Toujours plus de victimes des guerres commerciales | La Chronique Agora


Toujours plus de victimes des guerres commerciales

Rédigé le 1 juin 2018 par | Guerre Commerciale Imprimer

La guerre commerciale déclenchée par Trump provoquera une nouvelle crise. L’Italie et le Royaume-Uni devraient faire partie des pays les plus touchés, comme en 2008.

L’amour propre de l’Union européenne est la dernière victime de la guerre commerciale menée par Donald Trump. Mais ce n’est pas la seule victime récente.

Les pressions en faveur d’un commerce « équitable » soulèvent toutes sortes de problèmes dans le monde. Ces problèmes semblent sans rapport à l’origine mais je vais vous montrer comment les dominos sont alignés et où ils mènent.

Récemment, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a donné une immense victoire au président Trump et à Boeing aux dépens de l’UE et d’Airbus. Elle a en effet estimé que les subventions de l’UE et des Etats-membres de l’UE à leur avionneur étaient illégales.

Le différend remontant à 2004, les pertes et prétentions de Boeing représentent donc des sommes énormes – environ 22 Mds$ selon Boeing.

La solution de l’OMC au problème des pratiques commerciales déloyales ? Des pratiques commerciales encore plus déloyales. Les Etats-Unis peuvent à présent exiger des mesures de rétorsion. Celles estimées pour Boeing correspondront aux « plus importants jamais autorisés par l’OMC. »

Je ne sais pas quel imbécile a eu l’idée d’autoriser la rétorsion dans une guerre commerciale au lieu de résoudre le problème sous-jacent et d’établir la compensation.

Imaginez que le principe de rétorsion au lieu d’une compensation soit valide dans d’autres tribunaux : le tribunal des affaires familiales… celui des crimes de guerre… celui des accidents de la route… « Nous décidons que l’auteur du méfait peut continuer à mal se conduire, tant que ses victimes peuvent lui rendre la pareille. »

Plus embarrassant encore, le tribunal de l’OMC a statué que l’UE n’avait pas respecté les règles établies en 2011. C’est là une justification spectaculaire des affirmations de Trump. Une fois encore, le droit est pour lui.

Robert Lighthizer, le représentant au commerce de Trump, a rapidement profité de l’avantage :

« Ce rapport confirme une fois pour toutes que l’UE ne respecte pas depuis longtemps les règles. Pire, les subventions des gouvernements européens représentent un manque à gagner pour l’industrie aéronautique américaine de dizaines de milliards de dollars. »

Trump possède à présent une preuve du « commerce déloyal » qu’il dénonce. Autant dire qu’il ne va certainement pas s’arrêter en si bon chemin. [NDLR : La guerre commerciale comporte un front dont on parle peu : celui de la propriété intellectuelle. Découvrez ici « le plus gros transfert de richesse de l‘histoire » selon Forbes, et une opportunité extraordinaire pour en profiter.]

Mais il n’a pas encore complètement saisi les sinistres conséquences de son succès…

L’effondrement des marchés émergents

Il y a quelques semaines, nous avons assisté à l’effondrement des marchés émergents à travers le monde et j’ai expliqué en quoi la politique commerciale américaine en est la cause sous-jacente. Le resserrement de la politique monétaire de la Fed fait monter le dollar et augmente les taux d’intérêts. Ces derniers jours, le rendement du bon du Trésor américain a atteint son plus haut niveau depuis sept ans.

Le déficit commercial américain augmente le nombre de dollars qui circulent dans le monde ; si ce déficit se réduit, le nombre de dollars diminue, ce qui augmente la valeur du dollar. C’est ce qui a lieu en ce moment avec la guerre commerciale menée par Trump.

Un dollar plus fort et des taux d’intérêts plus élevés aux Etats-Unis sont difficiles à encaisser par beaucoup d’entreprises et de gouvernements de marchés émergents, qui ont emprunté en dollars et qui tombent comme des mouches.

Les 24 monnaies des marchés émergents suivies par Bloomberg souffrent. La lire turque a battu un nouveau record à la baisse après les déclarations du président Recep Tayyip Erdogan de peser davantage sur la politique monétaire s’il est réélu le mois prochain. Le peso argentin a atteint un nouveau plancher après que le pays a appelé au secours le Fonds monétaire international. La dette et les positions monétaires du Brésil et de l’Afrique du Sud se détériorent à toute vitesse.

