La réplique du « Morning in America » de Reagan : des lendemains qui déchantent ?

Rédigé le 20 janvier 2017 par | Bill Bonner, Désinformation Imprimer

Le Financial Times a tort à peu près sur tout.

Le consensus de Davos, également, se trompe régulièrement. De même que l’ex-secrétaire au Trésor américain, Larry Summers.

Et lorsque l’ancien sénateur démocrate, William Proxmire a révélé l’historique des prévisions économiques d’Alan Greenspan, lorsqu’il fut audité pour le poste de président de la Fed, leur exactitude brillait par son absence.

Or à présent, ils en conviennent tous : « le Trumpismo« , ça ne va pas marcher.

Trump : Un pic glycémique

Ces sources habituellement peu fiables tiennent peut-être quelque chose, là.

Mais l’opinion de Greenspan – qu’il a exprimée lors d’un entretien privé avec nous, mardi dernier, dans nos bureaux de Baltimore – est plus proche de la nôtre : Donald Trump ne réussira même pas à faire démarrer la machine.

Le Financial Times cite des leaders de l’industrie, à Davos, qui qualifient les effets immédiats du Trumpismo de « pic glycémique ». Summers y prédit « une chute cuisante, après ce pic glycémique de Trump »,et que « la déception et la désapprobation s’installeront en moins d’un an ».

Vous savez déjà ce que nous pensons : ce n’est pas la faute de Trump. L’économie a été corrompue par le dollar falsifié et les politiques de l’argent facile de la Fed.

Comme une fleur élevée en serre, l’économie ne peut survivre dans cet environnement étrange fait de taux d’intérêt artificiellement bas, de filets de sécurité tendus sur les marchés et de sauvetages bancaires.

Si l’on retire cela – ce qui arriverait dans un contexte d’expansion réelle – tout meurt, à la façon d’un poinsettia que l’on exposerait brutalement à la neige hivernale.

Lors de notre entretien, Greenspan semblait impatient d’en parler : « vous n’allez rien me demander, concernant ces 10 dernières semaines ? » m’a-t-il soufflé.

Au milieu des marmonnements et bafouillements de l’ex-patron de la Fed (il n’a pas perdu son célèbre talent consistant à noyer les informations), un avis clair et sans équivoque s’est dégagé : « cela n’arrivera pas ».

Greenspan parlait des espoirs fous des investisseurs et de leur rêve le plus inaccessible : que le président-élu, par sa seule volonté, inverse 30 ans de déclin de la croissance du PIB, de chute de la productivité et de baisse des revenus de la classe moyenne. Car si vous en croyez la presse, Trump est censé réduire les impôts et augmenter les dépenses, déclenchant ainsi une réplique du « Morning in America » de Reagan.

Une foire d’empoigne

« J’ai passé énormément d’années à Washington », nous a expliqué Greenspan.

A 90 ans, il y vit toujours… est toujours consultant, fréquente les bestioles du marigot… et son oreille demeure très attentive.

« Une fois que la Team Trump sera confrontée à la réalité du budget fédéral », dit-il – « avec 1 000 milliards par an de déficits à perte de vue – et qu’elle se jettera dans les luttes internes, au Congrès, elle se rendra compte que les lois qu’elle a promises ne passeront peut-être jamais. Que ce ne sera ni rapide, ni facile. »

« Ce sera une nouvelle foire d’empoigne parlementaire », a répondu le directeur du budget de Ronald Reagan, David Stockman.

David, auteur de la newsletter Contra Corner, est un vieil ami de Greenspan. Cela remonte au tout début du gouvernement Reagan.

Le souvenir de ces « foires d’empoigne parlementaires » était si vif, dans l’esprit de David, que c’était comme s’il en gardait les traces sur lui.

« Pas question que les représentants du Tea Party valident une série de relèvements du plafond de la dette », a-t-il dit. (David a été le premier à conseiller Reagan sur les questions budgétaires, avant et après sa victoire sur Jimmy Carter).

« C’est simple, cela n’arrivera pas ».

« Cette perspective est insoutenable. Trump a peut-être une formule magique qu’il n’a divulguée à personne. Mais je ne vois pas où nous allons, à partir de maintenant », a ajouté Greenspan, l’air grave.

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La réplique du « Morning in America » de Reagan : des lendemains qui déchantent ?”

  1.  » « Cette perspective est insoutenable. Trump a peut-être une formule magique qu’il n’a divulguée à personne. Mais je ne vois pas où nous allons, à partir de maintenant », a ajouté Greenspan, l’air grave. »

    Je vais le lui dire : Dans la même direction qu’avec les gouvernements d’avant. Plus ou moins vite. Avec Trump, seul le verbe change. La clic est la même, de même que l’objectif.

Laissez un commentaire