Ce que la sortie de l’euro fera (et ne fera pas) pour vous

Rédigé le 20 avril 2017 par | Désinformation, Dette Imprimer

Je vous propose aujourd’hui d’aborder le sujet sur un mode plus pragmatique. En laissant de côté pour quelques minutes nos habitudes d’électeur, nous pouvons nous poser la question de manière ouverte : « serai-je gagnant ou perdant en cas de sortie rapide de l’euro ? »

Quelle est l’importance de l’euro dans notre économie ?

Cela fait une quinzaine d’années que nous avons cessé d’utiliser notre vénérable franc pour laisser place à l’euro. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les promesses d’embellissement économique n’ont pas eu lieu. Le taux de chômage est toujours proche des 10%, et l’augmentation de la richesse du pays, concentrée dans quelques mains, est imperceptible pour la grande majorité des citoyens.

Ce constat fait, il faut rappeler ce qu’est l’euro : une monnaie. Rien de plus, rien de moins.

Nombreux hommes et femmes politiques répètent à l’envi que la monnaie unique est notre seule planche de salut économique ou, au contraire, la source de tous nos maux.

Ces raccourcis simplistes sont, comme toujours, faux. L’économie est un art autant qu’une science, et les phénomènes en jeu sont complexes. Que l’on parle de durée légale du travail, de choix de la monnaie ou d’âge de la retraite, aucune variable prise individuellement n’est capable d’expliquer l’état global de la situation du pays. Les acteurs économiques (vous, moi, les entreprises et l’Etat) adaptent en permanence leur comportement en fonction des différents facteurs.

Jouer sur un seul paramètre fait généralement des gagnants et des perdants, avant que les choses ne trouvent un nouvel équilibre.

Après des mois de propagande électorale durant laquelle les certitudes des candidats ont été assénées en boucle, il leur est difficile d’admettre leur impuissance sur un sujet aussi important que l’argent que nous manipulons tous les jours…

Ce qu’aurait dû nous apprendre le pic inflationniste de 2008

Pour dissiper vos derniers doutes, je vous propose de nous remémorer le pic inflationniste du début 2008. Si nous sommes aujourd’hui toujours en train de nous dépêtrer de la crise des subprime, n’oublions pas qu’elle a débuté il y a près de 10 ans…

Le tableau était le suivant : pétrole à 100 $ le baril (il allait dépasser les 140 $ au mois de juillet), matières premières alimentaires en ébullition, économie réelle en train de caler et CAC 40 qui débutait son plongeon vers les 2 700 points.

Vous souvenez-vous de ce que nos brillants stratèges donnaient comme source de tous les maux ? L’euro, bien sûr, et son taux de change exorbitant de 1,6 pour 1 $.

La solution était simple, il suffisait que la BCE accepte de faire marcher la planche à billet pour envoyer l’euro au tapis, et tout serait réglé.
[NDLR : La Guerre des Devises, ainsi se dénomme cette curieuse lutte internationale pour affaiblir sa monnaie. Les violents mouvements de l’euro-dollar ou du yen-dollar sont les manifestations de cette guerre bizarre. Notre expert Jim Rickards a développé une stratégie exclusive pour réaliser des gains à partir des mouvements de cette Guerre des Devises. Découvrez ici son système IMPACT et ce qu’il peut vous rapporter.]

Quel dommage que l’inertie des traités européens empêchent nos brillants dirigeants d’appliquer leur formule magique. Une fois n’est pas coutume, les clivages politiques s’effaçaient face à cette évidence : un euro faible aurait pu nous sauver si la planche à billets avait pu être mise en marche… Sans l’Europe, on aurait vu ce qu’on aurait vu !

Les entreprises auraient enfin pu exporter ; notre balance commerciale serait revenue dans le vert ; les embauches auraient accéléré et le taux de chômage serait redescendu vers les mythiques 5%.

Ironie de l’Histoire, la BCE a renié son héritage germanique et a bel et bien fait tourner les rotatives pour inonder les marchés d’euros frais.

Le taux de change EUR/USD a connu un plongeon sans précédent :

EURO/USD depuis 2008

Nos dirigeants ont eu ce qu’ils n’attendaient pas : une impression monétaire digne d’un raz-de-marée et un euro dévalué de près de 40%.

Qu’est-il arrivé à notre PIB et notre taux de chômage ?

Rien.

chomage

Le chômage a continué à grimper durant ces années. Le revenu médian corrigé de l’inflation n’a quasiment pas bougé.

L’euro a perdu plus d’un tiers de sa valeur sans que notre économie ne s’améliore.

Même si l’économie est un art, il n’est pas interdit de l’aborder avec une grille de lecture cartésienne. Nous avons vu, depuis 2008, que baisser sensiblement la valeur de l’euro n’améliore pas la question du chômage et du pouvoir d’achat.

Tordons donc le cou une fois pour toute à cette idée simpliste qui consiste à dire que l’euro était « trop cher » et asphyxiait notre économie. Si cela avait été le cas, nous aurions observé un retour à l’emploi lors de la baisse de l’euro.

Cette corrélation entre la valeur de la monnaie unique et notre taux de chômage étant écartée, sur quels effets bien réels pouvons-nous baser notre réflexion ?

Monnaie forte ou monnaie faible, faites votre choix

Si nous voulons éviter les raccourcis que nous reprochons à nos hommes politiques, la rigueur de notre raisonnement nous limite aux faits dans la recherche d’effets, de causes, et de corrélations.

