Qui soutient encore Trump ?

Rédigé le 13 octobre 2016 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Dette Imprimer

Les personnes aux revenus modestes soutiennent Trump. Peu importe les statistiques gouvernementales et le prix du crédit, ils constatent que leur niveau de vie baisse et que leurs revenus réels baissent.

Quelle excellente période, pour un observateur doté d’un esprit espiègle !

La campagne présidentielle, cette année, est la plus absurde et la plus remarquable à laquelle nous ayons jamais assisté.

Après plus de deux siècles, les Américains ont enfin la démocratie qu’ils méritent : grotesque… fangeuse… et extrêmement divertissante, bien qu’elle ressemble à une partie de mud-wrestling [NDR : catch dans la boue].

Lors du débat de dimanche, l’un des candidats a véritablement promis, s’il gagnait, de mettre l’autre sous les verrous.

L’autre, très sérieusement, a dit qu’elle prendrait le risque de pousser la Russie à la guerre en soutenant les rebelles syriens liés à Al-Qaïda.

Il faudrait être doté d’un sérieux et d’un esprit civique démesurés pour ne pas éclater de rire, non ?

Ballonnés

Mais à la Chronique, nous nous préoccupons du monde financier. Et lui aussi n’arrête pas de nous faire ricaner.

Les actions et les obligations ont subi un sell-off. La livre sterling a plongé par rapport au dollar. Et le LIBOR – taux que certaines des plus grandes banques du monde s’accordent entre elles sur les prêts à court terme… et indicateur clé de la santé du système bancaire – a enregistré un pic.

La plupart des commentateurs nous disent que les investisseurs réagissent aux signaux de fumée émis par la Fed.

Apparemment, au bout de huit ans de taux d’intérêt réduits « par mesure d’urgence », les responsables de la banque centrale américaine s’interrogent sur cette urgence.

A présent, selon ce qu’ils sous-entendent, ils vont resserrer les conditions d’accès au crédit, comme s’ils en avaient vraiment l’intention.

Cette absurdité consistant à fixer des taux d’intérêt au sein de ce qui est censé être une économie de marché libre doit leur triturer les entrailles. Ils se couchent la nuit tout ballonnés et se réveillent avec la migraine…

Les banques centrales ont égaré les investisseurs, les ménages et les entreprises avec leur argent bidon et leurs signaux truqués concernant les taux d’intérêt.

Et maintenant elles sont perdues, elles aussi.

Sans argent honnête ou prix réels pour les guider, elles sont totalement désorientées. Elles ne savent plus où elles se situent… et elles ont peur de se retrouver là où elles ne veulent pas aller.

La peur perturbe leur digestion.

Alors, elles parlent de retour à la « normale ». Mais il n’existe aucun moyen de le faire. En tout cas pas sans souffrir de crampes et de douleurs, comme elles le méritent bien, d’ailleurs.

L’anéantissement de la Richesse

En sa qualité de dirigeant du plus grand hedge fund au monde, Ray Dalio a prédit fin septembre que même une augmentation de 1% des taux d’escompte de la Fed provoquerait des milliers de milliards de dollars de pertes en ce qui concerne les actions et les obligations.

Comment la Fed, sous Janet Yellen, a-t-elle pu rester sans rien faire après avoir feint, au cours de ces huit dernières années, de protéger les investisseurs contre le risque ?

Et comme nous l’avons souligné, il n’y a aucune raison de penser que ces pertes se limiteraient à quelques milliers de milliards de dollars.

Plus l’absurdité est grande, plus la crise qui s’ensuit est importante. En quelques semaines, les prix des actifs, dans le monde, pourraient être amputés de 75 000 milliards de dollars, au moins.

Actuellement, 14 000 milliards de dollars de dettes dans le monde sont assorties du taux d’intérêt le plus absurde (il est négatif !) que l’on ait connu en 5 000 ans.

Les actions américaines sont proches de plus-hauts record… alors même que les bilans se sont dégradés et que la croissance du PIB a décroché.

Quant à « l’inflation » et au « chômage », tels que mesurés par le Bureau of Labor Statistics (BLS), ils relèvent largement du fantasme.

Et le peuple le sait bien…

Notre ami Rob Marstrand, d’OfWealth, vient d’étudier un prix clé, celui d’un bien très apprécié des travailleurs américains : le pick-up.

Selon le BLS, le prix des automobiles a à peine bougé au cours de ces 20 dernières années. Mais c’est clairement absurde. Un pick-up Ford F-150, neuf, coûte environ 26 000 dollars, à l’heure actuelle. Le même pick-up de base coûtait environ 15 000 dollars en 1996.

Le BLS indique que ces deux prix reviennent au même car le pick-up actuel est « mieux ».

Oui, c’est juste. Il est mieux. Il contient plus d’électronique, des airbags, etc. Par conséquent, le BLS argumente que vous en avez autant pour votre argent, avec votre pick-up actuel, qu’en 1996.

Mais, bien entendu, celui qui a besoin d’un pick-up ne peut aller voir le concessionnaire et lui dire : « Je veux simplement un pick-up à 15 000 dollars. Vous savez, comme en 1996. »

Il doit tout de même débourser les 26 000 dollars… et le véhicule fait la même chose que sous le mandat de Clinton. Il le transporte, ainsi que ses outils, d’un point A à un point B. Mais cela lui coûte 70% de plus.

Des ajustements bidon

L’autre chose essentielle, dont un travailleur a besoin, c’est un endroit où se loger.

