Pourquoi n’acquérir que quelques titres et ne jamais les vendre

Rédigé le 6 novembre 2018 par | Indices, marches actions, strategies, Investissement Imprimer

Chris Mayer a réussi à tirer une leçon d’investissement de Tom Russo, le gérant du fonds Semper Vic Partners qui bat le S&P 500 depuis 30 ans. 

Au cours d’une rencontre en petit comité à laquelle j’ai été invité par un cercle d’investisseurs à New York, j’ai eu la chance de parler avec Tom Russo.

Il est à la tête du fonds d’investissement Semper Vic Partners, qui a réussi à réaliser un rendement annuel d’environ 14% au cours des 30 dernières années. C’est trois points de plus que le rendement annuel du S&P 500 sur cette période.

Pour bien comprendre l’importance considérable que représente cet écart de 3% sur une période de 30 ans, voici un exemple : si vous aviez investi 10 000 € à 7% par an au cours des 30 dernières années, vous auriez aujourd’hui 76 122 €. En revanche, si vous aviez investi la même somme sur la même durée mais au taux de 10% par an, vous auriez à présent 174 194 €.

Malgré son succès, Tom Russo a su rester humble et ouvert. Je l’avais déjà rencontré auparavant, et il a toujours été un homme généreux qui aime partager avec les autres ce qu’il a appris au cours de sa carrière. Ce jour-là, Russo m’a dévoilé l’un des plus grands secrets de son succès…

Mais d’abord, voici quelques éléments pour mieux comprendre de qui nous parlons : Russo est connu pour avoir appliqué les principes de Warren Buffett aux marchés étrangers. Au début des années 1980, c’était une approche totalement nouvelle.

La stratégie des douves profondes

Il s’intéressait plus particulièrement aux entreprises caractérisées par une marque puissante (ce qui constitue des « douves profondes » face à la concurrence, pour reprendre l’analogie de Warren Buffett). Ainsi, il a commencé à investir dans des marques européennes telles que Nestlé et Pernod Ricard.

Ensuite il les a conservées en portefeuille… pratiquement pour toujours, ou jusqu’à ce qu’il soit obligé de les vendre.

Par exemple, en 1989, Russo a commencé à investir dans Weetabix, un fabricant de céréales sans saveur que les Britanniques semblent néanmoins adorer pour d’obscures raisons culturelles.

A cette époque, l’action Weetabix s’échangeait pour moins de six livres sterling. Russo pensait qu’elle en valait plus du double. Il acheta des actions à tour de bras jusqu’à posséder 20% du capital de l’entreprise.

Il conserva les titres jusqu’en 2003, lorsqu’un fonds d’investissement décida de racheter Weetabix à ses actionnaires en échange de 54 livres sterling par action. Russo fut donc obligé de vendre. Il multiplia ainsi son investissement de départ dans l’entreprise par neuf.

A moins qu’il n’y soit obligé, Russo ne vend quasiment jamais les actions des entreprises qu’il a sélectionnées, il les conserve pour toujours.

Et voici le plus surprenant. Russo affirme qu’en moyenne la durée de détention des 10 titres les plus importants de son portefeuille dépasse 25 ans.

La plupart des gens sont incapables de conserver un titre pendant 25 mois, ou même 25 jours ! Alors 25 ans, n’y pensez même pas.

Comme vous l’avez compris, avec un tel horizon d’investissement, le portefeuille d’actions de Russo change très peu au cours du temps.

Quand on l’interroge sur ce sujet, Russo répond par une anecdote intéressante. Il raconte comment un de ses amis de la région de Boston cherchait à intégrer un country club particulièrement sélect. Année après année, sa candidature était rejetée au motif qu’il y avait une liste d’attente extrêmement longue.

Puis un jour, les Red Sox (l’équipe de baseball de Boston) ont gagné pour la première fois depuis 1918 la série finale de la ligue de baseball (c’était en 2004). Soudain, plusieurs places se sont libérées. Sa théorie, c’est que de nombreux membres du club étaient de vieux retraités s’accrochant à la vie dans l’espoir de voir les Red Sox remporter la finale. Et quand c’est enfin arrivé, ils ont pu mourir heureux.

Eh bien, c’est comme cela que Russo voit la gestion de son portefeuille. De nouvelles places se libèrent quand d’anciens membres meurent. En fait, il vient tout juste de commencer à acheter des titres de la société Alphabet (la maison-mère de Google). C’était sa première nouvelle acquisition depuis… 2010 !

Vous savez, j’adore défendre les vertus de la patience, des stratégies d’achat sur le long terme et ainsi de suite… mais Russo a vraiment poussé cette philosophie à l’extrême. Et il rencontre beaucoup de succès. Réussir à battre le S&P 500 de 300 points par an pendant plus de 30 ans représente une performance exceptionnelle, il mériterait une place au panthéon des investisseurs de légende.

Je le répète encore une fois, car c’est une des clefs du succès : vous devez être patient, conservez vos actions, laissez-leur suffisamment de temps. Ne vérifiez pas les cours chaque jour. Ne devenez pas nerveux quand le titre ne fait que stagner.

Concentrez-vous sur ses fondamentaux. Si les affaires marchent bien, attendez calmement, le temps joue en votre faveur. 

Et la destruction créatrice ?

Quel est l’effet de l’innovation ? L’accélération des changements technologiques n’oblige-t-elle pas les investisseurs à raccourcir leur horizon d’investissement ? J’aurais tendance à penser que oui.

J’ai des statistiques qui indiquent que l’espérance de vie des entreprises tend à diminuer :

En moyenne une entreprise reste à présent dans l’indice S&P 500 pendant 20 ans… alors que cette durée était de 61 ans en 1958. Les choses ont donc beaucoup changé. Au rythme actuel, le cabinet Innosight estime que 75% des entreprises qui composent actuellement le S&P 500 seront remplacées d’ici 2027.

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’une entreprise quitte le S&P 500 qu’elle disparaît. Mais à moins qu’elle ne soit rachetée par un concurrent ou un fonds d’investissement, une entreprise qui quitte le S&P 500 est en général dans une situation difficile. On peut citer en exemple Circuit City, le New York Times, Kodak, ou encore Bear Stearns.

Une société peut aussi être évincée du S&P 500 car sa capitalisation boursière est devenue insuffisante par rapport à d’autres entreprises, ce qui revient à dire que le titre a sous-performé.

Par conséquent, nous devons nous assurer que les entreprises dans lesquels nous investissons possèdent des perspectives de croissance durable.

Chris Mayer
Chris Mayer
Rédacteur en Chef de Capital & Crisis et Crisis Point Trader

Chris Mayer s’occupe de la lettre d’information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses pertinentes et précises des problématiques financières ont été reprises souvent dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant’s Interest Rate Observer.

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Un commentaire pour “Pourquoi n’acquérir que quelques titres et ne jamais les vendre”

  1. excellent conseils !

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