

Restreindre le commerce avec des tarifs et des réglementations, en revanche, produit des gagnants et des perdants… et appauvrit la société.

Gagnants et perdants faciles à trier

En ce qui concerne les dernières barrières commerciales à ce jour, elles ont en tout cas fait au moins un gagnant évident : le fabricant d’électroménager Whirlpool…

… Dont les lobbyistes avaient poussé le président à agir…

… Et dont le cours de l’action a grimpé de 3% immédiatement après l’annonce de M. Lighthizer.

Whirlpool

Il y a aussi les fabricants de panneaux solaires Sunrun et First Solar… et leurs lobbyistes… qui profitent du fardeau supplémentaire imposé à leurs concurrents.

Il était moins clair de distinguer contre qui ou quoi l’administration Trump défendait les agriculteurs, les entreprises etc.

Qui étaient les perdants ?

C’est ce que nous espérons éclaircir aujourd’hui.

Concurrence déloyale ?

Whirlpool Corporation compte 28 000 salariés aux Etats-Unis.

Quelques milliers d’entre eux fabriquent des machines à laver, des réfrigérateurs et autres appareils électroménagers.

Mais des centaines de millions d’Américains utilisent des machines à laver et des réfrigérateurs. Alors tandis que les actionnaires, les salariés et les gros bonnets de l’entreprise gagnent, les consommateurs perdent.

Les consommateurs achètent leurs appareils électroménagers sur le marché libre, cherchant la meilleure qualité au prix le plus bas. A présent, ils paieront plus… les autorités imposant des droits de douane allant jusqu’à 50%.

Mais attendez… Whirlpool n’est-il pas confronté à une « concurrence déloyale » ?

Une concurrence libre permet de détecter quelle est la meilleure affaire… et dirige les ventes et les profits (s’il y en a) vers le producteur le plus efficace.

Celui qui en donne le plus au consommateur pour son argent obtient le plus d’activité. C’est la seule véritable mesure du commerce « équitable ».

Lorsque la concurrence n’est pas libre, elle dirige les ventes et les profits vers les favoris politiques du moment.

Et là, un avertissement : voici qu’arrivent les sottises !

« Les étrangers manipulent leurs devises. Il y a une surcapacité dans le secteur des machines à laver. Les entreprises étrangères paient des impôts moins élevés. Les étrangers n’achètent pas nos machines à laver. Les étrangers ne paient pas assez leurs travailleurs. Les étrangers n’ont pas les mêmes mesures de protection environnementale. Les étrangers font travailler les enfants… et n’offrent pas de repas sans gluten à la cantine ».

« Concurrence déloyale », avancent les preux chevaliers du commerce équitable.

Des preux chevaliers qui ne « jouent pas leur peau »

Mais ce ne sont pas les pays qui achètent des machines à laver ; ce sont les consommateurs, les particuliers.

Ils utilisent leur jugement, leurs idées toutes faites et leurs illusions pour choisir celle qui leur offre, à leur avis, le meilleur rapport qualité/prix. Comme le dit Nassim Taleb dans son nouveau livre*, ils « jouent leur peau ».

C’est leur temps… leur argent… et leurs vêtements qui sont en jeu. Si la soi-disant « manipulation monétaire » – quel que soit cet animal bizarre – compte pour eux, ils sont libres de le prendre en considération.

Les preux chevaliers, eux, ne jouent pas leur peau. Peu leur importe que vous ayez moins de choix… que vous payiez plus… et que vous obteniez une moins bonne affaire.

Ils peuvent aligner toutes les sottises qu’ils veulent… et chanter leurs propres louanges en prétendant représenter « les travailleurs » et « les entreprises » et en affirmant qu’ils sont les seuls à savoir quel accord est « équitable ».

Ce qu’ils font réellement est tout différent – mais c’est ce que font toujours les gouvernements : exploiter la majorité au bénéfice de quelques-uns.

Un lecteur australien nous a écrit pour nous dire qu’aux antipodes, le prix d’une installation d’énergie solaire est moitié moins cher qu’aux Etats-Unis.

L’auteur du courrier attribuait cette différence aux réglementations plus lourdes aux Etats-Unis, qui réduisent largement les bénéfices de l’énergie solaire.

A présent, avec de nouveaux coûts imposés aux panneaux solaires fabriqués à l’étranger, le secteur tout entier – qui était censé être la plus grande source de nouveaux emplois aux Etats-Unis ces 10 prochaines années – fait grise mine.