Nous pouvons cela dit nous autoriser cette tautologie : la seule chose que nous ayons constatée avec certitude lors de la baisse de l’euro est que la monnaie unique a perdu 40% de sa valeur depuis 2008.

Malgré cette baisse, l’euro est une monnaie qui résiste plutôt bien au temps qui passe par rapport à l’autre mastodonte : le dollar US. Lors de sa mise en circulation au 1er janvier 2002, il fallait 0,9 $ pour acheter 1 euro. Aujourd’hui, il en faut 1,06.

L’euro s’est donc légèrement apprécié face au billet vert sur la période (+17%).

A titre de comparaison, le nouveau franc français (FRF) avait connu de bien plus importantes fluctuations face au dollar. Les épisodes inflationnistes post-1968, lors du choc pétrolier de 1973 et les dévaluations dans le cadre du SME dans les années 1980 avaient érodé le pouvoir d’achat de la monnaie française de manière bien plus importante que l’euro depuis sa création.

Nous pouvons donc en conclure que la nouvelle monnaie française sera, quelle que soit son appellation, une monnaie moins forte que l’euro. Elle aura vocation à être rapidement dévaluée pour rééquilibrer les finances publiques. La baisse de cette nouvelle monnaie sera-t-elle de -15%, -30% ou -50% ?

Si le prochain gouvernement laisse un taux de change flottant entre cette monnaie et l’euro, nul ne peut prévoir exactement quelle valeur elle prendra. Le chiffre de -30% n’est qu’une hypothèse qui se base sur des ratios habituels, à prendre avec beaucoup de recul !

La seule chose certaine, c’est qu’une baisse de valeur de la monnaie légale n’a rien fait pour notre économie ces 10 dernières années. Il n’y a aucune raison que cela change dans les 10 années suivantes.

Quel effet pouvons-nous donc raisonnablement attendre en cas de sortie de l’euro ? Qui seront les gagnants et les perdants ?

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

5 commentaires pour “Ce que la sortie de l’euro fera (et ne fera pas) pour vous”

  1. L’économie serait un Art?! Il y a des Arts bien plus beaux et intéressants… Quand à dire que l’économie est une science, oui, mais tout sauf une science exacte, plutôt tournée vers l’hystérie, la schizophrénie et les bassesses de l’être humain et l’effet moutonnier. Je dirais mieux l’effet loup, car le loup en meute se comporte comme des moutons.

    Homo homini lupus est : locution latine signifiant « l’homme est un loup pour l’homme », autrement dit : « l’homme est le pire ennemi de son semblable, ou de sa propre espèce ».

  2. Moi ce que je vois sur vos graphiques :
    2009-2014 : baisse très faible de l’euro fasse au dollar : le chômage augmente.
    2014-2016 : baisse significative de l’euro fasse au dollar : le chômage baisse sensiblement.

    Après pour les conclusions : ça ne veut rien dire. Donc utiliser ces graphiques pour votre démonstration n’a rien de scientifique.

    Par contre j’ai une question.
    Si on sort de l’euro. L’euro risque de perdre de la valeur. Imaginons que le nouveau Franc ne perde pas de valeur et ne soit pas indexé sur l’euro, notre dette diminuera toute seule non ?

  3. Bonjour,

    L’euro n’est pas l’origine de tous nos maux ni la solution miracle, je suis tout à fait d’accord !!

    Mais il convient de préciser que la dévaluation d’une monnaie commune ou national n’a pas la même portée.
    La dévaluation de l’euro n’engendre qu’un gain de compétitivité prix pour le commerce extérieur extra zone euro (part minoritaire du commerce extérieur de la France et des pays de la zone euro en général).
    La dévaluation d’une monnaie nationale génère un gain de compétitivité prix sur tout le commerce extérieur n’ayant pas de monnaie a taux de change fixe avec la nôtre (pour la France hors zone CFA).
    La différence de l’assiette de gain de compétitivité prix entre les deux cas de dévaluation varie du simple au double.

    D’autres part, si le retour à une monnaie nationale risque de mener à une guerre des changes en Europe, il faut reconnaître que c’est la seul solution au problème des écart de compétitivité dans un contexte de taux de change fixe sans transferts.

    Le retour à une monnaie national résoudra plus de problèmes que ça en créera je pense.
    Et surtout enlèvera la possibilité au responsables politique de se dédouaner en disant « c’est pas moi c’est Bruxelles et la BCE ».

    Si le changement de monnaie reste moins important que ce que l’on en fait après en terme de politique économique et monétaire, il faut admettre que le passage au francs reste un préalable à tout changement.
    Après il faut laisser au temps la conclusion de cette histoire.

  4. Je ne trouve pas la démonstration bien convaincante.

    L’économie française est ouverte surtout sur l’Europe, or l’Euro, par construction, se déprécie ou s’apprécie de la même façon dans tous les pays européens. Il n’est donc pas étonnant que sa dépréciation ne change pas grand chose, ni à la balance commerciale ni à l’emploi.

    DM

  5. Je ne saurais apprécier à sa juste valeur l’aspect scientifique de la démonstration (même si lecture graphique permet d’appuyer l’écrit). Néanmoins, vis-à-vis du dilemme auquel je suis confrontée « sortie ou non de la monnaie euro », les articles économiques des chroniques Agora font sens et viennent, pour ma part, compléter le manque d’information évident (certainement à dessein) et pourtant cruciaux pour l’avenir du pays. Dans cette campagne les thèmes essentiels sont mis de côté.

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