Les monnaies complémentaires : un acte militant qui favorise l’économie locale

Rédigé le 23 mai 2015 par | Article, Chronique, Guerre des monnaies Imprimer

▪ Les monnaies alternatives ont le vent en poupe et nous interrogent sur le système monétaire actuel. Chris Campbell l’évoquait dans son dernier article, en donnant l’exemple du B-Note, aux Etats-Unis.

Où en est-on en France, alors qu’une nouvelle venue, So’Nantes, vient tout juste d’être lancée dans le chef-lieu de la Loire-Atlantique ? Avez-vous des raisons de croire en sa crédibilité.

Petit tour d’horizon des forces en présence…

Du rêve à la réalité : la couleur de l’argent
Souvenez-vous de votre dernière partie de Monopoly. De ces billets factices, pourtant bien réels le temps d’une soirée. Quand j’étais petit, j’étais persuadé qu’il était possible de berner les commerçants avec ces bouts de papier orange, roses et bleus. Je me demandais même comment les créateurs du jeu avaient été autorisés par le gouvernement à encourager aussi ouvertement les tentatives d’escroquerie. Dans mon âme diabolique, j’étais allé jusqu’à planifier de racheter l’ensemble des Monopoly du supermarché de mon quartier dès que j’aurais un peu plus de moyens.

Mes songes enfantins avaient pris forme une première fois quand la société Hasbro, à l’occasion des 80 ans du jeu, avait annoncé début 2015 avoir doté plusieurs de ses boîtes de vrais billets en euros.

Dans l’une d’entre elles, la totalité de la banque avait été remplacée, pour un total de 20 580 euros.

En entrant dans une librairie de quartier, j’ai vu un client régler son dû avec des billets dont je n’ai reconnu ni la couleur ni les illustrations, devant le sourire complice du libraire. Incrédule, j’ai demandé à mon ami quelques explications.

Il m’a alors précisé que le client avait payé avec la Pêche, la monnaie locale de Montreuil, en circulation depuis l’été 2014. En apparence factices, ces bouts de papier colorés avaient donc effectivement de la valeur…

Depuis 2010, ces monnaies se multiplient
Désormais, on compte une quarantaine de monnaies locales sur le territoire français, et une vingtaine actuellement en projet. La première d’entre elles, l’Abeille, créée en 2010 à Villeneuve-sur-Lot près d’Agen, est aujourd’hui utilisée par 167 prestataires et ne cesse de gagner du terrain année après année. Au Pays basque, l’Eusko est soutenu par 450 commerçants. Quant à la Luciole, elle circule en Ardèche depuis début 2011.

Les exemples sont nombreux qui témoignent d’un phénomène qui n’a rien d’un feu de paille. Et si les monnaies pionnières se sont initialement beaucoup développées en zone rurale, les grandes villes se sont rapidement mises au diapason : Toulouse, Nantes ou encore Strasbourg ont elles aussi adopté leur propre monnaie complémentaire, et Lyon envisage de lancer la Gonette dans le courant de l’année. Même la mairie du XIe arrondissement de Paris a annoncé travailler sur le sujet.

Un vrai succès pour ce genre d’initiatives qui n’existait pas en France avant 2010. C’est un économiste allemand qui avait introduit le concept dès 1931 en inventant le Wara, repris en 1934 par la Suisse sous forme de crédit mutuel inter-entreprises, le WIR. En Europe, l’Allemagne a de nouveau été précurseur en relançant le concept de monnaie locale à partir de 2008, suivie de l’Espagne. Aujourd’hui, on compte environ 60 monnaies locales en Allemagne et 70 de l’autre côté des Pyrénées.

Objectif : favoriser l’économie locale
Il y a quelques jours, Chris Campbell évoquait cette question ici-même en prenant l’exemple du B-Note, la monnaie locale de Baltimore dont il avait découvert l’existence un peu par hasard. Il rapportait les explications du site du B-Note :

« Le seul but d’une monnaie locale est de faciliter les échanges commerciaux au sein d’une communauté. Ce faisant, elle préserve, promeut et aide à la croissance des économies locales ».

Il rappelait également les avantages mis en lumière par les défenseurs de cette monnaie alternative :

[** REVELATION ** Le secret a été si bien protégé… que même nous, nous avons failli le manquer ! Mais notre initié de la CIA faisait partie des quelques participants à cette réunion ; il en a tiré un compte-rendu exclusif, que vous pouvez découvrir sans plus attendre en cliquant ici].

Une monnaie en quête de reconnaissance
La vraie limite d’une monnaie locale, c’est son utilisation. Pour qu’elle devienne crédible, il est nécessaire qu’elle devienne « monnaie courante ». Pendant quelques années, ces monnaies ont souffert du manque de considération, mais aussi de la méfiance des citoyens vis-à-vis d’une initiative qui s’inscrivait dans un vaste flou juridique.

Honnêtement, vous échangeriez vos euros contre de la monnaie locale si vous saviez que votre boulangerie préférée n’acceptait pas ce mode de paiement ? De même, votre boulanger a-t-il intérêt à accepter cette monnaie locale si son fournisseur, lui, ne l’accepte pas ?