Selon le BLS, depuis 1996, les prix de l’immobilier ont grimpé d’environ 50%. Mais après avoir fait quelques vérifications, on découvre qu’il y a 20 ans, une maison type se vendait 137 000 dollars.

Aujourd’hui, son prix de vente moyen est de 305 500 dollars. Attendez un peu, ce n’est pas 50% de plus. C’est 123% de plus. Nous n’avons pas vérifié avec le BLS, mais nous supposons que la différence est due à ce même type « d’ajustement », réalisé par des intellos qui pensent qu’une maison actuelle est « mieux ».

Peut-être bien. Mais le travailleur type a tout de même besoin de vivre dans une maison type et de conduire un pick-up type lui permettant d’effectuer son travail type. Il ne peut dire : « Allez, je vais prendre cette maison, mais sans ces deux chambres. Je n’en ai pas les moyens ».

Mais attendez… Ce travailleur type gagne-t-il 70% de plus à l’heure actuelle qu’il y a 20 ans ?

Selon le Census Bureau, le revenu nominal moyen (non corrigé de l’inflation) d’une personne de « niveau universitaire » mais non diplômée, était d’environ 29 000 dollars en 1996.

Aujourd’hui, si nous avons bien compris, ce revenu est de 40 000 dollars. Cela représente une augmentation de 38%, et non de 70%.

L’Etat – avec ses ajustements bidon – démontre que le travailleur type en est au même point. Mais ce n’est pas le cas. Après deux décennies au cours desquelles les prix ont augmenté trois fois plus vite que les revenus, le travailleur type s’en sort nettement moins bien qu’il y a 20 ans.

Ses principales dépenses — et nous n’avons pas parlé de l’éducation et des soins médicaux, pour lesquels, même les chiffres truqués de l’état montrent une augmentation de 200 et 100%, respectivement, par rapport à 1996 – lui coûtent plus cher qu’il y a 20 ans… alors qu’il ne gagne que 5 000 dollars de plus.

Sinon, pourquoi les électeurs consacreraient-ils une seule minute à écouter des voyous tels que Donal Trump ? De l’argent falsifié, des statistiques et des taux d’intérêt truqués : voilà ce qui a créé l’économie au sein de laquelle les électeurs de Trump ont vu baisser leur revenu réel.

Ils savent qu’ils ont été escroqués. Ils comptent sur Donald pour y remédier.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Qui soutient encore Trump ?”

  1. Bonjour,

    Et encore, non content de voir ses dépenses augmenter et son pouvoir d’achat réduit. L’américain type peut se réjouir d’avoir une dette national qui a explosée.

    Mais bon, après tout, c’est bien eux qui votent. Pas nous.

  2. yeah!

    bonner group (salissent votre oeuvre)>>

    https://wikileaks.org/podesta-emails/emailid/6700

  3. Excellente analyse. Mais qui pose bien des questions.
    Et si le Parti Républicain ne votait pas pour Trump ?
    La chose s’est produite dans l’élection présidentielle française de 2002. Jospin, candidat PS, lâché par certains de ses « amis » est arrivé dernier au second tour. Il a alors appelé ses électeurs à voter Chirac, « l’ennemi UMP ».
    De nombreux Français ont compris alors que depuis 1945 un parti unique les gouverne : l’UMPS et que les 2 partis gouvernementaux étaient d’accord pour barrer la route à l’alternance.
    N’en est-il pas de même aux USA avec le Deep State ?
    Au fait qu’est-ce que le « Deep State ». Les parasitocrates alternativement au pouvoir ?
    + les forces sociales qui en tirent profit (banques, professions favorisées depuis 40 ans et devenues élues …)
    Sans parasitocrates, le monde du Grand Commerce aurait-il pu mettre en place la Mondialisation ? Sans les profits du Grand Commerce, les Parasites auraient-ils eu accès au Créditisme ?
    L’histoire du Quatro Cento de Florence montre qu’au départ existaient de bons artisans drapiers (les producteurs) autour de la cité. Puis les Marchands exportèrent ces produits et assurèrent la richesse de tous. Bientôt, la production se fit aux Pays-Bas, des crises, des révoltes populaires surgirent (Savonarole) ce fut la ruine des producteurs et Florence devint cette magnifique ville-musée.
    La mondialisation n’est rien d’autre. Le Grand Commerce rêvait de produire moins cher ailleurs. Il suffisait d’exporter le savoir faire et les usines dans des pays à bas coût. Mais il fallait contourner les lois protectionnistes envers les producteurs. Il fallait aussi amortir les dépenses sociales énormes résultant des changements. Napper le tout dans la sauce de la mirifique « Guerre contre le Sexisme » pour s’assurer du vote des électrices majoritaires et vous avez la recette qui assure les profits énormes des 1% Happy Few … mais la Crise pour le reste du Peuple.
    En ce qui concerne les « déclassés » le Créditisme sert d’amortisseur. Bien sûr, il engendre la Dette, mais celle-ci sera payée par d’autres, plus tard !
    Il permet aussi de soigner sa clientèle électorale. Devinez donc pourquoi, les hommes blancs US sont les grands perdants de la crise ?
    Revenons à Trump ? Personne pour lui dire de se méfier des médias qui le font parler des femmes ? Personne quand il se confie au sujet d’impôts LEGALEMENT impayés ? Personne pour effacer les preuves de ses fautes comme d’autres ont effacés les traces de la « Secrétaire » Ou sont donc passés les Conseillers Polititocrates républicains ?
    Chez Hillary ?
    Et si la prochaine élection était gagnée par les Femmes US contre les Hommes US ?
    J’attends les commentaires avec impatience.

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