Le vrai vainqueur du nouvel accord commercial de Trump

Rédigé le 5 octobre 2018 par | actu géopolitique, Deep State, Liberalisme Imprimer

Les accords commerciaux sont inutiles et nuisibles… sauf pour le Deep State et une kyrielle de lobbyistes.

« Il ne faut pas prendre les auto-stoppeurs. J’en ai pris un l’autre jour, il m’a immédiatement dit : ‘comment savez-vous que je ne suis pas un tueur en série ?’ Je lui ai répondu : ‘franchement, quelles sont les chances d’avoir deux tueurs en série dans la même voiture au même moment ?' »

— Un lecteur

Ce pauvre M. Trump s’est fait voler la vedette. Cela a dû être horrible. Il a allumé la télé et il n’y était pas !

Il n’y en avait que pour Kavanaugh, Kavanaugh, Kavanaugh.

Même les petites phrases les plus scandaleuses de M. Trump — lorsqu’il a déclaré qu’il était « tombé amoureux » du dictateur nord-coréen… lorsqu’il a accusé un journaliste de « ne pas réfléchir »… ou lorsqu’il a affirmé que le Canada « détroussait honteusement [les Etats-Unis] » — n’ont pas réussi à faire remonter son audimat pendant plus de quelques minutes.

Mais le revoilà au sommet du classement. D’abord parce qu’il s’est moqué de l’accusatrice de Kavanaugh… et ensuite parce que Forbes a révélé au monde que Le Donald n’est de loin pas aussi riche qu’il l’avait affirmé…

Dans Business Insider :

« Le président Donald Trump a chuté de 138 places sur la liste Forbes des personnes les plus riches des Etats-Unis. Depuis que Trump a lancé sa campagne présidentielle en 2015, son patrimoine net a rétréci d’environ 1,4 Md$, selon Forbes. Il était estimé à 4,5 Mds$ en 2015. Ces deux dernières années, ce chiffre est arrivé aux environs de 3,1 Mds$, selon la publication ».

Dans le même temps, le New York Times a publié un article majeur montrant que la richesse de Trump — quelle qu’elle soit — provenait principalement de son père et des bidouillages fiscaux de sa famille.

Mais — à la Chronique, en tout cas –, 3,1 Mds$, ça fait encore beaucoup d’argent. Et Donald J. Trump reste l’Homme du Moment.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur sa dernière réussite en date — la nouvelle version de l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain — et nous rendons à César ce qui appartient à César.

M. Trump aboie plus fort qu’il ne mord

Ce serait grâce au nouvel accord commercial que le Dow Jones a pu grimper de 400 points entre mardi et mercredi. Les investisseurs ont été soulagés — une fois encore — de constater que M. Trump aboie plus fort qu’il ne mord.

A court terme, le Canada, le Mexique et les Etats-Unis peuvent continuer leurs échanges à peu près comme avant ; le nouvel accord n’a fait qu’ergoter et pinailler sur l’ancienne version. Ses effets sur le déficit commercial américain seront d’approximativement zéro. Trump envisage toute l’existence comme un combat du genre « eux contre nous ». Tout ce qui compte, c’est « gagner ». Et pour gagner, pense-t-il, il faut grogner comme un doberman hargneux jusqu’à ce qu’on vous jette un bout de viande.

Dans le cas de l’accord commercial canadien, M. Trump a insulté le Premier ministre du pays, Justin Trudeau — disant qu’il était faible — et a annoncé qu’il n’aimait pas non plus la négociatrice commerciale en chef du Canada, Chrystia Freeland.

Il a ensuite menacé de bloquer les importations sur le marché US d’automobiles fabriquées au Canada. Cela aurait été désastreux pour tout le monde ou presque, puisque les automobiles sont faites par des entreprises canadiennes et américaines qui coopèrent, échangeant des pièces détachées par-delà les Grands Lacs.

Interdire les importations de voitures fabriquées au Canada mettrait au chômage des gens des deux côtés de la frontière et augmenterait les prix pour tout le monde.

Les négociateurs des deux côtés ne sont pas nés de la dernière pluie, cependant. Ils savaient qu’un effondrement du commerce entre les USA et le Canada ne serait pas seulement mauvais pour les consommateurs et le public… ce serait également mauvais pour eux — les initiés, les compères et l’élite du Deep State.

Donc dès que l’attention de M. Trump s’est tournée vers un autre combat, ils se sont remis au travail et ont trouvé un accord acceptable pour eux tous.

Or — surprise — cela ressemblait beaucoup à l’accord que M. Trump a autrefois appelé « le pire accord commercial de l’Histoire » : l’ALENA.

Au moins M. Trump a-t-il obtenu quelques bouchées. L’accord a un nouveau nom, pour commencer : USMCA (accord USA-Mexique-Canada). Et Trump a pu crier victoire sur ces affreux Canadiens.

Il a aussi eu du fromage ; le Canada a assoupli ses barrières douanières sur les produits laitiers. Les fromagers américains auront désormais accès à 0,24% (soit environ un quart de pourcent) de marché canadien en plus.

