Comptez-vous relancer le PIB avec vos funérailles ?

Rédigé le 10 novembre 2017 par | Bill Bonner, Richesse Imprimer

La mesure de l’activité économique globale paraît simple et évidente. Pourtant chacun peut avoir un point de vue différent.

« Je voulais me construire un petit pavillon de vacances ».

Nous étions en train de visiter un chantier. Un collègue construit une maison qui donne sur l’océan. Il semblerait que son plan d’origine ait pris le mors aux dents.

« Combien de fois aurai-je l’occasion de construire une maison de vacances au Nicaragua ? Je me suis donc dit… autant bien faire les choses. »

Les Sam’suffit sont chers. Surtout quand vous les construisez sur la côte du Pacifique : chaque chambre est avec vue… et chaque vue est spectaculaire.

Dans le cas de notre ami, son château est perché sur une falaise. Sur la droite, on aperçoit une paroi de pierre contre laquelle le ressac explose en gerbes de six mètres de haut. Plus loin se trouve une longue plage de sable qui s’étend jusqu’à des collines éloignées. Sur la gauche, le paysage est plus brut, plus sauvage, avec d’immenses rochers baignés par l’océan… et les falaises se succèdent tout le long de la côte. Un vrai casse-tête d’architecte : comment mettre au mieux ces points de vue en valeur ?

La nouvelle maison de notre ami dispose de cinq chambres, chacune avec vue plongeante sur la plage, et d’un salon plus spacieux que celui de la plupart des maisons de famille.

« Hé, même votre voiture jouit d’une vue à 1 M$ » avons-nous noté avec étonnement.

A Baltimore, où notre collègue passe 90% de son temps, il est économe et prudent. Ici, il se lâche.

Pourquoi ?

« C’est la maison de nos rêves. Lorsque j’essayais de limiter les coûts en réduisant la superficie, je montrais le résultat à ma femme et, compréhensive, elle me disait que c’était très bien. Mais ce n’était que ‘correct’… ce n’était pas une maison de rêve. Maintenant, c’est une maison de rêve. »

Notre ami a certainement relancé le PIB local de quelques points de pourcentage. Sur le site, il y avait au moins 50 ouvriers… martelant, sciant, gâchant le ciment, portant, conduisant les engins. Chacun devait probablement être reconnaissant d’avoir un travail et de recevoir une paye à la fin de la semaine.

S’il n’avait pas décidé de construire son palais sur la côte, il n’y aurait peut-être pas eu autant d’emplois dans les environs. Les habitants seraient allés pêcher, biner leur potager… ou vaquer à leurs occupations d’avant le boom de la construction.

Mais avec ce chantier, les ouvriers touchent de l’argent et le partagent avec leur famille, le dépensent à l’épicerie ou dans les débits de boisson, le donnent à la quête dans les églises…

S’il est travailleur, l’ouvrier journalier peut apprendre la maçonnerie ou la charpente, épargner un peu de son argent et l’utiliser pour s’acheter un camion et lancer ainsi sa propre entreprise de construction.

C’est ainsi qu’une économie réelle évolue. N’est-ce pas cela le progrès ?

Il y a plusieurs années, nous avons repéré un article dans le New York Times. Pour M. Tout-le-Monde, la lecture n’était que simple curiosité. Pour nous, c’était de l’or en barre.

Un homme de Chicago, d’une cinquantaine d’année, avait été diagnostiqué d’un cancer incurable. Il a décidé de terminer ses jours dans une petite maison de famille, sur une île grecque. Mourir là-bas était moins cher… et il pourrait vivre dans la maison de ses parents jusqu’à la funeste échéance.

Ayant du temps libre, il s’est mis au jardinage ; il a cultivé des légumes, du raisin, et a fabriqué son propre vin.

Les saisons passèrent. Il était toujours vivant. Il ne mourait pas. En fin de compte, il vécut encore 30 ans, travaillant dans son jardin, buvant son vin, se joignant à ses voisins pour manger, boire, chanter et danser.

Même si cette histoire a une fin heureuse pour les lecteurs du Times, les économistes pleurèrent toutes les larmes de leurs corps : pas de funérailles, pas de fleurs, pas de cercueil, pas de tombe, pas d’assurance-vie, pas de traitements médicaux, pas de médicaments, pas de visites médicales, pas de diagnostics, pas de planification successorale, pas d’héritage, pas d’avocat, pas de commissions, pas de nouvelle cuisine… la liste est longue.

Bref, pas de hausse du PIB.

Alors, cher lecteur, ne pensez-vous pas que c’était égoïste de la part de cet homme de priver l’économie d’un surplus de PIB ? C’est en tout cas notre avis. En ce qui nous concerne, lorsque notre heure viendra, nous n’avons pas l’intention de résister.

L’économie est déjà assez faible comme ça. [NDLR : l’économie est faible, mais certaines entreprises ont des clients, des marchés des bénéfices et cherchent à croître. Comment repérer ces entreprises avant les investisseurs ‘ordinaires’ et obtenir des plus-values bien supérieures à la moyenne du marché ? Tout est ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Comptez-vous relancer le PIB avec vos funérailles ?”

  1. On pourrait aussi faire la même remarque au sujet des nombreux potagers qui explosent chez les particuliers. Vraiment scandaleux, ce « manque à gagner » en terme d’impôts et de prélèvements sociaux!
    Socialement aussi, vous vous rendez compte les ruraux sont plus avantagés que les citations!
    Monsieur Bonner, je vous rassure, en France un jour une taxe sera votée pour résoudre ce problème.
    Et les Français comme toujours, courberont (avec quelques râles et petits cris quand même) le dos pour payer, car il sera démontré par que c’est bon pour leur modèle social généreux et universellement que l’Univers entier leur envie (mais qui n’a jamais copié).

  2. Socialement aussi, vous vous rendez compte les ruraux sont plus avantagés que les citadins!
    -> Désolé pour la coquille.

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