Sortie de l’euro : seriez-vous gagnant ou perdant ?

Rédigé le 21 avril 2017 par | Libéralisme Imprimer

Nous avons tordu le cou à l’idée simpliste qui prétend que la dévaluation d’une monnaie a un effet positif sur le chômage.

Nous avons aussi vu que le franc 2017 serait probablement une monnaie faible – ce qui va dans le sens des pourfendeurs de l’euro pour qui sa force face aux autres monnaies est son principal problème.

Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’effet inflationniste qu’appellent de leurs voeux certains prétendants à l’Elysée.

Avec une monnaie dévaluée par rapport à l’euro, quelles seraient les conséquences au quotidien ?

Le coût direct d’un choc inflationniste

Vous souvenez-vous de la hausse des matières premières entre 2005 et 2008 ? Le prix du plein de carburant augmentait tous les mois. Celui des matières premières agricoles (farines, huile, céréales) avait plus que triplé en quelques mois.

Ces hausses n’étaient rien par rapport à celles qu’ont subi les personnes hors Zone euro. Nos prix, exprimés en euro, étaient adoucis par le niveau record de la monnaie unique. Là où nous, Européens, avons subi des prix qui doublent, les Américains ont vu les prix tripler. Les pays en développement qui n’avaient pas la chance d’avoir une monnaie arrimée au dollar ou à l’euro ont encore plus souffert.

Nous retrouverons ce type d’inflation des biens importés si la France cesse d’utiliser la monnaie unique. Le passage à une monnaie nationale faible augmentera immédiatement le prix de ces biens. Le choc sur le pouvoir d’achat sera immédiat, et durable.

Si, en prime, le futur gouvernement fait marcher la planche à billets, la nouvelle monnaie sera de plus en plus affaiblie – et les prix de vos courses augmenteront d’autant.

Difficile à croire ? L’inflation est pourtant déjà là

Après une dizaine d’année de taux zéro et d’inflation au plancher, il est facile de penser que les épisodes inflationnistes ne sont que des reliques des temps anciens pour les livres d’Histoire…

Pourtant, des signaux montrent que l’inflation revient en Europe. S’il ne fallait prendre qu’un exemple, prenons celui des produits électroniques. Depuis 30 ans, ils sont le prétexte parfait pour dire que notre pouvoir d’achat ne fait qu’augmenter. Un ordinateur personnel coûtait un an de salaire il y a une génération, un mois de salaire il y a 10 ans. Nos chers gouvernements et instituts de sondage ont donc pu proclamer que le coût de la vie était de moins en moins cher.

L’effet déflationniste de la high-tech a permis de gommer les augmentations de prix des denrées de base et du logement – en théorie bien sûr. En pratique, nous savons bien que les Français ne se sont pas enrichis depuis le début du XXIe siècle…

Figurez-vous que les prix de l’électronique repartent à la hausse depuis un an. Le coût des composants de base, des ordinateurs et des iPhones monte à un rythme soutenu. Cette fois-ci, les artifices comptables ne fonctionneront pas — même les indices officiels seront obligés de confirmer la réalité : les prix des biens augmentent.

Qui en bénéficiera ?

Les consommateurs seront donc les grands perdants de l’inflation à venir. Fait nouveau, elle concernera tous types de biens et non plus les seules matières premières agricoles et énergétiques.

Qui bénéficiera de la hausse du prix des biens ? Ceux qui vendent des biens pour acheter des services. Si vous avez connu les précédents épisodes d’inflation, vous savez que les salaires suivent avec retard les hausses de prix. Les salariés souffriront, tandis que les retraités, chômeurs et rentiers seront laminés.

Les gagnants (relatifs) seront donc les entreprises qui vendent des biens dont elles pourront augmenter les prix et non les salariés qui n’auront que peu de moyens de pression pour demander des augmentations.

En pratique, les entreprises ne feront pas fortune : la paupérisation de la clientèle limitera la marge de manoeuvre pour augmenter les prix. Les entreprises auront simultanément des coûts d’approvisionnement en hausse et une clientèle de moins en moins solvable.

