Découvrez notre « Indice de la Ruine »…

Rédigé le 24 mai 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Aujourd’hui, nous examinons ce qui se passe au Venezuela – pour nous distraire aussi bien que pour nous instruire.

Comme le savent les lecteurs de longue date de La Chronique Agora, nous sommes fin connaisseur, en matière de désastres financiers. Le Venezuela de 2017 nous semble un cru particulièrement savoureux.

Avant d’y venir, cependant, nous aimerions vous présenter notre « Indice de la Ruine ».

L’idée est la suivante : tenter de mesurer la tension qui règne dans le système… pour avoir une meilleure idée du moment où l’élastique va claquer.

Notre service de recherches, dirigé par Nick Rokke, a examiné 11 indicateurs américains qui, une fois agrégés, ont coïncidé avec les deux derniers grands chocs de 2000 et 2008 :

Croissance des prêts bancaires Baisse des notes de crédit Prix des junk bonds Valorisations boursières Solde débiteur des comptes sur marge (achat d’actions financés par l’emprunt) Sentiment des investisseurs (indicateur « contrarien », l’optimisme généralisé étant plutôt mauvais signe) Sentiment des industriels Fret ferroviaire Emplois non-agricoles Ratio dette/revenus disponibles des ménages Permis de construire trimestriels

Nous avons été surpris par le résultat. Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessous, en dépit de la morosité qui règne dans nos colonnes, notre indice montre que nous ne sommes pas encore dans la zone de danger.

Indice de la Ruine contre S&P 500

En éradiquant les rats on tue les pigeons

Mais venons-en à une économie où la ruine est déjà bien avancée… et s’aggrave de jour en jour : le Venezuela.

Les actions ont des conséquences. En matière de politique nationale, il est impossible de prédire les conséquences. Il y a trop d’illusions et trop de fumée.

Prenons une politique visant à éradiquer les rats dans une ville. Son véritable objectif est de récompenser un gros donateur de campagne possédant une société de dératisation. Elle finit par tuer des pigeons.

Souvent, des politiques ayant des objectifs clairs et évidents finissent par produire des résultats entièrement en porte-à-faux avec les desseins déclarés.

La Prohibition, par exemple, a augmenté le nombre d’alcooliques. La Guerre contre la Drogue a arrondi les profits des dealers.

La Guerre contre la Terreur a probablement poussé un million de musulmans parfaitement raisonnables et sensés à souhaiter faire exploser tout ce qui porte le drapeau américain.

Le plus souvent, ces résultats ne sont pas vraiment surprenants. Cherchez plus attentivement et vous trouverez souvent, cachée derrière les promesses… une entreprise de dératisation ! [NDLR : Post-vérité, écrans de fumée, fake news… Pour y voir plus clair dans les manipulations politiciennes, découvrez sans attendre le livre exclusif de Philippe Béchade – un exemplaire gratuit vous est déjà réservé : pour le recevoir, cliquez ici.]

La presse nous apprend par exemple que les fabricants d’armes américains sont sur le point de toucher un jackpot de 110 Mds$. Le président Trump a annoncé un accord d’armement avec les Saoudiens – le plus gros de l’histoire.

Les Vénézuéliens en colère

Quand bien même les conséquences exactes des politiques publiques sont obscures, les schémas sont familiers. Comme nous l’avons déjà observé, les accords gagnant-perdant réduisent toujours la satisfaction humaine totale.

Les accords gagnant-perdant – à moins d’être imposés par des criminels de bas étage ou par les brutes du quartier – demandent généralement au gouvernement d’insister. Sinon, personne ne se mettrait du côté perdant.

De sorte que plus il y a de gouvernement… plus il se montre actif, ambitieux et autoritaire… plus les accords gagnant-perdant diminuent la somme du bonheur humain.

Il y a un mois, jusqu’à un million de ces personnes déçues ont manifesté contre le gouvernement de Nicolas Maduron au Venezuela. C’était « la Mère de toutes les Manifestations », a-t-on dit.

De quoi se plaignaient-ils ?

L’inflation atteint environ 700% par mois. L’an dernier, le PIB a plongé de 19%. Les aliments de base – haricots, riz, pain – disparaissent. Les familles traversent la frontière de la Colombie pour acheter du papier toilette.

Les hôpitaux n’ont pas de médicaments, pas d’équipements, pas même de gants ou de désinfectant. Parfois, ils n’ont même pas l’électricité. Les morts parmi les bébés prématurés ont augmenté de 10 000% au cours des cinq dernières années.

Comment un pays s’est-il mis dans un tel pétrin ?

Gagnant-perdant malgré la manne pétrolière

En un sens, le Venezuela a été victime de sa propre chance… puis de ses propres mauvaises décisions.

La chance s’est produite en 1914, avec le forage du premier champ de pétrole. L’argent a suivi. Dans les années 1950, avec un gouvernement largement favorable au libre-échange, le Venezuela avait grimpé à la quatrième place des pays les plus riches au monde en termes de PIB per capita.

Aujourd’hui, le pays possède les réserves pétrolières prouvées les plus importantes au monde – 297 milliards de barils d’or noir, comparé aux 267 milliards de l’Arabie Saoudite.

Mais la chance vous permet de prendre de mauvaises décisions. Alors que la richesse pétrolière abondait, Hugo Chávez – qui se décrivait comme trotskiste deux jours avant sa prise de pouvoir en 2007 – put imposer des accords gagnant-perdant à toute l’économie.

Des secteurs-clé furent nationalisés. Des contrôles de prix furent mis en place. La richesse fut redistribuée. Les accords gagnant-perdant peuvent redistribuer la richesse, mais seulement dans la mesure où des accords gagnant-gagnant en créent. Supprimez les accords gagnant-gagnant, et la richesse ne tarde pas à se tarir… comme elle l’a fait à Cuba et en Union Soviétique.

A présent, les coffres sont quasi-vides au Venezuela aussi.

Comment quelques uns exploitent la majorité

Peu importe comment on appelle ça – le gouvernement est toujours un moyen pour que quelques-uns exploitent la majorité.

Ces quelques-uns utilisent toutes les ressources à leur disposition pour maintenir l’escroquerie, en se concentrant notamment sur la manipulation des foules crédules.

Le citoyen moyen a rarement une idée de ce qui se passe… et guère de curiosité pour le sujet. Tant qu’il obtient son prêt pour une nouvelle voiture et qu’un champion promet de frapper ses ennemis, la personne lambda est prête à accepter à peu près n’importe quoi.

Sauf que l’industrie automobile du Venezuela a été détruite. Et il n’y a pas de crédit disponible. Il y a donc peu de voitures neuves dans les rues et une bonne partie du public s’est retournée contre le gouvernement.

Bien entendu, les politiques qui ont détruit le Venezuela ont enthousiasmé les économistes et les politiciens américains – qui avaient hâte d’imposer leurs propres accords gagnant-perdant.

En 2007, le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a loué les « politiques positives » du gouvernement Chávez en matière de santé et d’éducation.

Et en 2011, Bernie Sanders a écrit :

« Ces temps-ci, le rêve américain a plus de chances de se réaliser en Amérique du Sud, dans des endroits comme l’Equateur, le Venezuela et l’Argentine, où les salaires sont en fait plus égaux aujourd’hui que dans le pays d’Horatio Alger. Qui est la république bananière, à présent ? »

Sanders n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait vraiment au Venezuela. Mais il avait raison sur ce qui se passait aux Etats-Unis : le pays était vraiment en train de devenir une république bananière.

Mais sans bananes. Ni république.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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