Les marchés actions pourraient décrocher, même sans récession (4/5)

Rédigé le 25 juillet 2018 par | Indices, marches actions, strategies, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

Le dernier rapport « In Gold We Trust » que nous épluchons examine les raisons pour lesquelles le marché actions américain pourrait craquer même si les marges sont plus élevées que jamais.

Pour Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (S&V), l’économie Boucles d’Or a fait long feu. Les Etats-Unis se dirigent a minima vers une récession qui affaiblira le dollar et renforcera l’or. Mais rien n’interdit aux marchés actions de décrocher avant qu’un tel scénario ne se produise…

L’appréciation des marchés actions constitue le frein le plus déterminant à la hausse de l’or. Par conséquent, ils estiment qu’il n’y aura pas de cassure à la hausse sur le métal jaune sans que les marchés actions ne commencent à stagner ou à s’affaiblir.

Après cinq années de surperformance des marchés actions vis-à-vis de l’or, la situation pourrait bien être en passe de se retourner…

Ratio or / S&P 500, moyenne mobile à 50 jours et moyenne mobile à 200 jours

L’ensemble des matières premières se négocie à un plus bas de 50 ans vis-à-vis du S&P 500. Cela en fait d’excellentes candidates à l’investissement de long terme si vous jouez le retour à la moyenne, avec une espérance de gain de 115%.

Ratio Indice GSCI Goldman Sachs des matières premières / S&P 500 : les actions sont chères et les matières premières bon marché

S&V donnent plusieurs raisons pour lesquelles les actions US pourraient s’effondrer en dépit du fait que les marges sont effectivement « plus élevées que jamais ». Je me cantonnerai à évoquer les deux causes potentielles qui me semblent les plus importantes.

Tout d’abord, les cours de très nombreuses actions sont maintenues en lévitation par les rachats d’actions (par les sociétés elles-mêmes). Comme le précisent les auteurs :

« A 3 800 Mds$, les rachats de leurs propres actions par les entreprises constituent l’élément de demande le plus important pour les actions américaines depuis 2009. En l’absence de ce stimulus, un facteur crucial cesserait d’exister. »

En somme, ces entreprises préfèrent réduire le nombre de leurs actions, ce qui n’a jamais été la meilleure façon de développer son activité, plutôt que d’investir en vue de créer de la valeur.

Ensuite, la dette corporate des entreprises américaines se situe à un niveau historiquement élevé. « De 2007 à 2016, la dette nette détenue par les entreprises américaines a augmenté de 158% pour atteindre 4 900 Mds$ », comme le relèvent S&V.

La situation des sociétés américaine est assez allégorique de l’économie mondiale depuis 2008 : des problèmes de trésorerie sont résolus par des tombereaux de dette qui permettent de financer des activités loin d’être toujours rentables.

Changement des composantes dette et liquidité au bilan des entreprises américaines

En somme, si l’on définit les entreprises zombies comme les entreprises dont les intérêts d’emprunt sont supérieurs à la moyenne de leur bénéfice avant intérêts et impôts (EBIT) sur les trois dernières années, on se retrouve devant « la plus grande proportion d’entreprises mal financées depuis au moins 20 ans. » [NDLR : Oubliez les entreprises zombies. Investissez dans de jeunes entreprises rentables, capables de croissance sur des marchés concurrentiels. Découvrez comment notre spécialiste sélectionne celles avec lesquelles vous pouvez viser de décupler votre mise sans vous exposer à un krach des marchés actions : cliquez ici pour tout savoir.]

Les zombies pullulent sur les marchés actions

Si vous avez oublié le terme technique décrivant une situation où des entreprises zombies, confrontées à une hausse des taux et à une baisse de l’appétit pour le risque, sont forcées de liquider leurs actifs pour payer les intérêts de leurs dettes, je vous le donne en mille : c’est ce que l’on appelle un moment Minsky.

S&V précisent que « l’effet prix pourrait être pire à la baisse qu’à la hausse », c’est-à-dire que dans une pareille situation, les cours pourraient s’effondrer dans une proportion bien plus importante que les taux d’intérêt faibles ne leur ont permis de monter.

La stagflation : la tempête parfaite pour le déchaînement du cours de l’or

Un autre scénario qui verrait sans doute le cours de l’or fortement augmenter est celui d’une récession dans un contexte d’accroissement d’inflation. S&V n’excluent pas un tel scénario.

Cette citation de John Beggs résume bien la position de S&V :

« Il y a l’imprévisible, et il y a l’ordre. Et juste entre eux, il y a la phase de transition. »

Pour les auteurs, tous les éléments sont réunis pour que nous nous situions à un tournant vers un marché haussier sur l’or.

Vous vous interrogez sans doute au sujet du potentiel de gain sur le métal jaune si l’hypothèse des deux Autrichiens est juste. Voici la réponse en graphique avec l’or exprimé en dollars.

L'or durant ses marchés haussiers et baissiers

Comme le relèvent S&V :

« Même dans sa période d’augmentation la plus faible, l’or a gagné plus de 70%. »

Sans pour autant promettre à leurs lecteurs une explosion du cours de l’or telle que le métal jaune l’a connue à la fin des années 1970, S&V font le rapprochement entre la période actuelle et cette période-là.

« On peut voir que la dépréciation en cours [du dollar US] est encore nettement plus modérée qu’elle ne l’était dans les années 1970. Cependant, nous n’avons pas encore vu l’accélération de tendance finale qui s’est produite dans les années 1970 (marquée par un cercle sur le graphique). La vigueur éphémère du dollar américain nous rappelle la période de 1974 à 1976, au cours de laquelle, pendant une phase désinflationniste, l’or a été survendu et le dollar américain s’est considérablement apprécié. Pour nous, les similitudes entre l’évolution actuelle et la correction de milieu de cycle sont frappantes. »

Dollar exprimé en or : sommes-nous à la fin de la correction de mi-parcours ?

Sommes-nous à la fin d’une correction de milieu de cycle qui propulserait le cours de l’or vers de nouveaux plus hauts historiques ? S&V estiment que « la prochaine crise viendra plutôt tôt que tard (et ne sera pas nécessairement systémique) ».

Nous avons vu l’effet qu’une telle crise pourrait avoir sur le cours de l’or physique. Prochainement, je vous rapporterai le point de vue de S&V sur les conséquences qu’elle pourrait avoir sur les actions minières.

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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