Le mauvais génie de l’Obamacare

Rédigé le 5 septembre 2017 par | Article, Bill Bonner, Chronique Imprimer

 

Bill Bonner

Le mauvais génie de l’Obamacare

« Le Parti républicain (GOP) est sous le choc après l’échec de la loi sur la santé », clame un gros titre, sur une site internet politique.

 

 

Selon The Hill :

Les républicains ont proposé des idées divergentes concernant ce qu’il faudrait faire pour le système de santé, maintenant que les tentatives visant à remplacer l’Obamacare sont tombées à l’eau.

Mitch McConnell, le chef du parti majoritaire au Sénat, a reconnu lundi dernier que l’approche actuelle de la Chambre allait échouer après que deux autres sénateurs ont annoncé qu’ils s’opposaient à l’actuel projet de loi sur la santé.

Les zombies contre les compères

Que ce soit devant les caméras, ou hors de leur champ, les politiciens sont face à deux menaces majeures.

D’un côté se trouvent les zombies, ces gens qui dépendent de l’Etat et qui échangent leurs voix contre de petits cadeaux. Au cours des dix prochaines années, ils seront plus de 200 millions : si jamais leur nombre augmente, ils seront largement assez nombreux pour éjecter tous les sénateurs de Washington.

De l’autre côté se trouvent les compères du Deep State. Moins nombreux mais beaucoup mieux nantis en argent et relations, les compères sont dangereux.

S’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils peuvent lâcher leurs chiens de combat et jeter un peu de viande rouge (des indiscrétions révélées par l’un des 17 services du renseignement américain en échange de faveurs) à la presse affamée.

Ils peuvent financer un autre candidat dans leur région… ou revenir sur des invitations à prendre la parole, faire du lobbying et intégrer de confortables conseils d’administration et des tanks.

Les compères et les zombies ont plus ou moins le même objectif : préserver les activités du système de santé bidon, dont la dimension est vouée à doubler au cours des dix prochaines années.

De nombreux sénateurs ont vu, à juste titre, que la proposition de réforme n’allait pas faire une grande différence, tout bien considéré. Elle allait simplement réduire les dépenses de 8 200 Mds$ à 7 700 Mds$ sur dix ans.

Le système serait voué à la faillite, même avec les propositions de changement. Mieux vaut ne pas y toucher du tout, ont–ils pensé, que courir le risque de fâcher les électeurs ou les initiés.

Zéro sur six

A mesure que nous vieillissons, nous devenons plus sensibles aux souffrances et peines d’autrui.

On rêve d’une solution pour guérir les maux qui nous affligent des vertèbres cervicales aux chevilles, et tout ce qu’il y a entre les deux. Le fait de dépenser 18% du PIB en soins de santé, devrait bien produire une solution miracle.

Mais cela ne fonctionne pas ainsi. Comme nous l’avons indiqué dans notre livre Hormegeddon, faire davantage et mieux n’est rentable que jusqu’à un certain point. Ensuite la loi du déclin de l’utilité marginale entre en jeu.

Lorsque vous mangez votre premier chou à la crème, c’est délicieux. Alors vous en prenez un autre. Ce n’est pas mal. Au moment où vous croquez le cinquième, vous commencez à avoir un peu la nausée.

Dépenser davantage en soins de santé ne signifie pas forcément que les gens sont en meilleure santé. Au contraire, cela peut dilapider des ressources, et les appauvrir… voire aggraver leur vulnérabilité.

Ou bien vous pouvez périr à la suite d’une erreur médicale : selon les estimations, on en commet un million chaque année.

Voilà pourquoi, au moins en partie, les Etats-Unis dépensent plus que tout autre pays en soins médicaux, tout en déplorant les pires statistiques liées à la santé.

Donald J. Trump a conquis la Maison–Blanche en proposant six changements sur la façon dont l’empire mène ses affaires :

  1. Mettre un terme à ces guerres perdues d’avance que l’Amérique livre à l’étranger.

  2. Réduire la bureaucratie.

  3. Réduire les impôts.

  4. Révoquer et remplacer l’Obamacare.

  5. Construire un mur pour empêcher les Mexicains de venir.

  6. Négocier de « meilleurs » accords commerciaux.

Jusqu’à présent, il est à zéro sur six.

