La monnaie la plus bizarre du monde

Rédigé le 26 février 2018 par | Bill Bonner, Crypto Monnaies, Epargne Imprimer

Du sud nous vient un aperçu de l’avenir :

« Le Venezuela lance sa propre cryptomonnaie ».

Le pays, fauché comme les blés —  confronté à l’hyperinflation, une devise ayant de moins en moins de valeur et de vastes pénuries alimentaires et médicamenteuses — a mis en place la première étape de son plan visant à lever des milliards de dollars, en lançant la prévente de sa monnaie digitale, appelée le petro. Une ICO (initial coin offering) est prévue en mars.

Vous n’êtes pas intéressé par la « monnaie » la plus bizarre qui soit, émise par un pays désespéré, géré par un fêlé incompétent ?

Eh bien alors, cher lecteur, où est votre sens de l’aventure ? [NDLR : Vous préférez parier sur des cryptos plus prometteuses… soigneusement vérifiées et sélectionnées… en suivant une stratégie sûre et éprouvée ? Nous avons ce qu’il vous faut : cliquez ici pour tout savoir.]

D’une absurdité à l’autre

Le Venezuela dégringole d’une absurdité à l’autre. Il doit de l’argent à tout le monde. Il ne peut pas payer. Son crédit a été supprimé. Qui voudrait prêter à un pays où l’inflation atteint 4 000% ?

L’histoire est rendue encore plus compliquée par les sanctions financières des Etats-Unis, la dette libellée en dollar, les prix du pétrole… et de nombreuses autres choses encore. L’intrigue, elle, est plutôt simple. Le Venezuela a trop dépensé. Il a trop emprunté. A présent, il est ruiné. Il ne peut même plus sauvegarder les apparences.

Mais un lecteur nous envoie un message intrigant : « Vous perdez votre temps à vous inquiéter de la dette puisqu’elle ne sera jamais remboursée et s’auto-détruira. Vous savez bien que le Congrès n’aura jamais de budgets équilibrés alors pourquoi ne pas affronter la réalité, puisque la plupart des gens n’en ont sans doute rien à faire du budget — ils veulent juste des trucs gratuits. Je lis ce que vous écrivez mais sincèrement je n’aime pas ce que vous écrivez. » Nous soupçonnons que notre lecteur a raison sur un point : la plupart des gens n’en ont rien à faire des déficits.

Le déficit sans souci

Les autorités américaines viennent d’ajouter environ 15 000 Mds$ de dette au fardeau fédéral sur les 10 prochaines années. Cela portera le total à 35 000 Mds$ environ.

On pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une levée de bouclier de la part des contribuables dont les fils, les filles et les petits-enfants devront supporter cette charge.

On pourrait aussi s’attendre à ce que les « conservateurs » en général… et le Tea Party en particulier… s’insurgent.

Ils sont censés représenter la voix de la modération… de la retenue… des limites à ce que le gouvernement fédéral devrait tenter de faire — et du réalisme quant à ce qu’il peut se permettre de faire… de l’hésitation à emprunter plus d’argent qu’il ne peut en rembourser, pour quelque raison que ce soit — et plus encore quand il n’y a aucune raison du tout. Si ce n’est pas ce qu’ils représentent, alors quoi ?

Ceci dit, notre lecteur a correctement jugé du climat politique. Il y a certes eu de protestations — mais quant aux déficits, tant le peuple américain que ses dirigeants sont dans le même état d’esprit : sans souci.

Ce sur quoi notre lecteur se trompe sans doute, cependant, est le fait que la dette va « s’auto-détruire ».

L’impossible disparition de la dette

Pour autant que nous en sachions, aucune dette n’a jamais disparu, décampé ou quitté la maison sans laisser d’adresse. Au lieu de ça, elles sont toutes payées. Si non par le débiteur, par le créditeur. Si pas par une seule personne, par tout le monde.

La dette n’est pas « rien ». Si vous nous prêtez un dollar, vous avez toujours ce dollar, en tant que crédit. Nous l’avons aussi, mais en tant que dette. Si nous ne payons pas, votre crédit s’évapore… tout comme notre dette.

Votre crédit n’était pas une fiction ou une fantaisie. Il était réel. Vous comptiez sur lui pour votre retraite… pour le mariage de votre fille… ou pour acheter une nouvelle maison.

Maintenant qu’il a disparu, il en va de même pour la retraite, le mariage ou la nouvelle maison. Il en va de même également pour les emplois qui dépendaient de ces choses… pour les revenus qui dépendaient des emplois… et pour les dépenses qui dépendaient des revenus.

