Le moment de Minsky : le film d’horreur financière que personne ne veut voir

Rédigé le 2 octobre 2014 par | Article, Simone Wapler Imprimer

▪ Les économistes et les financiers aiment utiliser des mots mystérieux pour noyer le poisson. Ils sont comme les médecins de Molière. Le "moment de Minsky" fait partie de leurs expressions. Ce moment est celui où les investisseurs surendettés sont contraints de vendre massivement pour payer les intérêts de leur dette. Mais plus ils vendent, plus les prix baissent — et la course au cash pour payer les intérêts entraîne un krach. A ce moment, les prêteurs réalisent que leur débiteur est mort. Il ne paiera jamais : ni les intérêts, ni le principal, foi de cigale.

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Le niveau d’endettement est tel qu’un moment de Minsky entraînerait la GAF, Grande Apocalypse Financière

Cela peut-il se produire aujourd’hui ? Non, pensent les professionnels des marchés. C’est le syndrome du "trop gros pour faire faillite". Le niveau d’endettement est tel qu’un moment de Minsky entraînerait la GAF, Grande Apocalypse Financière. Lorsque le moment de Minsky s’annonce, une banque centrale intervient pour éviter la spirale baissière mortelle. C’est ce qui s’est produit en 2008 et en 2011 en Europe en freinent le désendettement.

"Une économie financière basée sur le crédit a besoin, pour sa survie, que le crédit émis progresse sans arrêt. Sans crédit nouveau additionnel, les intérêts sur les dettes qui ont été émises précédemment ne peuvent être payés. Ils ne peuvent être payés que par la vente d’actifs existants, ce qui, en retour, produit un cercle vicieux de déflation de dettes, de récession et finalement de dépression. […] La question est : quel est le taux de croissance du crédit nouveau qu’il faut engendrer pour pouvoir payer la note des crédits anciens et, surtout, quel est le volume de quantitative easing qu’il faut faire pour obtenir ce taux de progression du crédit ?"
Bruno Bertez, L’Agefi Suisse, 30 septembre 2014

cycle de Minsky

Bill Gross, le gérant démissionnaire du plus gros fonds obligataire, PIMCO, a répondu à cette question : 2 500 milliards de dollars par an de création monétaire. Peu importe que ce soit la Fed, la Banque du Japon, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre. Il faut 2 500 milliards de dollars, 208 milliards par mois pour éviter la GAF.

Depuis 2008, la Fed, la BCE, la Banque du Japon, le Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre ont repris presque 11 000 milliards de dollars de mauvaises dettes et injecté autant d’argent frais ; il suffit de continuer ainsi, de transformer des mauvaises créances privées en mauvaises créances publiques.

C’est la capacité des contribuables à rembourser les intérêts qui compte

Intérêts et principal… normalement…
Je ne vous ai pas parlé du principal mais seulement des intérêts parce que déjà aujourd’hui, tout le monde sait que le principal ne sera jamais remboursé. Ce qui compte, c’est uniquement la capacité à rembourser les intérêts. Puisque la dette a été nationalisée et est devenue publique, disons plutôt que c’est la capacité des contribuables à rembourser les intérêts qui compte.
[NDLR : En tant que contribuable, comment éviter que votre épargne soit en première ligne ? Commencez par éviter ces quatre investissementsen cliquant ici…]

Ces intérêts, le service de la dette, sont du vrai argent ; il faut que quelqu’un l’ait vraiment gagné en vendant avec profit quelque chose à quelqu’un d’autre qui peut le payer sans crédit.

Prenez le cas de la Grèce. Chaque Grec doit 18 146 $, le PIB par habitant y est de 24 389 $, les salaires ont baissé de 24% depuis 2010 et le taux de chômage est actuellement de 27%. Avec quoi les Grecs vont-ils payer les intérêts ? Qu’ont-ils à vendre ? Ils vendent leur travail — et ils le vendent de moins en moins cher. Malgré deux faillites, le taux d’intérêt sur la dette grecque à 10 ans a à nouveau dépassé 6,50%. Le moment de Minsky de la Grèce serait-il proche ? Non, la BCE interviendra. L’Allemagne paiera, on a tellement confiance dans sa dette que les investisseurs institutionnels sont prêts à payer pour lui donner de l’argent. Tant que les gens ne s’offusquent pas des taux d’intérêt négatifs, il n’y aura pas de moment de Minsky.

L’or est au plus bas. Les gérants de fonds le vendent à découvert, ils préfèrent payer pour avoir le droit de prêter sans recevoir d’intérêt plutôt que de payer un coffre pour conserver de l’or. Car s’ils le faisaient, ils savent qu’ils déclencheraient le moment de Minsky, la GAF et ils perdraient ainsi tout espoir de rente.

Malgré tout ceci aura une fin. Car quand vous manipulez du vrai argent que vous avez gagné légitimement vous n’êtes pas prêt à payer pour le prêter sans intérêt. Vous préférez acheter de l’or et de l’argent. Ainsi, l’or baisse, le dollar passe pour fort, mais l’US Mint (l’équivalent américain de notre Monnaie) vend plus de pièces en or et en argent qu’en juillet ; sur le marché de Shanghai, le plus gros marché de l’or physique, les demandes de livraison dépassent les 40 tonnes hebdomadaires — un des niveaux les plus haut de l’année.

Partout dans le monde, Main Street — les gens de la rue — a de moins en moins confiance dans "l’effet richesse" créé par Wall Street et les banques centrales. Le vrai moment de Minsky se produira lorsque la confiance s’évanouira et fera place à la défiance.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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