Nous ne pensions pas qu’il allait pouvoir réaliser toutes ces choses. Son objectif était trop flou, vaniteux et fugace. En outre, le Deep State a la mainmise sur Washington, et le tient probablement par les cojones, lui aussi.

Quel dommage. Car les guerres livrées à l’étranger sont un désastre qui coûte cher. Nous aurions aimé voir la tête des lobbyistes de Raytheon, si « Le Donald » avait mis fin à leurs activités.

Quant à mater la bureaucratie, c’était également un objectif louable. Quel dommage que le président n’y ait pas donné suite.

Et qui n’apprécierait pas une baisse des impôts ?

Celui qui est gratifié n’est pas celui qui paye

Si l’on nous donnait le choix, nous révoquerions l’Obamacare, également. Le bricolage n’est pas suffisant.

Car les vrais problèmes ne se résoudront pas en tournant quelques vis et en resserrant quelques boulons. Mieux vaut le jeter à la benne.

Ce système est mal conçu. Il est criblé des mêmes défauts que tous les accords gagnant–perdant de l’état : celui qui en bénéficie (ou pense en bénéficier) n’est pas celui qui le paye.

Naturellement, le bénéficiaire veut autant de médicaments miracles et de poudres de perlimpinpin que l’industrie pharmaceutique peut en inventer. Au frais de quelqu’un d’autre, bien entendu.

Les coûts augmentent. Les fonctionnaires de santé se multiplient. Les consommateurs sont insatiables. Et les compères s’enrichissent et deviennent plus puissants.

Le mauvais génie de l’Obamacare a consisté à transférer vers l’Etat le fardeau de la dépense jusque-là assumée par des particuliers, des entreprises et des différents gouvernements de la fédération… soumis à davantage de retenue.

Au niveau de l’Etat central, les dépenses sont quasiment impossibles à contrôler car l’Etat peut emprunter (et émettre) tout l’argent dont il a besoin grâce au système de l’argent falsifié. Pour les zombies, les médicaments et les traitements sont gratuits

Les dépenses peuvent augmenter presque indéfiniment… jusqu’à ce que tout le système soit en faillite.

Gagnant–gagnant ou perdant

Voilà qui nous amène à notre remède tout simple : supprimer les accords gagnant–perdant.

Dans le domaine de la santé, cela signifie révoquer l’Obamacare… sans le remplacer.

Laissons les gens dépenser leur propre argent. S’ils le veulent, ils peuvent conclure des accords avec des compagnies d’assurance ou des fournisseurs de soins quelles que soient les conditions qu’ils choisiront.

Pas d’allègements fiscaux. Pas de restrictions. Pas d’obligations. Pas de compères. Pas de zombies.

Libérons les fournisseurs d’assurance, le secteur médical et les consommateurs, également. Supprimons tous les services fédéraux dont la dénomination contient « santé », « alimentation », ou « médicament ».

Le gouvernement fédéral n’a pas plus à se mêler du secteur médical que des affaires de l’Afghanistan.

Sauf en matière de sécurité (la seule mission essentielle du gouvernement est de protéger ses citoyens ainsi que leurs droits et leurs biens), cette approche fonctionnerait pour tout.

Vous voulez de meilleures écoles ?

Chassez l’état des salles de classe.

Vous voulez de meilleurs accords commerciaux ?

Chassez l’état de la table des négociations.

Vous voulez que l’économie s’améliore ?

Dites à l’état et aux banquiers centraux de dégager.

Sans Etat pour commander tout le monde, les consommateurs et les producteurs seraient seuls. Ils seraient obligés d’élaborer leurs propres accords sur un socle gagnant-gagnant. Ni la force ni la violence n’interviendraient.

Ce qui est gagnant–gagnant fonctionne car les deux parties doivent coopérer.

Le secteur médical, par exemple, fournirait le meilleur service possible, en espérant récupérer autant d’argent que possible des consommateurs.

Le chef de famille, rongé par la douleur et l’inquiétude, paierait la somme qu’il jugerait nécessaire en échange de services rendus.

Chaque partie pourrait résilier l’accord à son gré. Ni l’une ni l’autre n’obtiendrait peut–être ce qu’elle avait espéré. Mais au moins, elle obtiendrait ce qu’elle mérite.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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