Trump en guerre contre la Fed

Rédigé le 27 août 2018 par | Guerre Commerciale Imprimer

La « guerre commerciale » déséquilibre l’économie qui consiste pour les Etats-Unis à exporter tous les ans 800 milliards de dollars de dette en échange de biens fabriqués en Chine.

La semaine dernière, nous nous préparions à une catastrophe ferroviaire : ce qui arrive lorsque les fantasmes sordides de la politique entrent en collision avec les illusions tapageuses de la finance.

Tout le monde voit l’accident arriver. Personne ne peut rien y faire.

Aujourd’hui, nous nous installons confortablement et sortons le pop-corn.

Donald Trump est en porte-à-faux avec « les élites » – qui se composent visiblement, pour autant que nous puissions en juger, de quiconque peut marcher sur deux jambes et construire une phrase avec sujet-verbe-complément.

Trump considère que les élites veulent sa peau… et affirme qu’elles tentent de l’empêcher de « faire passer l’Amérique d’abord ».

Le vrai conflit – du moins de notre point de vue – oppose en fait deux factions du Deep State. Aucune des deux n’a vraiment de raisons de se plaindre.

Donald Trump a augmenté les dépenses militaires de 52 milliards de dollars ; il a accordé aux élites des réductions d’impôts considérables ; il n’a rien fait pour « assainir le marigot » ni menacer la puissance ou les privilèges du Deep State.

Au contraire : il étend ses pouvoirs grâce à de nouvelles initiatives (comme la guerre commerciale) qui représentent pour le chef de l’exécutif autant d’opportunités de faire n’importe quoi.

Vulgaire, peu fiable et embarrassant… donc bon pour la casse

Pourtant, les élites du Deep State sont déterminées à le faire tomber. Trump est considéré comme vulgaire, peu fiable et embarrassant.

Même s’il ne met pas vraiment en danger le Deep State, Trump en bouleverse les priorités et attaque régulièrement les institutions et les préjugés de son aile progressiste et mondialiste.

Voici un exemple tiré de Politico :

« Le Bureau du budget de la Maison Blanche pense avoir trouvé le moyen d’annuler environ 3 milliards de dollars d’aide étrangère sans passer par l’approbation du Congrès, selon un aide républicain ayant eu connaissance du plan.

Grâce à une obscure règle budgétaire, les membres de l’administration prévoient de geler des milliards de dollars dans le budget d’aide internationale du Département d’Etat – juste assez longtemps pour que les fonds expirent. Le plan actuel concerne environ 3 milliards de dollars, mais les autorités auraient envisagé jusqu’à 5 milliards de dollars ».

Ce ne sont pas de grosses sommes, en termes relatifs – mais elles sont symboliquement inacceptables pour l’élite de la politique étrangère. Et donc, comme une meute de chiens toujours à ses trousses… et jouant le rôle pour lequel Trump les a préparés… ses « ennemis » enquêtent, sondent et accusent.

Sexe, mensonges et vidéo mais une base électorale toujours fidèle

Depuis des prostituées russes urinant sur le futur président des Etats-Unis… jusqu’à la société Trump grugeant ses créanciers… et utilisant des immigrés en situation illégale comme main-d’oeuvre bon marché – tous les détails salaces sont exposés en plein jour.

Est-il vraiment à peine capable d’écrire… un crétin fini ? Vient-il juste d’admettre avoir violé une loi fédérale ? Jour après jour, les journalistes dévoilent les dernières horreurs en date, espérant faire enfin basculer l’opinion publique contre Donald Trump.

Mais sa base lui reste fidèle. Ils savent qu’on les a roulés. Et ils savent que ce n’est pas Le Donald qui en est coupable.

Trump n’est peut-être pas enfant de choeur ou diplômé avec mention très bien, mais il est leur héros. Il est leur sauveur. Ils dorment mieux la nuit en sachant que « l’un d’entre eux » est à la Maison Blanche… et ils sont convaincus qu’il pourrait « rendre sa grandeur à l’Amérique »… si on voulait bien le laisser faire.

Et le train continue donc son chemin…

L’erreur de la guerre commerciale

En attendant, des analystes sérieux de tous bords tombent d’accord pour dire que la guerre commerciale est une erreur. Mais il est utile de faire croire aux gens qu’ils peuvent gagner en faisant perdre les Chinois/Mexicains/Canadiens/Européens. [NDLR : Et si vous en sortiez gagnant, pour une fois ? Cliquez ici pour transformer cette guerre commerciale en gains pour vous.]

Le Donald leur dit qu’ils « perdent » plus de 800 Mds par an en déficits commerciaux. Il dit qu’il peut renverser la vapeur… simplement en taxant les importations.