Le Marigot et ses accords

« C’est un accord incroyable pour beaucoup de gens », a dit Trump.

Le principal vainqueur, toutefois, c’est le Marigot. Les autorités auraient simplement pu dire que le commerce avec le Canada ne les regardait pas… et que les négociants pouvaient parfaitement régler tout cela entre eux.

Il n’y a pas d’accords commerciaux négociés par des compères entre New York et le Vermont. Ils ne sont pas nécessaires non plus entre les Etats-Unis et le Canada. Mais sans eux, le marigot de lobbyistes, de profiteurs et d’arnaqueurs y perdrait.

Nous avions prédit que la guerre commerciale prendrait cette tournure. M. Trump montrerait les dents. Il menacerait. Il aboierait. Mais en fin de compte, avons-nous prédit, il remuerait la queue et se coucherait.

Parce que les principaux perdants d’une guerre commerciale seraient ceux qui ont le plus profité du commerce mondialisé qui l’a précédé — c’est-à-dire les initiés du Deep State et leurs amis compères.

L’USMCA fait plus de 1 000 pages. Chaque produit qu’il contient a des producteurs et des distributeurs — dont chacun a à cœur de défendre ses propres intérêts.

Les compères se sont donc mis au travail… et des accords ont été passés de droite et de gauche. L’industrie pharmaceutique, par exemple, a réussi à obtenir une clause donnant aux fabricants deux années supplémentaires pour tirer un maximum de profits de leurs médicaments brevetés avant que les Canadiens ne puissent en vendre une version générique.

Autre illustration : dans le cas des taxes sur l’aluminium et l’acier, les autorités ont ouvert la porte aux « exemptions », et ont reçu 1 325 demandes. Chacune d’entre elles est bien entendu l’œuvre d’un lobbyiste. Et chacune d’entre elles vient avec de juteux pots-de-vin — un emploi, un contrat de consultant, un discours devant l’Association nationale des fabricants de robinets pour un paiement de 50 000 $.

Des accords sont passés… et le Marigot s’approfondit.

Plus important encore, aujourd’hui, tout l’édifice de la richesse américaine — y compris ce qui reste de la fortune de Donald Trump — dépend de l’argent factice, prêté à des taux factices, qui clapote un peu partout sur la planète.

Cet argent factice — 19 000 Mds$ ont été ajoutés à la masse monétaire mondiale ces 30 dernières années — a financé les usines en Chine… a multiplié le marché boursier par 10… et (avec plus d’une dizaine de renflouages de la part de son père) a aidé le président américain à se dépêtrer de ses accords perdants.

Parallèlement, le commerce avec la Chine, l’Inde et l’Asie du sud-est a fait baisser les prix à la consommation.

Perturbez le commerce, et c’est tout l’édifice qui s’effondre.

[NDLR : Il se peut que les conséquences soient plus graves — et plus rapides — que le pensent la plupart des spécialistes. Continuez votre lecture pour découvrir le danger qui pourrait faire basculer les Etats-Unis dans la catastrophe.]

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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3 commentaires pour “Le vrai vainqueur du nouvel accord commercial de Trump”

  1. Et vous n’avez rien vu.

    Trump, en 2 ans, a déjà fait plus que tout les présidents US depuis G. Washington il y a 229 ans.
    Il lui reste encore 2 ans pour mettre les US en orbite pour 50 ans.

    Un peu comme cette fusée rouge et bleu, couleurs de l’Amérique.
    C’est beau, j’en ai la larme à l’œil :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_des_%C3%89tats-Unis#/media/File:Total_US_Federal_Debt_by_President_(1940_to_2015).png

  2. Djamel : ouf vous m’avez fait peur j’ai cru que vous étiez sérieux 🙂 (mais après j’ai ouvert le lien…)

  3.  » Dans le même temps, le New York Times a publié un article majeur montrant que la richesse de Trump — quelle qu’elle soit — provenait principalement de son père et des bidouillages fiscaux de sa famille.  »

    En même temps s’il fallait prendre au pied de la lettre tout ce que recompte le NYT…le père de Trump lui a laissé 400 millions de dollars et Trump était déjà riche bien avant. Certes il a eu de l’aide de son père (comme beaucoup d’autres gens), mais au final il a amassé une fortune bien supérieure. Concernant l’optimisation fiscale, il n’y a pas beaucoup d’hommes fortunés qui n’y ont pas recours (ou même peu fortunés).

     » Les investisseurs ont été soulagés — une fois encore — de constater que M. Trump aboie plus fort qu’il ne mord.  »

    C’est une forme de négociation. Quand on traite avec les états (ainsi que certains individus hélas), il faut « aboyer ». Il est en effet regrettable que Trump, voyant arriver les mid terms, ait cédé sans avoir réussi à imposer au gouvernement canadien de mettre fin à ses politiques protectionnistes défavorables aux producteurs américains et aux consommateurs canadiens.

    Le nouvel accord n’est en effet en rien un progrès, ce n’est pas du libre échange, c’est une montagne de réglementations.

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