Les secteurs les plus concurrentiels subiront une vague de faillites.

Les jeunes hyper-connectés et frontaliers pourront toutefois vendre à bas coût leurs services en Allemagne ou en Suisse… le modèle low-cost de l’Inde appliqué en France, en somme !

Et la dette ? Ne sera-t-elle pas effacée ?

Lorsque nous utilisions le franc, l’inflation avait pour vertu d’alléger les dettes. Ceux qui ont connu cette époque se souviennent d’une inflation douce pour les jeunes actifs et salariés endettés, qui efface les dettes et permet de rembourser en monnaie de singe.

C’est ce tableau qu’agitent les partisans d’une sortie de l’euro. Sans oser prononcer le mot inflation, ils utilisent l’euphémisme de la dévaluation, synonyme dans l’imaginaire collectif d’une dette effacée. Ceux qui rêvent d’un Jubilé après l’élection présidentielle devraient cependant ne pas oublier une différence de taille avec les années 1970-1980 : cette fois-ci, nous avons emprunté en euros et non en francs.

Que l’on parle de la dette publique, de nos emprunts immobiliers ou des crédits à la consommation, toutes les dettes conclues depuis 15 ans sont libellés dans la monnaie unique. Si la France fait cavalier seul et retourne au franc alors que l’euro existe encore, il n’y a aucune chance que les créanciers acceptent de convertir les dettes en nouveaux francs.

Cette fois-ci, l’inflation ne signera pas la victoire des emprunteurs sur les créditeurs, mais bien leur asphyxie économique. Au fur et à mesure de la dévaluation de la nouvelle monnaie nationale, la charge des emprunts (pour l’Etat comme pour les citoyens) augmentera jusqu’à l’insoutenable.

En cas de sortie de l’euro, nous endurerons donc tous les inconvénients d’un épisode inflationniste sans avoir l’avantage de l’effacement de dette.

Bilan : comment profiter d’une sortie de l’euro ?

Bien sûr, il y aura un gagnant derrière chaque perdant. Nous terminons cette analyse par quelques recommandations sur la stratégie qui sera, en terme de probabilités, la plus rentable en cas de sortie de l’euro pour un résident en France.

Encore une fois, nous ne pouvons pas prévoir la réaction de l’économie dans son ensemble, et toutes les situations individuelles sont uniques. Nous pouvons en revanche transposer les expériences de la Russie, du Venezuela, du Zimbabwe et de la Grèce et en tirer quelques projections qui ont l’avantage d’être issues de la réalité et non d’un programme électoral.

Salariés : Faites le gros dos. Traditionnellement, les salaires suivent l’inflation avec retard. Attendez-vous donc à une baisse de pouvoir d’achat.

Allocataires, rentiers, épargnants : Prévoyez des sources de revenu supplémentaires. Vos allocations et pensions risquent de rester immobiles face à l’envolée des prix. Votre assurance-vie risque de perdre toute sa valeur voire d’être irrécupérable si le gouvernement met en jeu les mécanismes de blocage votés ces derniers mois.
[NDLR : Comment adapter votre assurance-vie à un Frexit voire une dissolution de la Zone euro ? Comment la protéger ? Mory Doré et Simone Wapler vous indiquent la marche à suivre dans La Stratégie…]

Emprunteurs : Attention à vos emprunts en euros. La charge du remboursement risque d’être difficilement supportable à mesure que le franc sera déprécié.

Actionnaires : Les actions d’entreprises sont un rempart acceptable contre l’inflation. Ne vous précipitez pas pour autant après l’élection : les capitaux étrangers reflueront d’abord de France en cas de risque monétaire. Ce n’est qu’une fois que le Village gaulois ne pourra plus compter que sur ses propres épargnants qu’une hausse des actions françaises sera possible.

Prêteurs en euro : Si vous arrivez à prêter à des clients solvables (hors de France, donc) en euros, vous serez gagnant. Vous continuerez à vivre en francs tout en touchant vos remboursements en euros. Achetez de la dette allemande.