Il y a deux semaines, Bloomberg a déclaré que le problème était incontrôlable :

« Ebranlés, les marchés émergents disent aux banquiers centraux : ‘Maintenant, c’est à vous de jouer.’

Le président de la Fed Jerome Powell a expliqué en retour que peu lui chaut :

« Il y a de bonnes raisons de penser que la normalisation des politiques monétaires dans les pays développés devrait continuer à être gérable pour les émergents, » et « les marchés ne devraient pas être surpris par nos actions si l’économie évolue conformément à nos attentes. »

Quels sont les pays en première ligne ?

Les pays AIG : Italie et Royaume-Uni

Vous vous souvenez peut-être de l’assureur AIG qui avait été la première victime de la crise du crédit subprime. Quelle serait cette fois-ci la première victime ?

La réponse est étonnamment simple. L’économiste Michael Roberts l’explique sur son blog en 2014 :

« Quelle grande économie a le plus mal performé depuis 2007 ?

D’abord l’Italie, neuvième économie mondiale. Le PIB réel de l’Italie au troisième trimestre 2013 était environ 9% en dessous de son niveau fin 2007. En second, le Royaume-Uni, aujourd’hui en baisse de 1,3% (T4 2013). Mais quel est le pays dont les travailleurs ont le plus souffert en termes de perte de revenus et d’emplois depuis 2007 ? La palme va au Royaume-Uni, sixième économie mondiale, avec une perte cumulée de plus de 7%.

Les données comparatives montrent que le PIB réel du RU a subi le second plus important ralentissement parmi les économies du G7 au cours de la crise économique de 2008-2009. A la suite du choc financier mondial, le PIB du RU a chuté de 7,2% entre le T1 2008 et le T2 2009. Ce fut la seconde plus importante chute vertigineuse parmi les économies du G7. C’est plus que la chute du PIB moyen des économies du G7 et plus que celle de l’Union européenne.« 

2007-2014 Une chute vertigineuse

« A mon avis, cela confirme les prévisions que j’avais faites en 2005 : j’affirmais que si le capitalisme mondial traversait une crise, le RU souffrirait plus que la plupart des autres pays. Pourquoi ? Parce que, plus que tous les autres, c’est une économie de rentes c’est-à-dire que sa prospérité dépend de son importance en tant que centre financier mondial d’où il peut extraire des rentes, des intérêts et des dividendes de l’excédent de valeur créé par d’autres économies. Lors du krach financier mondial, les économies de ce type avaient plus de probabilités d’être plus durement touchées que celles ayant une base plus productive.

La chute du PIB réel a été encore plus forte au Japon, qui n’est pas une économie de rentes comme le RU. Pourquoi ? Parce que le Japon, de toutes les grandes économies capitalistes du G7, dépend du commerce mondial, qui s’est littéralement effondré en 2009. L’Allemagne, autre grande économie commerciale, a également subi une forte chute mais pas autant que le RU. Les Etats-Unis, qui ont une composante commerciale relativement faible dans leur PIB et qui ne sont pas aussi dépendants de leur secteur de services financiers ont connu une chute moins rude – même si c’est de là qu’est parti le krach financier mondial.

Dans la période de reprise économique qui a suivi la récession, la croissance du RU a été plus lente que celles des autres grandes économies. La croissance moyenne au RU a également été légèrement plus lente que celle de l’ensemble des pays de l’OCDE. Seule l’Italie a fait pire. En effet, l’Italie n’a fait que stagner au niveau qu’elle avait atteint lors de la récession mondiale. Elle est clairement la plus faible des 10 premières économies capitalistes au monde. »

On peut effectivement comparer le Royaume-Uni à l’American International Group (AIG) en 2008 et 2009. A l’époque, AIG était un intermédiaire et un décideur de marché majeur dans une longue liste d’instruments financiers.

Le problème est que vous prenez alors indirectement en charge les positions de vos contreparties si elles ne peuvent pas payer. Même si vous équilibrez vos comptes afin que toutes les transactions de vos clients correspondent à celles d’autres clients qui parient de manière opposée, si certains clients font défaut, alors vous vous retrouvez à payer les pots cassés de leur transaction opposée : vous devez rembourser ce que le client en défaut ne peut pas payer.

Le fait est que le destin des Britanniques est étroitement lié à la santé des marchés financiers. Ce qui signifie que la prochaine crise financière les frappera avec une violence particulière.

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Nick Hubble
Nick Hubble

Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd’hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que « The Daily Reckoning Australia » et « The Money Life Letter« .

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