Ce nouveau subprime annonce une récession imminente

Rédigé le 30 mars 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Dette Imprimer

Nous sommes arrivé à Buenos Aires aux alentours de 22 heures.

Nous n’avions pas dîné. Alors nous sommes sorti de l’hôtel et avons marché en espérant trouver un restaurant servant encore à dîner.

Le quartier de Palermo Soho était calme. Quelques personnes marchaient sur les trottoirs. Même les voitures bondissant sur les pavés faisaient peu de bruit.

Mais le temps était idéal : 21°C, à peu près… sous un ciel étoilé. Alors nous nous sommes assis à la terrasse d’un restaurant, au coin d’une rue, en nous estimant chanceux d’avoir trouvé un restaurant dont la cuisine était encore ouverte.

Il n’y avait que quelques personnes attablées. Nous pensions être arrivé juste avant la fin du service. Pourtant, peu à peu, des gens n’ont cessé d’arriver.

Ils s’asseyaient et commandaient des boissons, puis à dîner.

Le nombre de passants, ainsi que le niveau sonore, s’est également élevé à mesure que les gens arrivaient.

C’est alors que nous nous sommes rendu compte qu’il ne s’agissait pas de la fin du service, mais du commencement, seulement : nous étions à Buenos Aires !

Des crédits « à haut risque »

Mais revenons à nos moutons…

Hier, la journée a été bonne pour Wall Street. Les informations ont fait état de « données positives ».

Quant à nous, ce que nous voyons, ce sont des données négatives.

Prenons ce que Morgan Stanley appelle les crédits autos subprime, « à haut risque ». Ils représentent environ un tiers du marché des crédits autos à risque.

Les emprunteurs accusent un retard de remboursement sur la plupart des crédits autos à risque. Mais les emprunteurs « à haut risque », eux, décrochent plus vite.

Selon Bloomberg, la proportion de ces prêts s’est envolée depuis 2010.

Les défauts de paiement des entreprises montent en flèche. Au cours de ces trois derniers mois, les prêts bancaires ont diminué de plus de 5%, soit la contraction de « l’offre d’argent à crédit » la plus brutale depuis 2008.

Prêts automobiles détenus et titrisés

Prêts automobiles retards de paiement de 90 jours ou plus

Et là, il y a une histoire, comme on dit.

Notre système dépend du crédit au lieu de dépendre de l’argent réel. Au cours de ces 50 dernières années, à peu près, le volume de crédit est passé de 1 000 Mds$ à 66 000 Mds$.

Ce crédit a été la principale source de « croissance », pour l’économie… et de hausse des cours à Wall Street.

Rien ne peut rester figé, dans un tel système. Soit le volume des nouveaux crédits (dettes) augmente… soit les dettes anciennes expirent, ce qui réduit la masse monétaire et provoque un effondrement.

Le créditisme doit progresser de 2% par an

L’économiste Richard Duncan, qui surveille la « créditisation » de l’économie mondiale, a calculé qu’à moins d’enregistrer au minimum 2% de croissance du crédit, la récession est inévitable.

Duncan dit que le crédit a progressé de 2,6% l’an dernier, suffisamment pour éviter une récession. Cette année, dit-il, l’augmentation du crédit ne dépassera pas ce minimum de 2%, ce qui met l’économie en danger.

De notre côté, nous savons que les corrections se produisent — aussi bien sur le marché actions qu’au sein de l’économie. En revanche, nous ne savons pas quand elles se produisent.

Nous savons également qu’un cycle de resserrement (hausse des taux d’intérêt) semble toujours présager une correction.

Mais la Fed ne reviendra jamais volontairement au système des taux d’intérêt « normaux » déterminés par le marché.

Les initiés qui contrôlent le système dépendent de l’argent à crédit bon marché. Ils n’y renonceront pas volontairement. [NDLR : Plus de crédits bons marchés que les gens ne peuvent plus payer, c’est la fuite en avant du système monétaire. Malgré les premiers resserrements de la Fed, l’or et les mines d’or montent, signe de la faiblesse du dollar. Profitez de la nouvelle hausse de l’or avec un effet de levier qui ne doit rien au crédit. Tout est expliqué ici.]

Des secrets partagés

Nous avons un peu perdu le fil de notre récapitulatif.

Il s’agissait d’expliquer nos principaux concepts aux nouveaux lecteurs de La Chronique, en les récapitulant… et de leur révéler nos « secrets partagés ».

Par exemple, nous avons parlé de la façon dont le Deep State dirige le gouvernement. Les électeurs ne décident pas de l’orientation du pays : ce sont les initiés qui le font.

Cela explique pourquoi le gouvernement met en oeuvre tellement de choses qui n’aident pas la plupart des gens… et pourquoi il est si difficile de changer de façon majeure l’orientation du pays.

Vous devez connaître un autre concept important, qui explique comment on crée de la richesse réelle.

Il existe deux types de transactions. Il y a les accords gagnant-gagnant, où les deux parties concluent un pacte volontaire, en espérant en sortir gagnantes. Et il y a les accords gagnant-perdant, où l’une des parties force l’autre à participer à l’accord.

Dans un cas comme dans l’autre, nous ne savons jamais à l’avance quel sera le résultat. Nous ne pouvons prédire l’avenir. Mais nous pouvons savoir de quel type d’accord il s’agit. Et nous savons que seuls les accords gagnant-gagnant augmentent la richesse.

Toute valeur (le progrès… la richesse… la satisfaction) dépend de ce que souhaitent les gens. Et un accord gagnant-gagnant est la seule façon de découvrir ce que c’est.

Vous construisez une maison « clés en main ». Vous investissez 500 000 $ (y compris le coût de l’argent emprunté). Ensuite, l’Etat confisque la maison et vous donne 200 000 $ pour votre peine.

Combien vaut la maison ?

Vous l’ignorez. Vous ne le découvrirez que si quelqu’un veut bien l’acheter pour une somme donnée. Tout ce que vous saurez de cette transaction, c’est qu’il ne faudra jamais recommencer !

Si vous vendez la maison 600 000 $, vous savez que vous avez augmenté la richesse du monde de 100 000 $. La maison vaut 100 000 $ de plus que le temps et les ressources qui ont été consacrées à sa construction.

Si, d’un autre côté, les acheteurs potentiels n’apprécient pas la maison… et que vous êtes obligé de la vendre 400 000 $… vous savez que vous avez réduit la richesse du monde de 100 000 $.

Dans un cas comme dans l’autre, la transaction demeure un accord gagnant-gagnant. L’acheteur pense qu’il possède une maison qui vaut (du moins à ses yeux) 400 000$. Le vendeur (qui espérait la vendre plus cher) préfère toute de même récupérer de l’argent que conserver la maison.

La transaction est gagnante-gagnante pour l’économie, également : elle produit des informations précieuses et honnêtes.

Les accords gagnant-gagnant sont une condition sine qua non pour que l’économie fonctionne correctement. Ils sont la seule façon de savoir si vous avancez ou si vous reculez.

L’économie du quotidien produit des accords gagnant-gagnant.

Un homme veut du pain. Un autre veut 3 $ pour acheter du carburant. Un autre veut le conduire à la gare. Un autre est heureux de donner de son temps en échange de 25 $.

Mais le gouvernement ne produit que des accords gagnant-perdant. L’une des parties est contrainte de faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire. L’un gagne, l’autre perd.

Les guerres, par exemple, sont des accords gagnant-perdant par excellence.

Les accords gagnant-perdant déforment également le signal du prix, vital, qui permet à une économie de fonctionner correctement et de créer davantage de richesses.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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