Nous ne sommes pas en train de dire que la dette fédérale américaine sera remboursée ; ce ne sera pas le cas. Nous maintenons seulement que cela causera de grosses déceptions.

La dette fédérale n’est pas le seul problème, par ailleurs. En injectant de l’argent factice dans le système (tout en prétendant qu’il représente de l’épargne réelle)… et en le prêtant à des taux d’intérêt factices (tout en affirmant que des diplômés d’économie en savent plus long que le marché lui-même)… les autorités ont créé un monstre de dettes.

Il est énorme. Il est réel. Et il vient dévorer l’économie américaine.

Tandis que la dette était multipliée par 20 le PIB n’était multiplié que par 7

Ce qui le rend particulièrement mortel, c’est que la plupart des gens n’ont pas la moindre idée qu’il arrive. Comme l’a dit un vice-président républicain : « les déficits n’ont pas d’importance ».

A présent, un président républicain… et un Congrès républicain… ont rendu ça très clair : eux non plus ne pensent pas que les déficits ont d’importance.

Depuis près de deux générations, depuis que l’argent factice a été introduit en 1971, les apparences leur donnent raison. La dette totale s’est développée trois fois plus vite que le PIB, et rien d’affreux ne s’est produit. Du moins rien qu’on ne puisse pas réparer par encore plus de dette !

De sorte que la somme augmente. Et augmente. Et augmente. Lorsque Ronald Reagan est arrivé à Washington, le gouvernement fédéral devait moins de 1 000 Mds$. Aujourd’hui, il en doit 20 fois autant. Sur cette période, le PIB n’a été multiplié que par sept.

Les entreprises et les ménages ont suivi le mouvement — tous augmentant leur charge de dette au point que l’équilibre traditionnel entre la dette et le revenu, 1,5 pour 1, est désormais aussi démodé que le pantalon « pattes d’éph »

Dans l’ensemble, avec 67 000 Mds$ de dette et seulement 19 000 Mds$ de PIB, ce ratio est désormais à 3,5. Pour le gouvernement fédéral, il est de 5,5 (dette/recettes fiscales).

Mais attendez. Un gouvernement ne peut pas faire faillite. Il peut toujours imprimer l’argent pour payer ses dettes. Il peut faire en sorte que la dette s’auto-détruise, non ?

Oui, mais pour avoir un petit aperçu de ce que ça donne, rendez-vous au Venezuela.

Nous avons entendu dire que les hôtels offrent de très belles réductions… si vous payez en dollars.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La monnaie la plus bizarre du monde”

  1. http://la-chronique-agora.com/monnaie-bizarre-monde/
    J’apprécie toujours ce que vous écrivez.
    Mais ici, il y a une question sous-jacente et latente au sujet du système financier et l’enseignement en finance n’en parle jamais, et pour cause! C’est celle de la création monétaire — ex-nihilo —, ou à partir du néant. Seules les garanties que donne à la banque créatrice de monnaie à partir du néant celui (ou ceux) qui empruntent à cette banque sont des valeurs concrètes ou documentées, normalement, celles-ci ne sont pas monétisables au moment de la demande de crédit mais simplement sous hypothéquées au cas où… Tout retombe sur l’emprunteur, généralement un producteur, et lui seul – et personne d’autre – donne sa valeur à la monnaie. Le faiseur d’argent, lui, ne fait rien, ne produit aucun bien et ne fait que s’enrichir avec un clavier d’ordinateur.
    Si celui qui emprunte n’arrive plus à rembourser la banque saisit les garanties et ne perd rien sinon fait un bénéfice. Des chiffres qui représentent de la monnaie sortie du néant selon la politique monétaire (ou les caprices) de la banque ne devraient pas être intangibles (comme le sont les biens et les services concrets) vu leur provenance et ce qu’il y a dans les têtes des faiseurs d’argent… Ces derniers bénéficient d’un pouvoir démentiel sur toute la société et sur les gouvernements devenus des gardiens d’immeubles (les nations qui n’ont plus de souveraineté) au service des plus gros actionnaires du monde qui n’ont rien à faire des nations sinon les vampiriser…
    Si le socialisme n’est pas viable et est un coupe-jarret de la motivation à produire, le capitalisme qu’on pratique est un coupe-jarret par le vol en valeur monétaire de la valeur produite par les producteurs (intérêts et intérêts composés, à payer, ou pris d’autorité par les banques, sans parler du fisc, etc.) ce capitalisme-là ne fait qu’engraisser les usuriers et peut persister pour la frustration de tous par une confusion soigneusement entretenue dans le public…
    C’est Henri Ford qui déclara en son temps ceci: « Si les gens connaissaient le fonctionnement des mécanismes bancaires, ce serait la révolution avant demain matin ».

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