Ainsi, depuis juillet 2014, les monnaies locales ont obtenu un statut légal grâce à l’article 16 de la loi Economie Sociale et Solidaire (ESS).

Quand bien même elles n’étaient pas illégales auparavant, cette reconnaissance a permis d’appuyer leur crédibilité. Christophe Fourrel, chargé d’une mission gouvernementale sur les monnaies locales, précise que la France est le premier pays européen à avoir reconnu au niveau législatif l’existence des monnaies locales. Il ajoute :

« Cela facilite la tâche des promoteurs de ces dispositifs dans la mesure où ils peuvent plus facilement convaincre les acteurs et les prestataires grâce au statut juridico-légal. C’est beaucoup plus sécurisant ».

« Eviter l’évasion commerciale »
Pour donner encore davantage de crédit à ces nouveaux systèmes monétaires, les porteurs de projet mettent souvent en avant l’exemple de la ville de Palmeiras, au Brésil, qui avait introduit dans l’une de ses favelas la Palma, sa monnaie locale. Elle aurait permis de créer 3 600 emplois en 15 ans et de recentrer la consommation à l’intérieur de la communauté.

En France, on peine à poser des chiffres pour justifier les effets de telles initiatives. Thomas Glorieux est libraire à Montreuil. Chez Folies d’encre, on a adhéré dès la genèse du projet : « on a tout de suite trouvé ça intéressant, dépenser malin, penser local, c’était aussi un acte militant ». Les premiers résultats sont timides mais encourageants : « en moyenne, on arrive à un total de 100 euros par semaine payés en Pêche, la monnaie locale de Montreuil ».

Pourtant, comme beaucoup de ceux qui ont soutenu ce type d’initiatives, il reste déçu par les réticences de ses homologues :

« Le fait que tous les commerçants n’aient pas choisi de jouer le jeu est un peu frustrant. Mais c’est un travail de longue haleine, il va falloir quelques années pour que la mayonnaise prenne ».

Au départ, évidemment, un objectif clair : « le but c’est quand même d’éviter l’évasion commerciale vers Vincennes ou Paris ». Et prouver que les librairies montreuilloises n’ont rien à envier aux parisiennes.

Pour Anne-Marie Gudin, libraire à Nantes, même son de cloche :

« On veut rappeler aux gens qu’il y a des librairies locales, et on veut les encourager à ne pas acheter leurs livres sur Amazon ! »

En adoptant So’Nantes, la nouvelle monnaie locale virtuelle lancée le 28 avril dernier, elle espère encourager le retour à des dépenses locales, à un commerce de proximité. Reste qu’autour d’elle, de nombreux commerçants restent frileux.

Les monnaies locales deviendront-elles monnaie courante ?
Selon Thomas Glorieux, ce sont pour l’instant les classes aisées qui sont les plus enclines à jouer le jeu de la monnaie locale. Elles sont en effet davantage disposées à prendre des risques, alors que nous n’en sommes qu’aux prémices de ces nouvelles valeurs. La marge de progression vers les classes moyennes est donc encore très importante.

Cependant, ces monnaies complémentaires devront avoir les moyens de leurs ambitions si elles veulent réellement s’imposer en tant qu’alternative fiable. Les coûts engendrés par la prévention et la lutte contre la contrefaçon, le blanchiment d’argent ou le risque fiscal devront être assumés.

Alors, vous y croyez ?

Renseignez-vous donc à votre tour pour savoir s’il y a une monnaie locale proche de chez vous. Et s’il y en a une, pourquoi ne pas y adhérer ? Comme disait notre libraire, c’est un acte militant dont l’objectif est de créer du lien social et des emplois locaux. Plus nous serons nombreux à les soutenir, plus elles se développeront.

Votons avec nos pieds, agissons !

Meilleures salutations,

Yann Boutaric
Pour La Chronique Agora

Françoise Garteiser
Françoise Garteiser
Directrice de la rédaction pour La Chronique Agora

Françoise Garteiser est Directrice de la rédaction pour La Chronique Agora. Elle se charge de la diffusion de cette lettre d’information contrarienne et politiquement incorrecte. Du choix des textes au respect de la ligne éditoriale – en passant par la traduction des notes provenant de nos partenaires à l’étranger et des interventions ponctuelles au sein de la lettre quotidienne, elle s’assure qu’aucun grain de sable ne vient empêcher le bon fonctionnement des rouages de La Chronique Agora. Vous pouvez également retrouver Françoise Garteiser toutes les semaines dans La Chronique du week-end, billet d’humeur envoyé le samedi.

Un commentaire pour “Les monnaies complémentaires : un acte militant qui favorise l’économie locale”

  1. Bonjour,

    Si vous faites confiance à une monnaie, vous avez perdu ! Une monnaie est un système d’information, créé par des humains. Si vous ne connaissez pas les règles et ne pouvez pas les vérifier, vous n’êtes pas confiants, vous êtes crédules.

    Une seule question pour comprendre une monnaie : qui crée les nouvelles unités ? Si vous ne participez pas à la création, refusez…

    Les monnaies locales avec des billets, c’est la poursuite de l’escroquerie officielle, en changeant le dessin et le nom des billets pour faire plus local, mais ce sont toujours les banques qui créent les unités de monnaie.

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