Mais les actions du fabricant de panneaux solaires américain SunPower ont grimpé de près de 10% depuis mercredi dernier.

La majorité paie. Quelques-uns profitent.

* Jouer sa peau – Asymétries cachées de la vie quotidienne. Le dernier ouvrage de Nassim Taleb est paru en français, l’édition anglaise ne paraîtra qu’en mars.

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

5 commentaires pour “Washington et son impitoyable guerre contre les lave-linges”

  1. Bonjour,

    Je lis presque chaque jour tout ce qui provient des Publications AGORA, sauf ce qui concerne le marché « actions »…auquel je ne comprends pas grand-chose, et je garde tout ds ma boîte « e-mails ». J’apprends beaucoup à chaque fois : voilà des spécialistes crédibles. De la même manière que je ne manque jamais les enquêtes de Cash Investigation (ou Envoyé spécial) avec Elise Lucet, véritable journaliste (d’investigation) avec son équipe : ces gens de qualité sont malheureusement trop rares ! En tout cas, un grand merci à eux (elles).

  2. M. Bonner: Je suis d’accord avec vous dans 9 cas / 10. Sauf, sur la politique de Trump. Bien sûr, les réglementations sont trop souvent des nids de profits pour les Parasites. La personnalité de Trump n’est pas sans défauts non plus. Et les accords devraient tous être gagnant-gagnant. Mais les accords commerciaux internationaux récents (Alena, accords européens…) le sont-ils vraiment. ? L’histoire fourmille d’exemples d’échanges commerciaux inégaux: invasions, pillages vikings ou razzias Arabes… colonisations… A contrario, l’exemple de l’Angleterre élizabethaine (la première) qui développa sa marine, socle de sa puissance, à l’aide d’une interdiction de commercer autrement qu’avec des bateaux anglais. (donc importations plus chères !)
    Bref, la notion de Nation protectrice de ses ressortissants est centrale dès qu’on parle commerce.
    Concernant le Mondialisme, je propose de créer un bilan comptable. D’un côté le positif, baisse des prix, essor de la consommation, des échanges, émergence économique de certains pays. Mais de l’autre, chômage massif, exploitation de la misère, pollution mondiale, créditisme et dettes impossibles à rembourser … Le bilan est-il positif ? et pour qui ?
    Y-a-t-il véritable création de richesses pour tous ? ou seulement pour les 1 % déjà très riches: les Mondialistes ?

  3. Gastirade39,

    Le « mondialisme » si vous l’assimilez à du libre échange, présente un excellent bilan : Depuis 20, 200 ou 2000 ans, globalement l’homme vie « mieux » (espérence de vie, développement, eau courante…) grâce aux échanges (et contacte) commerciaux.
    Après, certaine transition sont dures à vivre :
    Le libre échange à l’époque victorienne était intéressant pour les Britanniques, peut être un peu moins pour les indiens.
    Le libre échange des années 2000 est un peu plus intéressant pour les indiens. Les britanniques aujourd’hui y gagnent un peu moins qu’à l’époque Victorienne. Je suis persuadé qu’il y a pas mal de Britanniques qui n’aiment pas le « libre échange ». Ils préfèrent l’époque Victorienne.

  4. Djamel:
    Je n’ignore pas les progrès économiques des pays émergents. Cependant, je me défie de la propagande officielle des mondialistes. Que faites-vous de l’exploitation de 90% des pauvres de ces pays, de leur effarante pollution ? Sans compter la pollution des océans due aux super tankers. De plus peut-on parler d’accords gagnant-gagnant quand des progrès tout relatifs des uns se payent par la ruine des autres, avec comme résultat final une dette colossale qui mène la planète à la catastrophe … et sans doute à une guerre féroce qui enrichira encore ceux qui tirent les ficelles.
    Il doit être possible d’organiser des échanges commerciaux internationaux équilibrés qui profitent à tous.
    Pourquoi ne pas faire profiter les travailleurs Emergents des progrès sociaux acquis par les luttes ouvrières occidentales ?

  5.  » Mais de l’autre, chômage massif, exploitation de la misère, pollution mondiale, créditisme et dettes impossibles à rembourser  »

    Vous avez remarqué qu’il y a de nombreux pays à cout de main d’œuvre élevé qui n’ont pas de problèmes de chômage, de pauvreté, de pollution et d’endettement ? Donc peut être que ces problèmes n’ont en fait rien à voir avec la mondialisation ?

Laissez un commentaire