La dernière cartouche des conservateurs

Rédigé le 12 septembre 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Avec la disparition du plafond de la dette, les conservateurs perdent leur dernière arme pour ralentir la marche vers la faillite de l’Etat fédéral.

Nous avions reçu un devis s’élevant à 4 000 $ pour refaire notre vieille cheminée.

Les pierres de taille qui soutenaient le linteau de bois s’étaient fendues et écroulées. D’autres pierres, sur le côté, s’étaient cassées ou étaient usées. C’était assez catastrophique.

Mais également un défi à relever pendant le week-end !

Nous avons foré les pierres cassées, de chaque côté. Ensuite, nous les avons cimentées avec de l’enduit de rebouchage, et inséré des fers de près d’un centimètre de diamètre dans les trous forés pour qu’elles ne tombent pas.

Par mesure de sécurité, nous les avons étayées avec des madriers jusqu’à ce que le ciment durcisse.

Lorsqu’il est devenu apparent que cette opération avait marché, nous avons mélangé de la chaux et du sable fin et, avec un liant de maçonnerie, nous avons commencé à reconstruire et reformer la cheminée.

Voici le résultat, ci-dessous. Ce n’est pas de la belle ouvrage mais c’est une cheminée campagnarde tout à fait acceptable.

cheminée

Une cheminée à 4 000 $

Le week-end s’étant achevé, nous avons repris notre triste labeur quotidien : tenter de comprendre notre univers financier.

Nous observons. Nous relions les données entre elles. Parfois à raison, parfois à tort. Et en doutant toujours.

La politique masque la finance

Depuis l’an dernier, la politique fait de l’ombre à notre thématique de l’argent.

L’un des candidats à la présidentielle avait promis quelque chose de nouveau : une rupture avec les modèles et politiques appliqués depuis ces 30 dernières années.

Même si son programme avait l’air en grande partie incohérent, le personnage avait l’allure si solide et intrépide (voire téméraire) qu’il allait peut-être secouer le cocotier, au moins.

Si oui, le monde financier allait vivre le plus grand choc enregistré depuis que le président Reagan et l’ancien responsable de la Fed, Paul Volcker, avaient déclenché le marché haussier de 1982-1999.

Dans une certaine mesure, nous évoluons toujours dans ce marché haussier, les cours des actions étant 21 fois plus élevés que ceux d’il y a 35 ans, et la dette ayant augmenté presque autant. Lorsque cette expansion va s’achever, cela va « barder ».

Ronald Reagan a changé le monde d’une certaine façon, mais cela a été à peine remarqué et encore moins compris. Il est arrivé à Washington et a découvert une ville peuplée de socialistes faisant semblant d’adhérer au social-libéralisme. Lorsqu’il est parti, c’était une ville peuplée de socialistes jouant les conservateurs.

Le véritable conservateur est un sceptique. Il est du genre à dire « non ». Il se méfie des nouvelles ères. Il se méfie des tendances et des modes. Il doute que le gouvernement puisse faire énormément de bien.

Et il sait que les ressources de l’Etat sont limitées. Il ne veut pas les dépenser en projets inutiles et ruineux.

Encore plus de médicaments pour les personnes âgées ?

Non merci.

Envahir l’Irak ?

Non… je passe.

Ce conservateur d’autrefois pensait que la meilleure façon de construire un monde meilleur, c’était de s’occuper de ses propres affaires… balayer devant sa porte, comme l’a dit Goethe, pour que le monde soit plus propre.

Reagan était l’un de ces conservateurs d’autrefois. Mais il est difficile d’être réellement prudent [NDR : en anglais, conservative signifie « conservateur » et « prudent »] lorsque l’argent semble illimité.

Plus d’argent pour l’armée ? Plus d’argent pour les programmes nationaux ? Plus de dette ? Plus d’ingérence ? Bien sûr… pourquoi pas ?

Même si l’on doit surtout blâmer les gens qui l’entouraient… Reagan est devenu un béni-oui-oui. Et la dette s’est emballée.

L’empire du racket

Aujourd’hui, nous avons 20 fois plus de dette publique qu’à l’époque où Reagan est arrivé au pouvoir. Mais nous n’avons que six fois plus de PIB.

Autrement dit, la dette a augmenté trois fois plus vite que la production. Actuellement, au lieu de représenter environ 30% du PIB – comme au moment où Reagan a pris ses fonctions – cette dette dépasse désormais 100% de la production.

Et il n’y a pratiquement plus aucun conservateur « à l’ancienne ».

Année après année, les dépenses augmentent. Une grande partie d’entre elles est plus ou moins automatique, motivée par le départ à la retraite de 10 000 Américains par jour.

Chacun d’entre eux coûte 35 000 $ par an. Au cours des 10 prochaines années, les dépenses devraient dépasser les recettes fiscales d’environ 1 000 Mds$ par an. La faillite est pratiquement garantie.

Les anciens auraient pu se bagarrer. Mais même dans le meilleur des cas, ils auraient eu peu de chances de remporter la bataille.

Avec si peu de véritables conservateurs… et tant de gens qui font pression pour avoir davantage d’argent… de vieux schnocks (comme votre serviteur) qui veulent plus de médicaments et de services médicaux… et de gendarmes/compères qui gagnent de l’argent grâce aux activités de racket de l’empire… ce ne serait pas facile.

Mais les conservateurs disposaient toujours d’une arme de la dernière chance. S’ils ne pouvaient pas stopper des plans de dépense particuliers, ils pouvaient fixer une limite sur le montant que l’Etat pouvait emprunter.

C’était là toute l’importance du plafond de la dette. L’argent falsifié était peut-être illimité mais le crédit total des Etats-Unis ne l’était pas, lui.

Au bout du compte, la grenade était entre les mains des membres du Congrès. Il fallait qu’ils approuvent le montant que l’Etat allait emprunter. Grâce au plafond de la dette, ils pouvaient fixer une limite… et forcer les politiciens à faire des choix difficiles.

Il suffisait de dégoupiller.

Sans plafond, la faillite viendra plus vite

Voilà pourquoi les évènements de la semaine dernière, au Congrès, ont revêtu une telle importance. Le plafond de la dette est la seule et unique chose susceptible d’empêcher la faillite du gouvernement américain.

C’est la seule cartouche budgétaire dont disposent encore les conservateurs (le peu d’entre eux qui subsistent au Congrès). Quand la situation devient difficile, le Congrès peut utiliser le plafond de la dette pour faire preuve de fermeté et se serrer la ceinture.

Voilà pourquoi les grands dépensiers et les membres du Deep State ont voulu s’en débarrasser.

Les « conservateurs » bidon et les faux « partisans du social-libéralisme » ont le même objectif : utiliser le gouvernement pour voler de la richesse et du pouvoir à l’économie du quotidien, et les détourner à leur profit.

Mais ils continuaient de se heurter au plafond de la dette.

Pourtant, aucun d’entre eux – pas même Barack Obama ou Hillary Clinton – n’avait osé suggérer de le supprimer. Pour cela, il fallait Donald J. Trump, ce grand perturbateur.

M. Trump va peut-être bien secouer le cocotier, après tout, mais d’une façon à laquelle presque personne ne s’attendait.

Il a proposé de priver les véritables conservateurs de leur ultime cartouche.

Avec les démocrates les plus ancrés au sein du Deep State – Nancy Pelosi et Chuck Schumer – il a conclu un « gentleman’s agreement » en vue de supprimer le plafond de la dette… de laisser les conservateurs sans armes… et sans défense.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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