Entrepreneurs étrangers près des frontières : Vous serez les grands gagnants. Vous pourrez embaucher à bas prix des Français que vous rémunérerez en francs tout en réalisant votre chiffre d’affaires en euros. Vous profiterez d’une main-d’oeuvre haut-de-gamme à prix cassé.

Voilà ce que l’expérience des nations utilisant des monnaies faibles nous enseigne.

Comme vous le voyez, il y aura des gagnants et des perdants. Ayez-en conscience avant de déposer votre bulletin dans l’urne et de faire votre choix en connaissance de cause.

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

5 commentaires pour “Sortie de l’euro : seriez-vous gagnant ou perdant ?”

  1. Bonjour Monsieur,
    n’existe–t-il pas un principe de droit international appelé la « Lex Monetae » ?

  2. Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi ne parlez-vous pas de ce que ce principe implique dans le cas de la situation francaise dont la grande majorité de la dette a été émise en droit francais ? Voyez-vous, je suis entièrement d’accord avec ce qu’écrit Madame Simone Wapler, un pays mal géré reste un pays mal géré quelque soit la monnaie qu’il utilise. Je suis généralement d’accord avec les articles de Monsieur Bonner dont je viens d’acheter et de lire le dernier livre (Hormegeddon, un vrai régal soit dit en passant), mais vous, Monsieur, je vous trouve partial et cela ne vous grandit pas ni d’ailleurs le site qui héberge votre article.
    Cordialement.
    Thierry Dechambre.

  3. Sûrement à tort, j’imagine mal l’euro survivre sans la France.

  4. les Anglais savent ce que les français ne savent pas en matière monétaire.
    Un seul, en France avait maîtrisé cette technique et ce savoir faire , il a bien servit le général de Gaulle , il s’appelait Antoine Pinay. il a eu un élève nommé Giscard mais celui ci s’est pris les pieds dans le serpent monétaire et n’a pas été à la hauteur de son mentor.
    En fait une monnaie c’est très simple , c’ est un bien un dénominateur commun qui doit permettre de répartir qui doit permettre de repartir entre tous la capacité d’échange. La monnaie parfaite est celle qui se substitue à l’état de troc naturel de la société et qu’elle simplifie et favorise. pour que chacun participe et prospère. Dès qu’une monnaie devient la propriété d’un groupe social , d’une faction politique, truquant ainsi les règles de l’échange, on court au désastre.
    Les anglais savent que l’assignat est une des causes profondes de la révolution française. Il a signifié l’inégalité et les privilèges dans les échanges, les contrats; l’épargne. On ne peut pas imprimer une monnaie en choisissant ceux qui vont en être les bénéficiaires ou en voulant imposer un système ou une idéologie.
    La crise morale qui règne en France due au divorce avec les élites, qui ne dirigent plus dans la probité, mais le plus souvent se goinfrent, n’est que le reflet de ce déséquilibre.
    Une monnaie se doit d’être équitable et ceux qui jouent, à la corbeille avec des algorithmes de casinos devraient réfléchir au mécanisme de la guillotine qui a ramené, dans le sang hélas, tout le monde au bon sens. !
    Mais si certains veulent jouer cette carte ils pourront s’instruire d’un seul nom : Barrère de Vieuzac un drôle de notaire celui là, un sacré ignorant qui a mis son pays à feu et a sang. Mais un sacré malin qui au lieu de se faire raccourcir comme ses copains a fuit …..en Angleterre !

  5. Article et analyse erronée. Plus de 80% des créances détenues par l’état français le sont en droit français, donc elles seront automatiquement converties en francs. Les prêts des particuliers auprès des banques françaises suivront le même chemin et seront également converties en francs.
    Il faut arrêter de faire peur aux gens avec des mensonges grossiers.
    De plus, si la France quitte l’euro, elle sera probablement suivie à minima de l’Italie, ce sera la fin de l’eurozone telle que nous la connaissons…

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