Si les Chinois ou les Allemands veulent vendre des choses aux Américains, raisonne-t-il, ils peuvent bien payer pour ce privilège, que diable !

Problème résolu.

Evidemment, ce n’est pas comme ça que ça marche. Les Américains ne perdent pas au déficit commercial ; ils y gagnent.

Ils envoient 800 milliards de dollars d’argent bidon à l’étranger tous les ans… et ils obtiennent des voitures, des grille-pain, des couvertures et des téléphones portables en retour. Taxer ces marchandises ne fait qu’augmenter les prix pour les consommateurs américains.

Quant aux importations chinoises, les taxer menace l’édifice financier tout entier. La Fed a inondé la planète d’argent facile. Cela a fait grimper le niveau de dette dans le monde bien au-delà de sa norme historique.

L’économie réelle ne produit pas assez pour payer ces dettes – pas avec des taux d’intérêt normaux. Elles ne peuvent être prolongées – et encore, tout juste – qu’en continuant d’ajouter de plus en plus de crédit au système.

A présent, en toute ignorance, le « gars à taux d’intérêt bas » de la Maison Blanche menace le fragile équilibre qui maintient les taux d’intérêt au plus bas… et empêche 250 000 milliards de dollars de dette mondiale de s’effondrer.

Si les Chinois ne peuvent pas vendre à profit… ils ne peuvent pas non plus acheter de matières premières auprès d’économies du monde entier.

Et dans ce cas, personne ou presque – qu’il s’agisse des économies émergentes, des économies exportatrices ou des fournisseurs de matières premières – ne pourra rembourser ses dettes.

Voilà le plus intéressant : si la Chine tombe, les Etats-Unis aussi. Le commerce est symbiotique… complémentaire… donnant-donnant.

Les Etats-Unis ont acheté des choses avec de l’argent factice. Les Chinois ont utilisé cet argent pour construire une gigantesque économie menée par l’exportation. A présent, tout le monde est en surcapacité et surendetté. Lorsque l’argent factice cessera de circuler, tout explosera.

C’est là un danger si clair et imminent que nous nous attendions à ce que le président recule. Nous pensions qu’une éminence grise du Deep State lui « en toucherait un mot ». Mais visiblement non…

Tempête de tweets

Cela nous amène à la Fed. Elle doit augmenter ses taux pour être en mesure de les réduire fortement (Erreur n°3) lorsque la prochaine crise se produira… mais le président prépare déjà une tempête de tweets contre la normalisation de la politique de taux.

Le Donald n’a pas compris que la Fed est normalement de mèche avec le parti au pouvoir (peut-être que personne n’a voulu le lui expliquer).

Il a encouragé la Fed à commettre l’Erreur n°1 (laisser les taux trop bas pendant trop longtemps) en 2017 alors qu’elle aurait dû passer à l’Erreur n°2 (augmenter les taux pour provoquer une crise… lorsqu’elle pouvait encore être attribuée à Obama).

A présent, une crise l’attend toujours… alors que la Fed n’a que peu de marge de manoeuvre.

Pire encore, Trump a répandu des fake news indiquant que l’économie est en pleine forme… de sorte que la Fed ne peut pas, de façon plausible, mettre fin à son programme de resserrement – cela reviendrait, dans les faits, à traiter le président un menteur.

Lorsque le krach se produira, cependant… rien de tout cela n’aura beaucoup d’importance.

Le Donald accusera la Fed. Il insistera pour qu’elle agisse immédiatement pour baisser les taux (Erreur n°3).

Mais la Fed est aussi légalement tenue de lutter contre l’inflation, qui est désormais plus élevée que le taux directeur.

Incapable de résister à la pression de Trump… et sans idée claire de ce qu’elle fait… nous prédisons que la Fed fera l’Erreur n°4 : elle luttera contre le ralentissement avec des taux profondément négatifs, promettant de s’occuper de l’inflation plus tard, pendant que l’administration creuse radicalement le déficit.

L’Erreur n°4 n’est pas neuve. Le Zimbabwe, le Venezuela, l’Argentine, le Brésil – tous en ont utilisé une version. Elle fait toujours plus de mal que de bien, mais elle est toujours passionnante. Distrayante. Vertigineuse.

Assurez-vous d’être en position d’en profiter : vendez vos actions et obligations. Déménagez à la campagne. Plantez un potager dans votre jardin.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “Trump en guerre contre la Fed”

  1.  » il a accordé aux élites des réductions d’impôts considérables  »

    En effet, si on définit les élites comme étant les familles de travailleurs de la classe moyenne avec des enfants (cf doublement de la déduction standards et de la déduction par enfant) et les entreprises TPE-PME-ETI nationales (les multinationales étant déjà en capacité de localiser leurs bénéfices là où ils sont le moins imposés).

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