Le programme économique d’Arnaud Montebourg est-il mauvais ou désastreux ?

Rédigé le 19 janvier 2017 par | Desinformation Imprimer

Si comme François Hollande, vous avez préféré vous rendre au théâtre plutôt que regarder le deuxième débat de la primaire de la gauche, vous ignorez peut-être le contenu du programme économique d’Arnaud Montebourg. C’est bien dommage, car il y aurait matière pour un Flaubert contemporain à composer un nouveau Dictionnaire des idées reçues.

Vous me répondrez peut-être que lorsque l’on se prononce en faveur d’un programme commun de gouvernement avec Jean-Luc Mélenchon et que l’on reçoit le soutien de Gérard Filoche, cela laisse peu de place au doute. Regardons tout de même ce qu’il en est dans le détail.

Un « changement par le bas »… qui arrive une fois encore d’en haut !

Le préambule du programme économique d’Arnaud Montebourg est particulièrement trompeur. On pourrait penser à la lecture de la dernière phrase que le candidat a viré libéral. Pas du tout.

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Quand Arnaud Montebourg en appelle à un « changement par le bas », il ne s’agit aucunement de diminuer le poids de l’Etat, d' »arrêter d’emmerder les Français » (comme l’avait compris Georges Pompidou)sur les plans fiscal et réglementaire. Il s’agit en fait de les rendre encore plus dépendants de l’Etat.

Tout cela pour le plus grand bonheur des « oligénarques » (contraction d’oligarques et d’énarques) dont Arnaud Montebourg prétend vouloir « libérer les Français », alors qu’il est très proche de certains d’entre eux comme l’explique Frédéric Charpier dans son livre Arnaud Montebourg, l’homme girouette (éd. La Découverte).

La relance par la dette publique pour contrer l’austérité bidon

Autre mystification : « le problème majeur en France c’est l’austérité », déclarait-il au mois de décembre dans l’émission ONPC. D’ailleurs, la faute en incomberait à Bruxelles et comme « il n’y a pas un pays de la zone euro qui investit, je propose que ce soit la France qui inverse la donne », annonçait-il sur la chaîne Public Sénat, toujours au mois de décembre.

L’argument massue d’Arnaud Montebourg ? « Un euro investi en rapporte trois. » (propos rapporté par L’Obs). A ce compte-là, Bruxelles doit vraiment avoir envie d’affamer les Européens pour dresser des barrières aux déficits publics.

En réalité, il n’y a pas eu d’austérité sous Sarkozy ni sous Hollande. Au vu de la courbe violette de ce graphique extrait d’un Flash Economie de Natixis, il semblerait plutôt que la contrainte de Bruxelles ait été inefficace pour contrer les velléités dépensières de nos deux derniers Présidents.

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Mais, peut-être qu’une politique montebourienne de relance doit passer par plus de 7% de déficit public ?

Quoi qu’il en soit, niveau creusement de la dette étatique, on est passé de 65% du PIB en 2007 à 100% du PIB.

Curieusement, cela ne semble pas avoir eu un effet particulièrement curatif sur le chômage qui aurait même augmenté de trois points…

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Mais alors, quid du super multiplicateur budgétaire keynésien ? Celui qui est censé faire qu' »un euro investi en rapporte trois » ? Si Arnaud Montebourg se base sur les Etats-Unis, c’est raté. Philippe Béchade expliquait récemment qu' »avant l’élection de Trump, les Etats-Unis imprimaient quatre dollars pour créer un dollar de PIB supplémentaire. »

A en croire un autre Flash Economie Natixis, ce multiplicateur keynésien est inquantifiable !

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La relance massive opérée par Sarkozy et Hollande n’a pas vraiment démontré que cette méthode constitue l’arme-fatale pour neutraliser le chômage, ni d’ailleurs pour doper la croissance économique.

« On ne dira jamais assez les ravages commis par le keynésianisme hydraulique sur les cervelles fragiles », se moque le professeur d’Economie et bloggeur éconoclaste Alexandre Delaigue.

Par conséquent, lorsqu’il parle d' »austérité » et d’effet multiplicateur, Arnaud Montebourg vit dans un monde parallèle. Le gouvernement peut certes tenter d' »inverser la courbe du chômage » et de relancer l’économie en créant des formations crêpes qui coûtent 50 euros de l’heure au contribuable (je n’invente rien), mais il a peu de chances que cela soit efficace sur le plan économique. Comme l’écrit Charles Gave à propos du Président Obama, « Créer 3 800 milliards de richesse en huit ans en empruntant 9 000 milliards est à la portée d’une intelligence moyenne, mais cela en général ne dure pas. »

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Une trouble relation entre la monnaie et le chômage

Une autre marotte d’Arnaud Montebourg est que la dévaluation de l’euro aurait un effet bénéfique sur le niveau de l’emploi : « Si l’euro était dévalué de 10%, c’est-à-dire 13 centimes – ce n’est pas la mer à boire -, nous gagnerions 150 000 emplois supplémentaires », déclarait-il déjà en 2013.

Plus la valeur de la monnaie baisse, plus un pays est prospère, semble-t-il penser. Pourtant, sous l’effet de l’effondrement du bolivar, des Vénézuéliens ont confondu cet été le zoo de Caricuao avec leur boucherie-charcuterie de quartier…

Les chômeurs qui assistent aux meetings de Montebourg devraient en profiter pour lui demander pourquoi ils n’ont toujours pas d’emploi alors que l’euro affiche un plus bas de 14 ans vis-à-vis du dollar…

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De l’autre côté du Rhin, le chômage reste insensible à l’évolution de la parité de l’euro.

Le « made-in France » et le protectionnisme à marinière

« L’esprit du #MadeInFrance, c’est une bataille culturelle, un refus de la dépendance à la #mondialisation », twittait au mois de novembre celui dont le dernier livre a été publié en Italie.

Est-il nécessaire de retracer le destin des régimes politiques qui ont préféré être autosuffisants plutôt qu’ouvrir leur économie au commerce international ?

Faut-il rappeler que la désindustrialisation n’est pas un phénomène circonscrit à la France mais une tendance mondiale qui s’explique par le progrès technologique (d’où une hausse de la productivité) et la croissance du secteur tertiaire ? Mais sans doute Arnaud Montebourg a-t-il les épaules assez larges pour combattre le sens de l’Histoire.

Le programme économique d’Arnaud Montebourg repose sur des idées erronées. Ce sont des farces de politicien clientéliste sans fondement économique sérieux. Le stand-up de rue ou les boniments de foire, quelle différence, est-on tenté de se demander ?

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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