« Du pain et des jeux » ou « des allocations et des guerres »

Rédigé le 17 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La plupart des informations se concentrent sur les luttes, au sein du Deep State, pour décider qui obtiendra la majorité de votre argent.

Avec les élections, les faveurs passent d’un secteur de copinage à un autre. Les visages changent. Les budgets sont modifiés, légèrement. Mais le but principal des initiés reste le même : protéger leurs flux de pouvoir et d’argent.

Les gros titres peuvent claironner une victoire pour la droite ou une défaite pour la gauche. En coulisses, le vrai vainqueur reste le même : le Deep State lui-même.

C’est pour cela que, même si Barack Obama et George W. Bush étaient deux personnalités très différentes avec des idées très différentes, ils ont maintenu les principaux programmes de ces 16 dernières années : des guerres à l’étranger et des allocations à domicile.

Si les termes « des guerres et des allocations » vous semblent familiers, ce n’est pas par hasard. « Du pain et des jeux » était une expression similaire il y a 2 000 ans.

Pas grand chose n’a changé. Rome était un empire à l’époque. Les Etats-Unis sont un empire aujourd’hui.

« Evitez les imbroglios à l’étranger », conseillait le « père » de la nouvelle nation, George Washington. Un siècle plus tard, ce conseil était déjà oublié.

Aujourd’hui, il n’y a pas de puissance étrangère dans le monde — aussi insignifiante soit-elle — avec laquelle les Etats-Unis ne cherchent pas d’embrouilles…

… Et aucune guerre brouillonne, aucun accord commercial maladroit, aucun traité sournois ou programme d’aide internationale gaspilleur dont ils ne veuillent pas se mêler.

« L’Amérique d’abord » à l’abordage partout dans le monde

Des schémas se répètent dans l’Histoire tout comme dans la vie des individus. Les gens naissent. Ils grandissent. Ils font des erreurs. Puis ils meurent.

De même, un pays grandit. Et s’il le peut — s’il développe une puissance de feu suffisante — il devient un empire : pas simplement une nation parmi d’autres, mais primus inter pares.

Il devient « l’Amérique d’abord ».

Les Etats-Unis se sont engagés sur la voie de l’empire à peu près au moment où leur PIB est devenu le plus important au monde — dans les années 1890.

Le président Theodore Roosevelt et le géant de la presse William Randolph Hearst ont monté en épingle la guerre américano-espagnole.

Roosevelt, prétentieux et têtu, fut un pionnier dans l’art de tuer des étrangers à peine armés pour Le Grand Dessein National.

Sa cavalerie, les Rough Riders, envahit Cuba puis les Philippines. Près d’un quart de million de Philippins moururent pour que l’anglais devienne la langue officielle du pays.

Bien entendu, les Philippines ne posaient pas la moindre menace à la sécurité des Etats-Unis. Mais lorsque le sang d’un empire bout, on ne peut plus l’arrêter.

Les empires suivent leur propre chemin — qui ne leur est dicté ni par les électeurs ni par les élus.

Les gens ne veulent pas nécessairement d’un empire. Ils ne vous croient pas forcément lorsqu’on annonce qu’ils en ont un, d’ailleurs.

La plupart des Américains — encore aujourd’hui — s’imaginent vivre dans une république gouvernée par la Constitution. Mais ils en viennent à penser ce qu’ils doivent penser quand ils doivent le penser.

Les empires exigent une pensée impériale. Les gens pensent qu’ils doivent « faire la guerre » au crime, à la drogue et à la pauvreté à domicile.

A l’étranger, ils envahissent le Vietnam… la Grenade… l’Afghanistan… l’Irak… et ainsi de suite.

Les guerres permettent de transférer de la richesse, même sans victoire

Les guerres sont rarement « gagnées » dans le sens conventionnel. Il est presque impossible de les remporter parce que le but de la guerre est souvent peu clair, ou simplement inatteignable.

Dans la guerre contre la drogue, par exemple, plus les autorités tentent d’en empêcher la consommation, plus les marges des distributeurs illégaux augmentent — attirant plus de revendeurs… et plus de drogues.

En ce qui concerne la guerre contre la terreur, la victoire n’est probablement même pas concevable. Le terrorisme est une tactique, non un ennemi. Il ne va pas disparaître

Mais aussi insensées que semblent ces guerres, elles ont un motif caché. Les guerres sont profitables — pour le Deep State et son secteur de la défense.

Les guerres permettent de justifier le transfert de la richesse depuis l’économie réelle vers l’économie de guerre… Et depuis les gens impliqués dans des transactions gagnant-gagnant — s’échangeant des biens et des services pour améliorer mutuellement leurs vies — vers l’économie gagnant-perdant des fusils, des prisons et des prothèses de jambe.

Les empires adorent les guerres. Mais les guerres étrangères des Etats-Unis — comme tant d’autres choses dans notre système de gouvernement monétaire — sont bidons. L’ennemi ne présente pas de vrai danger.

Aucun des ennemis de l’Amérique, ce dernier demi-siècle, n’était capable d’envahir le pays, de piller son argent, de violer ses femmes ou de mettre ses armées en déroute.

Ces guerres factices étaient simplement le moyen de transférer de l’argent — des gens qui le gagnent vers les « renards » du secteur de la guerre, dont le Pentagone.

Le général Smedley Butler, qui avait servi dans les Philippines ainsi que durant la Première guerre mondiale, était à sa mort l’officier naval le plus décoré de l’histoire. Il résumait son rôle ainsi :

« J’ai servi dans tous les rangs, de sous-lieutenant jusqu’à major-général. Et durant toute cette période, j’ai passé la majeure partie de mon temps à jouer les gros bras, à grands frais, pour les Grandes entreprises, pour Wall Street et pour les Banquiers ».

« Mais aussi pour les politiciens et le Deep State« , aurait-il pu ajouter.

Résister à la multiplication des ennemis

Comme les bulles financières et les histoires d’amour, les empires sont instables.

Généralement, un empire se développe jusqu’à ce qu’il soit vaincu ou ruiné — souvent les deux. A mesure qu’une part croissante de l’économie est consacrée à l’effort de guerre, il en reste de moins en moins pour produire de la richesse réelle.

La croissance ralentit. Les dettes augmentent. Elles finissent par imploser… et l’empire met la clé sous la porte.

Alternativement — et souvent parallèlement –, à mesure que l’empire s’étend de plus en plus loin de sa patrie d’origine, il se crée de plus en plus d’ennemis.

Il finit par en faire trop et par recevoir ce qu’il mérite — généralement sous la forme d’un coup mortel asséné par l’empire suivant.

Mais l’empire américain a une faille qui lui est propre… un microbe apocalyptique intégré à son ADN.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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